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Soudan -Ethiopie : La tension monte d’un cran, Khartoum et Addis-Abeba se renvoient leurs diplomates

Les relations entre le Soudan et l’Éthiopie connaissent une nouvelle escalade après l’expulsion réciproque de diplomates des deux pays. Sur fond d’accusations de soutien aux forces armées opposées dans le conflit soudanais, cette crise diplomatique ravive les tensions sécuritaires dans une région déjà fragilisée par les conflits.

Par Thomas Biakpa
Publié le 5 novembre 2026
Lecture : 4 min
Soudan -Ethiopie : La tension monte d’un cran, Khartoum et Addis-Abeba se renvoient leurs diplomates

Le temps des sourires entre le premier ministre de l’Éthiopie Abiy Ahmed (à gauche) et le chef militaire soudanais, le général Abdel-Fattah Burhan, semble désormais lointain / AP

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Les relations entre le Soudan et l’Éthiopie traversent une nouvelle zone de turbulences. Déjà fragilisés par les accusations mutuelles d’ingérence dans leurs affaires intérieures et par les répercussions du conflit soudanais, les rapports entre les deux pays viennent de connaître un nouvel épisode de crispation. L’expulsion de plusieurs représentants diplomatiques de part et d’autre témoigne d’une détérioration préoccupante du dialogue entre Khartoum et Addis-Abeba, dans un contexte régional marqué par une instabilité sécuritaire grandissante.

La crise a pris une tournure concrète le 2 novembre, lorsque les autorités éthiopiennes ont ordonné à six membres du personnel diplomatique soudanais affectés au consulat d’Asosa, dans la région du Benishangul, de quitter le territoire dans un délai de 48 heures. Cette décision a rapidement suscité une riposte des autorités soudanaises. En vertu du principe de réciprocité, Khartoum a également exigé le départ du personnel du consulat éthiopien installé à Gedaref, ville située à proximité de la frontière commune. Les agents concernés ont reçu le même délai pour quitter le pays.

Cette succession de mesures diplomatiques illustre la profondeur du malaise qui s’est installé entre les deux capitales. Si les raisons officielles de l’expulsion éthiopienne n’ont pas été immédiatement détaillées, l’initiative soudanaise traduit clairement la volonté de Khartoum de ne pas laisser cette décision sans réponse.

Des accusations d’implication militaire au cœur du différend

Au-delà de l’incident diplomatique, c’est surtout la dimension sécuritaire qui alimente la confrontation entre les deux pays. Depuis plusieurs mois, les autorités militaires soudanaises soupçonnent l’Éthiopie de faciliter les opérations des Forces de soutien rapide (FSR), les groupes paramilitaires engagés dans une guerre contre l’armée régulière depuis avril 2023.

Khartoum accuse notamment son voisin d’autoriser l’utilisation de son territoire comme base de lancement pour des opérations de drones dirigées contre des positions soudanaises. Ces allégations ont été renforcées par un rapport rendu public par le Conseil souverain de transition, instance dirigée par les autorités militaires du pays.

Selon ce document, pas moins de 70 attaques auraient été enregistrées entre le 15 février et le 27 octobre. Les opérations recensées auraient mobilisé 187 drones kamikazes ainsi que 82 munitions larguées par des appareils en provenance du territoire éthiopien. Le bilan humain avancé par les autorités soudanaises fait état de 484 civils tués ou blessés.

Face à la gravité de ces accusations, Khartoum a décidé de porter l’affaire devant les instances internationales. Le gouvernement soudanais a ainsi saisi le Conseil de sécurité des Nations unies et l’Union africaine, dénonçant ce qu’il considère comme une violation grave de sa souveraineté et une agression de la part de son voisin.

Addis-Abeba rejette les accusations et contre-attaque

De son côté, le gouvernement éthiopien conteste fermement les accusations soudanaises. Addis-Abeba reproche également à Khartoum d’entretenir des liens avec des groupes rebelles associés au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), une organisation qui a été au centre du conflit armé ayant secoué le nord de l’Éthiopie. Des accusations que les autorités soudanaises réfutent.

Cette confrontation par accusations interposées révèle combien les conséquences des conflits internes dans la région tendent à dépasser les frontières nationales. La proximité géographique des deux pays, leurs enjeux sécuritaires communs et les rivalités politiques qui traversent la Corne de l’Afrique contribuent à rendre la situation particulièrement sensible.

La multiplication des incidents et l’absence de confiance entre les deux gouvernements font ainsi peser le risque d’une détérioration supplémentaire de leurs relations, alors même que la région aurait besoin d’une coopération renforcée pour faire face aux défis sécuritaires et humanitaires.

Le Soudan toujours plongé dans une catastrophe humanitaire

Cette nouvelle crise diplomatique survient alors que le Soudan continue de subir les conséquences dévastatrices de la guerre déclenchée en avril 2023 entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide.

Après plusieurs années de combats, les populations civiles demeurent les premières victimes des affrontements, des bombardements et des attaques menées notamment au moyen de drones.

Les données attribuées aux Nations unies font état de plus de 1 100 personnes tuées dans des attaques de drones au cours du premier semestre 2026. Depuis le début des hostilités, le nombre total de morts pourrait dépasser les 200 000, selon certaines estimations avancées par des acteurs humanitaires.

À cette hécatombe s’ajoutent des déplacements massifs de populations, la destruction des infrastructures essentielles et une dégradation alarmante des conditions de vie. Des millions de personnes sont confrontées à des difficultés d’accès à la nourriture, aux soins médicaux et aux services de première nécessité.

Dans ce contexte particulièrement dramatique, la montée des tensions entre le Soudan et l’Éthiopie constitue un facteur supplémentaire d’inquiétude. Une éventuelle confrontation entre ces deux voisins pourrait compliquer davantage les efforts de stabilisation d’une région déjà éprouvée par les conflits.

L’enjeu dépasse désormais le simple contentieux diplomatique. Il concerne également la sécurité régionale et les perspectives de sortie de crise pour les populations soudanaises.