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Guinée : Londres porte son ambition d’investissement à 2,7 milliards de livres, sans décaissement annoncé

À la clôture du forum économique de Conakry, le 21 octobre 2026, les autorités guinéennes ont présenté une ambition d’investissement britannique portée de 1,8 à 2,7 milliards de livres sterling. Derrière ce signal politique, plusieurs instruments financiers et projets d’infrastructures sont à distinguer des sommes effectivement engagées ou versées.

Par la Rédaction
Publié le 23 octobre 2026
Lecture : 4 min
Guinée : Londres porte son ambition d’investissement à 2,7 milliards de livres, sans décaissement annoncé

Alastair Long, commissaire au commerce britannique pour l’Afrique, s’exprime lors du panel du 5e Forum Royaume-Uni–Afrique francophone (WCAF V) à Conakry, où Londres a affiché son ambition de porter ses financements indicatifs à 2,7 milliards de livres sterling en Guinée.

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Une ambition accrue, pas une enveloppe déjà décaissée

La Guinée cherche à transformer son rapprochement économique avec le Royaume-Uni en projets d’infrastructures et en capacités productives. À la clôture, le 21 octobre 2026, de la cinquième édition du Forum du commerce et de l’investissement entre Londres et l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, organisée à Conakry, le ministre guinéen du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, a annoncé que l’ambition d’investissement britannique dans le pays était portée à 2,7 milliards de livres sterling, contre 1,8 milliard précédemment évoqué. La hausse de 900 millions de livres constitue une évolution de l’objectif affiché, non la preuve de nouveaux versements de même montant.

Cette distinction est déterminante pour apprécier la portée de l’annonce. Une ambition peut recouvrir des projets en préparation, des capacités de garantie, des financements envisagés ou des opérations en négociation. Elle ne correspond pas nécessairement à une ligne budgétaire disponible immédiatement. Le ministère guinéen souligne lui-même la nécessité de préparer des projets bancables, de fixer des étapes de mise en œuvre et d’assurer un suivi des engagements. Les autorités n’ont pas publié, dans leur compte rendu de clôture, une ventilation exhaustive des 2,7 milliards par projet, calendrier et décaissement.

Des contrats et garanties déjà mieux identifiés

Le communiqué britannique du 20 octobre apporte des éléments plus précis sur une partie de la coopération régionale. UK Export Finance (UKEF), l’agence publique de crédit à l’exportation, indique soutenir plus de 330 millions de livres de contrats d’exportation liés à neuf projets d’infrastructures en Guinée et au Bénin. Londres fait également état de 1,1 milliard de livres de financements et garanties associés aux opérations annoncées, ainsi que d’une augmentation de 1,7 milliard de livres de sa capacité d’exposition en Afrique francophone occidentale et centrale. Ces trois chiffres renvoient à des notions différentes : valeur contractuelle, appui financier et marge de capacité future.

Parmi les exemples détaillés figurent 75 millions de livres de financement pour un programme de construction d’établissements scolaires, 91 millions pour l’accès à l’eau dans plusieurs régions guinéennes et 129 millions pour le projet de transmission électrique La Côtière-Conakry. Au Bénin, 82 millions de livres sont annoncés pour un complexe administratif. Le statut opérationnel de chaque projet doit être suivi séparément : la présence d’un financement ou d’un contrat ne signifie pas que les travaux sont achevés, ni même que l’ensemble des fonds a été tiré.

La BAD et UKEF posent un cadre de cofinancement

Un second résultat institutionnel du forum est la signature, le 21 octobre, d’un protocole d’accord entre la Banque africaine de développement et UKEF. Signé par Abdul Kamara pour la Banque et Tim Reid pour l’agence britannique, il s’agit du premier accord-cadre de ce type entre les deux organismes. Le document vise à identifier, évaluer et développer des possibilités de cofinancement, pour des opérations publiques comme privées, dans les pays africains membres de la Banque. Il ne constitue pas en lui-même l’approbation d’un prêt à un projet déterminé.

Les domaines envisagés sont étendus : énergie, infrastructures, eau et assainissement, santé, numérique, minerais critiques, agriculture, résilience des chaînes d’approvisionnement et financement du commerce. La complémentarité recherchée est claire. Une banque de développement peut apporter des prêts, des garanties et une expertise de structuration ; une agence de crédit à l’exportation peut faciliter l’achat de biens et services auprès de fournisseurs britanniques. L’efficacité dépendra cependant des conditions financières, de la viabilité des projets et de la place laissée aux entreprises africaines dans les marchés attribués.

Simandou 2040 face à l’épreuve de l’exécution

Pour Conakry, cette coopération s’inscrit dans le programme de transformation Simandou 2040, qui dépasse le seul développement minier et entend renforcer les infrastructures, la logistique et les activités de transformation. Les corridors de transport, l’électricité et l’eau peuvent réduire les coûts des entreprises, mais seulement si les chantiers débouchent sur des services fiables et accessibles. Les bénéfices locaux dépendront aussi de la formation de techniciens, de la sous-traitance nationale et des transferts de compétences.

Les annonces de Conakry présentent ainsi deux niveaux de lecture. D’une part, un portefeuille et des instruments publics britanniques prennent forme dans des secteurs où les besoins de financement sont considérables. D’autre part, les chiffres les plus élevés restent des ambitions ou des capacités, et non des dépenses constatées. Pour mesurer les résultats du forum, il faudra publier les projets retenus, leurs contrats définitifs, leurs coûts, leurs conditions de financement, les dates de démarrage et les indicateurs de réalisation. C’est à ce prix que l’ambition de 2,7 milliards de livres pourra être évaluée autrement qu’à travers sa seule valeur d’annonce.