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Une nouvelle compilation de BudgIT révèle de profondes disparités dans les dépenses éducatives des États nigérians. Kano arrive en tête en valeur absolue, tandis que Jigawa consacre la plus forte proportion de ses dépenses à l’éducation. Les chiffres portent sur les dépenses exécutées, et non sur les budgets annoncés.

Les dépenses engagées par les États nigérians dans l’éducation varient fortement, tant en montants qu’en proportion de leurs budgets.
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Les États nigérians ne consacrent pas tous le même effort financier à l’éducation, et les écarts apparaissent considérables lorsqu’on examine leurs dépenses réellement engagées. Selon une compilation publiée le 21 octobre 2026 par l’organisation de transparence budgétaire BudgIT, 34 États ont dépensé ensemble 1 049 milliards de nairas pour l’éducation entre janvier et juin 2026. L’analyse met en lumière deux classements très différents : celui des montants dépensés et celui de la place de l’éducation dans les dépenses publiques.
Kano arrive en tête des montants, avec 99,23 milliards de nairas, devant Lagos, à 88,96 milliards, et Delta, à 65,50 milliards. Mais lorsque l’on rapporte les dépenses éducatives à l’ensemble des dépenses exécutées par chaque État, c’est Jigawa qui se distingue : l’éducation représente 29,9 % de ses sorties budgétaires sur le semestre. Ekiti suit avec 25,1 %, devant Nasarawa, à 24,9 %. Ces chiffres ne mesurent donc pas exactement la même chose et ne permettent pas, pris isolément, de désigner un système scolaire plus performant qu’un autre.
Des montants importants, des priorités très différentes

La comparaison entre Kano et Lagos illustre l’intérêt de cette double lecture. Kano a engagé 99,23 milliards de nairas dans l’éducation sur un total de 401,06 milliards de dépenses publiques au premier semestre. La proportion est proche d’un quart de son exécution budgétaire. Lagos, pourtant deuxième en montant éducatif avec 88,96 milliards de nairas, n’y a consacré que 5,8 % de ses dépenses exécutées, selon BudgIT. Son budget global plus élevé change ainsi radicalement le classement.
Jigawa a dépensé 54,13 milliards de nairas pour l’éducation, sur 180,90 milliards de dépenses totales. Ekiti affiche 39,53 milliards sur 157,64 milliards, et Nasarawa 26,61 milliards sur 106,99 milliards. Ces données montrent qu’un État disposant d’une enveloppe plus modeste peut accorder une part plus importante de ses ressources à l’école. À l’inverse, un État riche ou fortement dépensier peut figurer parmi les premiers en valeur absolue sans réserver une proportion équivalente à ce secteur.
À l’autre extrémité, Akwa Ibom ne consacre que 0,6 % de ses dépenses du semestre à l’éducation, d’après la même étude. Imo atteint 4,2 %. De tels écarts appellent des explications : calendrier des paiements, périmètre des lignes budgétaires, répartition des compétences ou arbitrages locaux. La photographie d’un semestre ne suffit pas à établir les causes de chaque résultat.
Ce que mesure réellement l’enquête
L’étude porte sur les dépenses enregistrées au premier et au deuxième trimestres de 2026 dans 34 États. Elle ne prétend pas couvrir de manière homogène les 36 États de la fédération ni le Territoire de la capitale fédérale. Il serait donc erroné de présenter les 1 049 milliards de nairas comme la dépense éducative consolidée de l’ensemble du Nigeria. Il s’agit du total des entités incluses dans l’échantillon publié.
La distinction entre allocation et exécution est également essentielle. Un budget voté exprime une autorisation de dépenser et une priorité affichée ; une dépense exécutée correspond à des ressources effectivement mobilisées pendant la période observée. Les deux peuvent diverger en fonction des recettes disponibles, des procédures de passation de marchés, des retards administratifs et des besoins de trésorerie. La compilation de BudgIT porte précisément sur cette seconde dimension.
Elle ne permet pas davantage de déduire directement la qualité de l’enseignement. Les dépenses peuvent financer des salaires, des bâtiments, du matériel, des bourses ou des interventions ponctuelles. Sans ventilation suffisamment fine et sans indicateurs comparables sur les apprentissages, les effectifs et l’état des infrastructures, le montant engagé ne dit pas combien d’élèves ont effectivement bénéficié de meilleures conditions de scolarisation.
Un outil de contrôle pour les citoyens
La publication offre néanmoins une base concrète au débat public. Dans un système fédéral, les États jouent un rôle majeur dans la fourniture des services essentiels et leurs décisions budgétaires affectent directement les écoles. Le rapprochement entre les dépenses éducatives et l’ensemble des dépenses permet aux citoyens, aux organisations professionnelles et aux assemblées locales d’interroger les arbitrages opérés.
Il ouvre aussi la voie à des vérifications plus exigeantes. Une progression des crédits peut être utile, mais encore faut-il connaître le taux de réalisation des chantiers, la disponibilité des enseignants, la distribution des manuels et les disparités entre zones urbaines et rurales. Les dépenses de fonctionnement et les investissements ne produisent pas les mêmes effets ni dans les mêmes délais. Un suivi crédible doit relier les données financières aux résultats obtenus dans les établissements.
Les différences observées peuvent également nourrir les discussions sur les méthodes de publication des finances publiques. Une information plus régulière et plus détaillée sur les dépenses, les contrats et leur exécution faciliterait la comparaison entre États et la détection d’éventuels retards. La transparence budgétaire ne remplace pas une politique éducative, mais elle rend ses engagements plus vérifiables.
La question des résultats reste entière
Les chiffres de BudgIT décrivent ainsi une réalité financière, pas un palmarès des meilleures écoles. Kano domine en volume, Jigawa en proportion, tandis que plusieurs États consacrent une fraction bien plus faible de leurs dépenses à l’éducation. Ces écarts sont suffisamment marqués pour justifier un examen approfondi des choix publics et de leur mise en œuvre.
Pour mesurer l’efficacité de cet effort, la prochaine étape consiste à confronter les montants du premier semestre aux données de fin d’année, puis aux indicateurs de fréquentation, d’achèvement et d’apprentissage. L’enjeu est de déterminer non seulement combien chaque État dépense, mais aussi ce que ces dépenses changent pour les élèves. C’est sur ce terrain que les arbitrages budgétaires pourront être jugés au-delà des annonces.
