Sierra Leone : seuls 23,3 % des élèves de deuxième année atteignent le niveau attendu en lecture
Des évaluations nationales rendues publiques le 20 octobre montrent un profond décalage entre la fréquentation de l’école et la maîtrise des apprentissages fondamentaux. Les résultats, issus d’enquêtes menées en 2025, doivent désormais guider la formation des enseignants et la répartition des moyens entre districts.

En Sierra Leone, les évaluations nationales mettent en évidence les difficultés persistantes des élèves à maîtriser les compétences fondamentales dès les premières années du primaire.
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Un diagnostic national qui déplace le débat
En Sierra Leone, les progrès de l’accès à l’école ne se traduisent pas encore par une maîtrise suffisante des compétences de base. Selon deux évaluations nationales présentées à Freetown le 20 octobre 2026 et détaillées par l’UNICEF le lendemain, seulement 23,3 % des élèves achevant la deuxième année du primaire atteignent le seuil national attendu en lecture. En mathématiques, la proportion est de 50,2 %. L’écart entre ces deux résultats souligne l’ampleur du défi de l’alphabétisation précoce.
Ces chiffres ne décrivent pas une baisse d’une année sur l’autre : ils constituent des références nationales établies à partir d’évaluations conduites en 2025. Le gouvernement, l’UNICEF et le Partenariat mondial pour l’éducation ont travaillé à la production de deux rapports représentatifs, l’un portant sur les enfants à la fin du préscolaire, l’autre sur les élèves de deuxième année. Les autorités disposent ainsi d’un point de départ pour mesurer les progrès futurs, à condition de répéter les exercices selon des méthodes comparables.
L’intérêt de ces enquêtes tient aussi à ce qu’elles portent sur ce que les enfants savent faire, et non seulement sur leur présence en classe. Un élève peut être régulièrement inscrit, suivre les cours et pourtant peiner à déchiffrer un mot, comprendre une phrase ou mobiliser une opération simple. Pour les responsables de l’éducation, l’enjeu devient de corriger les difficultés avant qu’elles ne s’accumulent et compromettent la suite de la scolarité.
Le préscolaire révèle des écarts dès le départ

L’évaluation de la préparation à l’école primaire est tout aussi préoccupante. Au niveau national, 39 % des enfants ayant terminé le préscolaire atteignent le niveau de développement et d’apprentissage retenu comme référence. Les résultats varient fortement selon les domaines : le développement physique enregistre un taux de réponses correctes de 93,1 %, tandis que le langage se situe à 45,5 %. Ces indicateurs ne mesurent pas exactement la même compétence, mais leur contraste révèle des besoins différents.
L’UNICEF relève également des associations entre les performances et certaines conditions de scolarisation. Les enfants inscrits à un âge correspondant à leur niveau obtiennent de meilleurs résultats que ceux qui sont plus jeunes que l’âge attendu. Les écoles disposant de davantage de manuels et de supports pédagogiques affichent aussi de meilleures performances. Il serait abusif d’en déduire un lien de causalité unique : le milieu familial, les ressources des établissements et les pratiques d’enseignement peuvent intervenir simultanément. Ces corrélations fournissent néanmoins des pistes d’action.
L’existence de disparités entre districts et de différences entre filles et garçons, notamment en mathématiques au niveau de la deuxième année, invite à dépasser les moyennes nationales. Une réforme uniforme risquerait de laisser de côté les territoires où les besoins sont les plus importants. La publication des évaluations ouvre donc la voie à une allocation des ressources fondée sur des difficultés observées localement, plutôt que sur les seuls effectifs scolaires.
Le gouvernement promet d’agir sur les pratiques de classe
Lors de la présentation des rapports, le ministre de l’Éducation de base et du secondaire, Conrad Sackey, a annoncé plusieurs priorités : renforcer les méthodes pédagogiques structurées, améliorer le temps effectivement consacré à l’apprentissage, développer l’enseignement dans les langues maternelles, utiliser les données dans les décisions publiques et clarifier les responsabilités des acteurs. Ces engagements, rapportés par l’agence nationale SLENA, dessinent une réponse centrée sur le fonctionnement quotidien des classes.
La presse locale rapporte que le ministère a fait état de 8 037 enseignants formés et a défendu la protection d’un temps quotidien consacré à la lecture et aux mathématiques. Ce bilan de formation ne prouve pas, à lui seul, une amélioration des acquis : il faudra mesurer la présence effective des enseignants, la qualité de leur accompagnement, l’usage des matériels et la progression des élèves. L’enjeu est d’éviter que les objectifs nationaux ne restent des consignes sans traduction dans les établissements.
La question linguistique occupe une place particulière. Pour des enfants dont la langue du foyer n’est pas nécessairement celle des supports scolaires, l’apprentissage initial de la lecture peut être freiné par une difficulté supplémentaire de compréhension. Le recours à des langues familières aux élèves, combiné à des transitions pédagogiques organisées, peut constituer un levier. Sa mise en œuvre suppose toutefois des supports adaptés, des enseignants formés et des choix cohérents entre les niveaux.
Des indicateurs à convertir en résultats
L’UNICEF insiste sur la nécessité d’investissements durables dans la préparation et le suivi des enseignants, les ressources de classe et les interventions ciblées. Le ministère devra également déterminer quels districts et quels groupes d’élèves bénéficieront d’un appui prioritaire, puis publier des résultats permettant d’évaluer les effets des mesures. La représentativité nationale des enquêtes offre un outil précieux, mais ne remplace ni l’observation régulière des pratiques ni le suivi des établissements.
Pour l’économie sierra-léonaise, le coût d’une maîtrise insuffisante des compétences fondamentales dépasse le secteur scolaire. Les difficultés de lecture et de calcul réduisent les possibilités de formation professionnelle, compliquent l’accès aux emplois qualifiés et pèsent sur la productivité à long terme. Les bénéfices d’une amélioration ne seront cependant visibles que progressivement. C’est précisément pourquoi la réponse doit être engagée tôt et suivie sur plusieurs années.
La prochaine étape sera moins médiatique que la publication des chiffres : transformer les diagnostics en programmes financés, vérifiables et révisables. Les évaluations de 2025, rendues publiques en octobre 2026, n’annoncent pas une amélioration déjà obtenue. Elles établissent la mesure du chemin à parcourir.
