Dette publique : Moody’s pourrait abaisser la note de la France vendredi, des économistes tirent la sonnette d’alarme
La situation budgétaire française suscite de nouvelles inquiétudes sur les marchés financiers. Alors que le coût des emprunts de l’État poursuit sa progression, les regards se tournent vers Moody’s, dont la prochaine évaluation pourrait entraîner un abaissement de la note souveraine du pays. En cause, un déficit persistant, un endettement élevé et une croissance économique particulièrement faible.

Moody’s va-t-elle dégrader la France ? Les économistes penchent pour un scénario inquiétant/ SudOuest et AFP
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La France pourrait connaître un nouvel épisode de tension sur les marchés obligataires. L’agence de notation Moody’s doit réexaminer la situation financière du pays vendredi 23 octobre, dans un contexte marqué par la dégradation des perspectives budgétaires et les difficultés rencontrées par le gouvernement pour rétablir les comptes publics.
Pour une majorité d’économistes, une révision à la baisse de la note française constitue désormais une éventualité sérieuse. Une telle décision rapprocherait Moody’s de ses concurrentes, Standard & Poor’s et Fitch, qui attribuent déjà à la France une notation inférieure.
Les investisseurs, de leur côté, manifestent déjà leur préoccupation. Mercredi 21 octobre, le rendement des obligations françaises à dix ans a atteint 5 %, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2002. Cette hausse traduit les exigences croissantes des marchés pour financer la dette de l’État.
Des finances publiques qui peinent à retrouver l’équilibre
La principale difficulté réside dans l’incapacité de la France à réduire suffisamment son déficit public. Selon les projections évoquées par les économistes, celui-ci devrait représenter 5,1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, avant de progresser à 5,4 % en 2026. Pour 2027, les prévisions restent proches de 5 %.
Ces niveaux demeurent préoccupants au regard des engagements de redressement budgétaire pris par les autorités françaises. Éric Dor, directeur des études économiques à l’IÉSEG, souligne notamment que le déficit de la France dépasse celui de nombreux pays européens dont la notation souveraine est comparable ou inférieure à la sienne.
La dette publique constitue un autre facteur de vulnérabilité. Elle pourrait atteindre 121,7 % du PIB en 2027, selon les estimations citées dans l’analyse économique. Un tel niveau place la France parmi les États européens les plus endettés et réduit ses marges de manœuvre face à de nouvelles difficultés économiques.
À ces déséquilibres s’ajoute une activité économique peu dynamique. Après une contraction de 0,2 % au premier trimestre et une stagnation au deuxième, la croissance française n’était attendue qu’à 0,1 % au troisième trimestre.
Cette progression limitée complique le rétablissement des finances publiques. Une croissance plus vigoureuse favoriserait les recettes fiscales et faciliterait la réduction du déficit. À l’inverse, une activité atone risque de prolonger les déséquilibres et de rendre les objectifs budgétaires plus difficiles à atteindre.
Moody’s face à plusieurs scénarios
Actuellement, Moody’s attribue à la France la note Aa3, assortie d’une perspective négative. Cette appréciation correspond à une dette considérée comme présentant une bonne qualité de crédit, mais dont l’évolution suscite des réserves.
Une dégradation d’un cran, qui ferait passer la notation à A1, figure parmi les scénarios envisagés par les spécialistes. Elle permettrait à l’agence de tenir compte des difficultés budgétaires françaises tout en maintenant une appréciation relativement favorable de la capacité du pays à honorer ses engagements financiers.
Nicolas Laine, de l’Institut Montaigne, considère lui aussi cette hypothèse comme crédible. Il n’exclut toutefois pas une décision plus sévère : Moody’s pourrait accompagner la nouvelle note A1 d’une perspective négative si elle estime que les risques pesant sur les finances publiques ne sont pas suffisamment maîtrisés.
Une telle orientation signalerait que d’autres ajustements pourraient intervenir à l’avenir, notamment si les mesures annoncées pour réduire le déficit ne produisent pas les résultats attendus.
L’agence pourrait également choisir de maintenir sa notation actuelle. Elle disposerait alors de davantage de recul pour apprécier les conséquences des discussions budgétaires en cours au Parlement et mesurer la capacité du gouvernement à faire adopter un budget pour 2027.
