Meta : 64,6 milliards de dollars de revenus au troisième trimestre, mais l’IA et les contentieux pèsent sur les marges
Le groupe américain a publié mercredi 21 octobre 2026 un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 26 %, porté par la publicité. Mais une charge judiciaire de 9,89 milliards de dollars réduit fortement son bénéfice d’exploitation, tandis que ses investissements dans l’intelligence artificielle mobilisent des sommes considérables. Meta prépare parallèlement une nouvelle catégorie d’actions sans droit de vote pour financer sa croissance sans modifier l’équilibre du pouvoir entre actionnaires.

Meta Platforms, qui vient d’annoncer un chiffre d’affaires record de 64,6 milliards de dollars au troisième trimestre, malgré des marges sous pression en raison des coûts de l’IA et des litiges juridiques.
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Une machine publicitaire toujours en expansion
Meta continue de tirer une croissance exceptionnelle de ses plateformes historiques. Au troisième trimestre 2026, clos le 30 septembre, la maison mère de Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger a réalisé 64,60 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre 51,24 milliards un an plus tôt. La progression atteint 26 %, selon les résultats publiés le 21 octobre après la clôture de Wall Street. Elle dépasse également les quelque 63,3 milliards attendus par les analystes interrogés par FactSet, d’après l’Associated Press.
La publicité demeure le moteur de cette performance. Les recettes publicitaires se sont établies à 63,06 milliards de dollars, soit près de 98 % du chiffre d’affaires total. Le nombre d’annonces diffusées sur l’ensemble des applications du groupe a augmenté de 10 % en un an, tandis que le prix moyen par publicité progressait de 14 %. Meta ne vend donc pas seulement davantage d’espaces : il parvient aussi à mieux les monétiser, grâce à ses systèmes de ciblage, de recommandation et d’optimisation des campagnes.
Cette dynamique repose sur une audience gigantesque. En septembre, 3,64 milliards de personnes utilisaient quotidiennement au moins l’une des principales applications du groupe, en hausse de 3 % sur un an. Le rythme de progression de la base d’utilisateurs reste nettement inférieur à celui des revenus : la croissance dépend de plus en plus de la valeur publicitaire extraite de chaque interaction. Pour les annonceurs, l’enjeu est de mesurer si cette hausse des prix s’accompagne d’une amélioration suffisante des résultats commerciaux.
Un bénéfice d’exploitation amputé par un accord judiciaire
La vigueur commerciale masque un choc dans les comptes. Les coûts et charges du trimestre ont bondi de 68 %, à 51,61 milliards de dollars. Le résultat d’exploitation recule ainsi de 37 %, à 12,99 milliards, et la marge opérationnelle passe de 40 % à 20 %. La principale explication est comptable : Meta a enregistré une charge de 9,89 milliards de dollars liée à l’accord annoncé en août avec 52 procureurs généraux américains sur des litiges relatifs à la santé mentale des adolescents et à l’utilisation des réseaux sociaux.
Cet accord prévoit des paiements pouvant atteindre environ 18,59 milliards de dollars, selon la communication officielle de Meta. La charge comptabilisée au troisième trimestre ne signifie pas que la totalité de ce montant a été décaissée pendant cette période. Hors cet élément exceptionnel, le groupe indique que son résultat d’exploitation aurait atteint 22,88 milliards de dollars et son bénéfice par action 7,40 dollars, contre 3,83 dollars publiés.
Le bénéfice net, lui, a plus que triplé, à 9,86 milliards de dollars, contre 2,71 milliards au troisième trimestre 2025. Cette comparaison exige toutefois de la prudence : le résultat de l’année précédente avait été lourdement affecté par une charge fiscale exceptionnelle. Présenter cette hausse de 264 % comme une accélération équivalente de la rentabilité courante serait trompeur. Le groupe fait face à une forte croissance des ventes, mais aussi à une pression réelle sur ses dépenses et ses marges.
L’intelligence artificielle absorbe une part croissante des ressources
Au-delà des litiges, l’ampleur des investissements technologiques transforme le profil financier de Meta. Les dépenses d’investissement, y compris certains remboursements de contrats de location-financement, ont atteint 34,91 milliards de dollars sur le seul troisième trimestre. Le groupe prévoit désormais entre 135 et 145 milliards de dollars sur l’ensemble de 2026, contre une fourchette précédente de 130 à 145 milliards. Le relèvement du plancher confirme que la course aux centres de données, aux processeurs et aux infrastructures d’entraînement de modèles demeure prioritaire.
