Sénégal : Afreenergy Solar obtient 12 millions d’euros pour accélérer le solaire des entreprises
Une facilité de dette accordée par le fonds REPP 2 de Camco doit financer de nouvelles centrales photovoltaïques et des batteries pour des clients industriels et commerciaux sénégalais. L’opération illustre l’émergence d’un modèle énergétique reposant sur des contrats privés de long terme, mais les capacités annoncées restent pour partie à construire.

Grâce à un investissement de 12 millions d’euros, Afreenergy Solar va étendre son parc de toitures solaires au Sénégal à 14,9 MWp, offrant aux entreprises locales une électricité propre et jusqu’à 30 % moins chère.
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Le financement de l’électricité solaire destinée aux entreprises sénégalaises franchit une nouvelle étape. Le fonds Renewable Energy Performance Platform 2 (REPP 2), géré par Camco, a accordé à Afreenergy Solar une facilité de dette senior de 12 millions d’euros, selon une annonce relayée le 22 octobre 2026. L’argent doit servir à refinancer un portefeuille de centrales photovoltaïques en toiture déjà exploitées et à construire de nouvelles installations associées à des batteries de stockage. L’opération ne correspond donc pas à douze millions d’euros de subventions publiques : il s’agit d’un financement remboursable destiné à soutenir un modèle commercial.
Un portefeuille appelé à changer d’échelle
La capacité photovoltaïque couverte par cette tranche de financement doit passer de 2,7 mégawatts-crête (MWc) à 14,9 MWc, avec 5,7 mégawattheures (MWh) de stockage par batteries. Ces unités ne sont pas interchangeables : les MWc mesurent la puissance maximale théorique des panneaux, tandis que les MWh indiquent la quantité d’électricité stockable. La capacité future annoncée représente donc un objectif de déploiement, et non la puissance déjà opérationnelle. L’entreprise agrège des sites commerciaux et industriels pour atteindre une taille suffisante aux yeux des financeurs, plutôt que de négocier séparément chaque petite installation. Cette approche peut réduire les coûts de montage et mutualiser certains risques, à condition de disposer de clients solvables et de contrats d’achat d’électricité robustes.
Les secteurs visés comprennent notamment l’agro-industrie, la distribution, la transformation alimentaire, la logistique et d’autres activités où une interruption électrique peut entraîner une perte de production, de marchandises ou de chiffre d’affaires. Afreenergy conserve la propriété et la responsabilité de l’exploitation des équipements dans le cadre d’accords énergétiques de longue durée. Pour les entreprises clientes, l’intérêt potentiel consiste à limiter l’investissement initial et à mieux prévoir les dépenses d’électricité. Pour le prêteur, la qualité des contrats, la solvabilité des clients et la performance des installations constituent des paramètres décisifs.
Une nouvelle étape après l’entrée de PIDG
La facilité de Camco intervient après l’engagement de 4,3 millions d’euros annoncé le 25 mars 2026 par le Private Infrastructure Development Group (PIDG), via InfraCo. Cet apport antérieur relève d’un instrument distinct, présenté par PIDG comme un prêt convertible, et ne doit pas être confondu avec la nouvelle dette senior. Le partenariat initial visait à bâtir une plateforme solaire pour les entreprises au Sénégal, avec une possible extension en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. PIDG décrit, à plus long terme, une ambition de portefeuille pouvant atteindre 27 MWc sur plusieurs sites. Cette cible globale n’est pas équivalente aux 14,9 MWc associés au financement REPP 2 : les deux annonces se rapportent à des périmètres et horizons différents.
Le groupe de financement du développement estime que les solutions proposées pourraient permettre aux clients de payer une électricité environ 30 % moins chère que celle du réseau national. Il s’agit toutefois d’une estimation de projet, dépendante des profils de consommation, des tarifs négociés, des conditions de financement et des performances réelles. Les économies ne peuvent être généralisées automatiquement à toutes les entreprises sénégalaises. De même, les réductions d’émissions avancées dans les communications des partenaires restent des projections liées au déploiement effectif des installations.
Un enjeu de compétitivité industrielle
Au-delà de l’effet climatique, le sujet est économique. Une entreprise de transformation alimentaire ou de logistique frigorifique subit directement les fluctuations des coûts de l’énergie et les coupures de courant. Une production solaire sur site, combinée au stockage, peut contribuer à sécuriser certaines opérations et à réduire le recours aux groupes électrogènes. Mais le solaire n’efface pas, à lui seul, les besoins énergétiques nocturnes ou les pointes de puissance : le dimensionnement des batteries et l’articulation avec le réseau restent essentiels. La viabilité financière dépendra aussi de la maintenance, du taux de disponibilité des installations et de la qualité des engagements contractuels.
Le Sénégal s’est fixé l’objectif de porter les renouvelables à 40 % de son mix électrique à l’horizon 2030, dans le cadre de son partenariat pour une transition énergétique juste. La multiplication de projets privés destinés aux entreprises peut contribuer à cette trajectoire, sans se substituer aux investissements dans le réseau, la production centralisée et l’accès des ménages à l’électricité. Le financement d’Afreenergy constitue ainsi un test concret de la capacité des acteurs du capital privé à accompagner la transition énergétique industrielle.
Les résultats à surveiller
La prochaine étape sera la transformation du financement annoncé en chantiers achevés et en capacités effectivement raccordées. Trois indicateurs permettront de mesurer la portée de l’opération : le nombre de sites mis en service, la quantité d’électricité livrée à des clients commerciaux et industriels et l’économie de coût réellement observée. Le suivi des remboursements, de la performance technique et de l’expansion hors du Sénégal sera tout aussi important. Pour le marché régional, la question dépasse une seule entreprise: il s’agit de savoir si les contrats d’électricité décentralisée peuvent devenir un produit de financement réplicable à grande échelle.
