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Ouganda : les exportations bondissent de 41 %, mais le déficit commercial atteint 817 millions de dollars

Le dernier rapport du ministère ougandais des Finances révèle une croissance spectaculaire des ventes à l’étranger en août 2026, tirée par l’or. Mais les importations ont augmenté encore plus vite, creusant fortement le déficit commercial. Derrière la performance exportatrice se dessinent une dépendance accrue au métal précieux, les difficultés du café et une facture extérieure toujours lourde.

Par la Rédaction
Publié le 22 octobre 2026
Lecture : 6 min
Ouganda : les exportations bondissent de 41 %, mais le déficit commercial atteint 817 millions de dollars

Un terminal à conteneurs en pleine effervescence : malgré l’essor historique des exportations de l’Ouganda porté par la filière de l’or, le volume massif des importations industrielles et minérales continue de creuser un déficit commercial record de 817 millions de dollars.

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Les exportations progressent à vive allure, mais l’équilibre commercial se détériore. Selon le rapport mensuel sur la performance de l’économie publié le 21 octobre 2026 par le ministère ougandais des Finances, les ventes de marchandises à l’étranger ont atteint 1,492 milliard de dollars en août, contre 1,061 milliard un an plus tôt. Cette hausse de 40,6 % ne suffit pourtant pas à compenser la poussée des achats extérieurs : les importations se sont élevées à 2,309 milliards de dollars, en augmentation de 66,5 %. Résultat, le déficit commercial a atteint 817 millions de dollars, contre 326 millions en août 2025.

La publication éclaire sous un angle nouveau les tensions économiques observées à Kampala. L’Ouganda engrange davantage de devises grâce à ses exportations, mais sa demande de biens importés absorbe une part croissante de ces ressources. Cette asymétrie importe autant que la progression des recettes : elle mesure la capacité de l’économie à transformer un succès commercial sectoriel en amélioration durable de sa position extérieure.

L’or porte désormais l’essentiel de la croissance exportatrice

Le moteur principal de cette expansion est le métal jaune. Les recettes d’exportation des produits minéraux, dominées par l’or, ont atteint 889 millions de dollars en août, contre 526 millions un an auparavant, soit une progression de près de 69 %. Elles représentent désormais environ 60 % de l’ensemble des exportations mensuelles de marchandises. À titre de comparaison, les recettes du café se sont établies à 182 millions de dollars. Le rapport souligne aussi des performances positives de certains produits, notamment le tabac, les fleurs et les réexportations de produits pétroliers, mais leur poids reste nettement inférieur.

Ce rôle central de l’or n’est pas entièrement nouveau. La Banque d’Ouganda avait déjà signalé une forte hausse des exportations aurifères en 2025, à 5,8 milliards de dollars, favorisée par l’envolée des cours internationaux et le développement du négoce régional. Le pays s’est affirmé comme un centre de raffinage et de commercialisation pour des métaux qui ne proviennent pas tous de ses propres mines. Il serait donc trompeur de lire mécaniquement la valeur des exportations d’or comme un indicateur de production minière nationale ou de richesse créée localement.

Cette spécialisation présente une opportunité de revenus et d’activités pour les raffineries, les transporteurs et les services associés. Elle crée aussi des risques de concentration et des exigences de traçabilité. Des enquêtes sur les circuits d’approvisionnement régionaux ont soulevé des questions concernant l’origine de certaines cargaisons, sans que cela permette d’assimiler l’ensemble des exportations ougandaises à des flux illicites. Pour les autorités, la qualité des contrôles et la valeur effectivement retenue dans l’économie nationale deviennent aussi importantes que le volume exporté.

Le café fragilisé par la sécheresse et la concurrence

Le contraste est marqué avec le café, filière historique et importante source de revenus pour les producteurs ruraux. Ses recettes ont reculé de près de 11 % par rapport à juillet, de 204 à 182 millions de dollars. Le ministère relie cette baisse à une sécheresse prolongée et à des températures élevées dans plusieurs zones de production, dont Greater Masaka, Kyotera, Sembabule et Luwero. Ces conditions auraient perturbé la floraison et le développement des cerises, tandis que l’augmentation des disponibilités mondiales, notamment au Brésil et au Vietnam, a exercé une pression sur les prix du robusta.