Cette dernière option dépendrait notamment de l’évolution des débats parlementaires, qui se déroulent dans un climat politique tendu et compliquent la recherche d’un compromis sur les économies à réaliser.
La hausse des taux d’intérêt alourdit la facture de l’État
Au-delà de la décision attendue de Moody’s, la progression des rendements obligataires constitue déjà un signal préoccupant pour les finances françaises.
Le taux auquel l’État emprunte sur dix ans a franchi le seuil des 5 %, tandis que l’écart entre les rendements français et allemands, appelé spread, a atteint son niveau le plus élevé depuis 2011, au moment de la crise financière européenne.
Cet écart traduit la différence de perception du risque entre les deux pays. Plus les investisseurs considèrent la situation française comme incertaine, plus ils peuvent exiger une rémunération élevée pour acheter ses obligations.
Éric Dor relève que les conditions de financement de la France sont désormais moins favorables que celles de l’ensemble des autres pays de la zone euro, y compris certains États dont la notation est nettement inférieure.
Cette situation pourrait avoir des conséquences durables. Lorsque les emprunts arrivent à échéance, l’État doit les refinancer dans les conditions du marché. Si les taux restent élevés, le coût de la dette augmente progressivement, ce qui mobilise une part plus importante des ressources publiques au détriment d’autres dépenses.
Face à cette évolution, le ministère de l’Économie a défendu la nécessité de poursuivre l’assainissement budgétaire. Sollicité par l’Agence France-Presse après la hausse des taux, il a présenté la consolidation des finances publiques comme la réponse permettant de restaurer la confiance des investisseurs.
L’objectif gouvernemental d’un déficit ramené à 5 % du PIB en 2027 demeure, selon le ministère, inchangé.
Une éventuelle dégradation au-delà d’un simple ajustement technique
Pour certains observateurs, les difficultés françaises ne se limitent plus aux seuls indicateurs financiers. Elles concernent également la capacité des institutions à mettre en œuvre une stratégie budgétaire cohérente dans un environnement politique fragmenté.
Nicolas Laine estime qu’une baisse de plusieurs crans de la notation, même si cette hypothèse est considérée comme moins probable, pourrait produire des effets supplémentaires sur les marchés. Une décision de cette ampleur refléterait une appréciation plus défavorable de la situation économique et des perspectives de redressement du pays.
L’économiste souligne notamment les difficultés à dégager une orientation budgétaire suffisamment stable pour répondre aux déséquilibres actuels. Les tensions politiques et les retards dans l’examen des textes financiers compliquent la mise en œuvre des mesures nécessaires.
La question dépasse ainsi la seule réduction du déficit. Pour les investisseurs, la capacité d’un État à prendre des décisions, à respecter ses engagements et à maintenir une trajectoire financière prévisible constitue également un élément important de l’évaluation du risque souverain.
La taille de l’économie française ne suffit plus à rassurer
Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l’Institut Rexecode, envisage lui aussi une révision de la note française. Il rappelle néanmoins que la France conserve des atouts structurels, notamment la dimension de son économie et la diversité de ses activités.
Ces caractéristiques continuent de soutenir sa capacité à générer des richesses et à honorer ses obligations financières. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à neutraliser les inquiétudes suscitées par l’évolution des comptes publics.
La faiblesse de la croissance, l’importance de la dette et les incertitudes politiques forment désormais un ensemble de risques que les agences de notation doivent prendre en considération.
Le véritable enjeu consiste donc à démontrer que les autorités françaises peuvent inverser la tendance. Une amélioration durable nécessiterait une réduction effective du déficit, une maîtrise de la progression de la dette et un environnement économique suffisamment dynamique pour soutenir les recettes de l’État.
En attendant la décision de Moody’s, les marchés continuent de surveiller les signaux envoyés par Paris. Une éventuelle dégradation de la note ne constituerait pas, à elle seule, une rupture dans la capacité de la France à emprunter. Elle pourrait néanmoins accentuer les interrogations sur sa trajectoire financière et renforcer la pression en faveur de mesures budgétaires plus ambitieuses.