Le flux de trésorerie provenant des activités opérationnelles s’est élevé à 32,79 milliards de dollars. Une fois déduits les investissements retenus dans le calcul de Meta, le flux de trésorerie disponible ressort négatif de 2,12 milliards, alors qu’il était positif de 10,63 milliards un an auparavant. Cette mesure, distincte du bénéfice comptable, illustre la vitesse à laquelle les projets d’infrastructure consomment des liquidités. Elle ne signifie pas pour autant une crise immédiate de financement : Meta disposait encore de 82,45 milliards de dollars de trésorerie, équivalents et titres négociables à la fin septembre.
Mark Zuckerberg défend ces dépenses comme le socle de nouveaux produits et de meilleures performances publicitaires. Le groupe met notamment en avant le lancement de Muse et de Muse Wonder, ses nouveaux outils d’intelligence artificielle. Mais la direction reconnaît que certaines applications avancées mettront plus de temps à produire des revenus que les investissements destinés à optimiser l’activité publicitaire existante. La question centrale pour les investisseurs devient donc celle du rendement futur de cette infrastructure, et non de la seule croissance des ventes actuelles.
Une nouvelle catégorie d’actions sans droit de vote
L’annonce financière s’accompagne d’une décision de gouvernance majeure. Le conseil d’administration a approuvé la création d’actions de classe C, cotées mais dépourvues de droit de vote, dont l’entrée en vigueur est prévue le 19 janvier 2027. Meta entend attribuer, sous réserve des formalités prévues, une action de classe C pour chaque action existante des classes A et B. L’opération devrait produire sur le cours un effet comparable à une division par deux du prix unitaire de l’action, sans modifier les droits de vote des actionnaires.
L’entreprise présente ce nouvel instrument comme un moyen de financer ses investissements, d’éventuelles acquisitions ou la rémunération en actions de ses salariés. Il permettra de mobiliser du capital tout en préservant l’architecture de contrôle du groupe et le rôle central de son fondateur. Cette structure peut rassurer les investisseurs attachés à la continuité stratégique, mais elle soulève aussi une interrogation classique : comment garantir une supervision efficace lorsque l’apport de capitaux nouveaux ne s’accompagne pas d’un pouvoir de décision correspondant ?
Il ne s’agit pas d’une augmentation de capital déjà réalisée ni d’un financement dont le montant serait connu. Le mécanisme crée une capacité supplémentaire d’émission et de circulation de titres, que le groupe pourra mobiliser selon ses besoins.
Des prévisions élevées, sous surveillance
Pour le quatrième trimestre, Meta anticipe entre 73 et 76 milliards de dollars de chiffre d’affaires. La direction prévoit des charges totales comprises entre 175 et 179 milliards de dollars sur l’ensemble de 2026, y compris l’effet du règlement judiciaire. Elle estime que les pertes annuelles de Reality Labs, sa division consacrée aux technologies immersives, devraient se situer entre 18 et 19 milliards, avant une possible réduction vers 15 milliards en 2027. Ces montants restent des prévisions, exposées à l’évolution des dépenses et des marchés.
Les risques juridiques demeurent également élevés. La charge relative à la santé mentale des adolescents est distincte de la décision rendue le même 21 octobre au Nouveau-Mexique dans un autre dossier concernant les pratiques de Facebook et la protection des données. Ces procédures ne doivent pas être confondues, pas plus que leurs montants et leurs étapes judiciaires.
La publication dessine finalement une entreprise à deux visages : une activité publicitaire toujours capable d’accroître fortement ses recettes, et un groupe qui accepte des coûts historiques pour se positionner dans l’intelligence artificielle tout en réglant des contentieux anciens. Les prochains trimestres diront si les gains tirés des outils d’IA suffisent à soutenir durablement les marges et à justifier l’effort d’investissement. Pour Meta, la croissance est bien présente ; la rentabilité de sa nouvelle stratégie reste, elle, à démontrer.