La divergence entre l’or et le café souligne un enjeu de développement. Les recettes aurifères peuvent progresser rapidement avec les prix internationaux et les opérations de raffinage, alors que la chaîne du café irrigue directement de nombreux territoires agricoles. Le rapport ne permet pas de mesurer, à lui seul, les effets respectifs de ces évolutions sur l’emploi ou les revenus des ménages. Il montre néanmoins qu’une bonne performance agrégée des exportations peut masquer des difficultés dans une filière socialement essentielle.

La facture des importations augmente plus vite que les ventes

Le déséquilibre vient surtout de la demande extérieure. Les importations ont bondi de près de 42 % en un seul mois, de 1,626 milliard de dollars en juillet à 2,309 milliards en août. Le ministère cite l’augmentation des achats de produits minéraux, de carburants, de machines, d’équipements et de véhicules, ainsi que la hausse des coûts de fret liée au renchérissement du pétrole. Les achats pétroliers du secteur privé sont passés à 245 millions de dollars, contre 201 millions le mois précédent.

Une partie de ces importations peut accompagner l’investissement et l’activité productive : l’arrivée de machines n’a pas la même signification économique qu’une hausse de la facture énergétique. Le rapport ne détaille pas suffisamment l’utilisation finale de chaque poste pour trancher. Mais le résultat d’ensemble est clair : en août, la valeur des importations a dépassé celle des exportations de plus de la moitié. Le déficit commercial a ainsi plus que triplé par rapport à juillet, mois où il atteignait environ 225 millions de dollars.

Un commerce extérieur très concentré géographiquement

La géographie des échanges renforce cette lecture. Le Moyen-Orient a absorbé 53,8 % des exportations ougandaises d’août, soit environ 803 millions de dollars. Les Émirats arabes unis représentent presque la totalité de ces ventes régionales, principalement en raison des flux d’or. La Communauté d’Afrique de l’Est a capté 21,4 % des exportations, l’Asie 9,9 % et l’Union européenne 9,7 %. Cette concentration expose les recettes commerciales aux conditions d’accès à quelques grands marchés et aux variations d’une seule matière première.

Du côté des importations, les partenaires régionaux occupent une place majeure. La Communauté d’Afrique de l’Est a fourni 45,5 % des marchandises achetées par l’Ouganda, soit 1,050 milliard de dollars, devant l’Asie. Le déficit commercial avec les autres membres de l’organisation régionale a atteint 730 millions de dollars en août, contre 443 millions en juillet. Ces chiffres n’impliquent pas en eux-mêmes que l’intégration régionale soit défavorable : ils montrent plutôt l’importance des chaînes d’approvisionnement voisines et la nécessité de renforcer la compétitivité des entreprises exportatrices.

L’enjeu : transformer les recettes en capacités productives

Pour Kampala, l’enjeu ne se limite donc pas à exporter davantage. Il s’agit de développer des activités capables de réduire certaines dépendances, d’améliorer la transformation locale et de diversifier les marchés. Le gouvernement met en avant, dans son rapport, la diplomatie économique, la valorisation des produits agricoles et miniers et la suppression des obstacles non tarifaires aux échanges régionaux. Ce sont des orientations affichées, dont les résultats dépendront des investissements, des infrastructures et de leur mise en œuvre effective.

L’entrée envisagée de l’Ouganda dans la production commerciale de pétrole en 2027 pourrait, à moyen terme, modifier les recettes en devises du pays. Mais cette perspective ne constitue pas une solution immédiate au déséquilibre d’août, et elle dépend encore du calendrier opérationnel des projets. En attendant, les données publiées cette semaine livrent un enseignement simple : la hausse des exportations est une bonne nouvelle pour les opérateurs concernés, mais elle ne signifie pas automatiquement une amélioration de la balance commerciale ni un allègement des pressions sur la monnaie.