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Ghana : les recettes pétrolières progressent, mais leur affectation à l’autoroute Accra–Kumasi fait débat

Le Ghana a encaissé environ 561,4 millions de dollars de revenus pétroliers au premier semestre 2026, contre 370,3 millions un an auparavant. La publication du bilan du comité de contrôle PIAC a cependant ouvert une controverse sur les informations relatives à l’utilisation des fonds budgétaires réservés à la future liaison rapide Accra–Kumasi.

Par la Rédaction
Publié le 30 octobre 2026
Lecture : 5 min
Ghana : les recettes pétrolières progressent, mais leur affectation à l’autoroute Accra–Kumasi fait débat

La production pétrolière offshore du Ghana contribue aux recettes publiques dont l’utilisation fait l’objet d’un suivi par le PIAC.

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L’augmentation des recettes tirées du pétrole n’a pas dissipé les interrogations sur leur utilisation au Ghana. Le Public Interest and Accountability Committee (PIAC), organe chargé de suivre la gestion des revenus pétroliers, a présenté son rapport semestriel 2026 et demandé des informations complémentaires sur les dépenses financées par la part des recettes affectée au budget national. Le ministère des Finances a répondu le 23 octobre, en contestant avoir retenu les données réclamées. Les deux institutions s’accordent sur la nécessité de suivre ces fonds, mais divergent sur la suffisance des informations transmises.

Une hausse des recettes qui ne garantit pas des dépenses nouvelles

D’après les chiffres du PIAC repris le 24 octobre par la Ghana News Agency, les recettes pétrolières se sont établies à environ 561,4 millions de dollars entre janvier et juin 2026, contre 370,3 millions au premier semestre 2025. L’augmentation est proche de 52 %. Le prix moyen réalisé pour le brut a atteint environ 92,80 dollars le baril, supérieur au prix de référence budgétaire d’environ 76 dollars. Cette différence de prix explique une part importante de la progression. Des recettes encaissées plus élevées ne correspondent cependant pas automatiquement à des crédits dépensés ni à des travaux livrés : la chaîne budgétaire comporte des étapes distinctes de perception, d’affectation, d’engagement et de paiement.

Le secteur a également bénéficié d’un redressement de la production. Selon le bilan relayé par Citi Newsroom, le volume extrait au premier semestre est passé de 18,42 à 20,58 millions de barils, soit une hausse d’environ 11,7 %. Les champs de Jubilee, Sankofa-Gye Nyame et TEN ont contribué à cette production. Le PIAC souligne toutefois que le renforcement des recettes tient largement au niveau des cours internationaux. Cette dépendance expose les finances publiques à un retournement des prix, même si les volumes physiques restent stables ou progressent légèrement.

Le contrôle des fonds au cœur de la controverse

Le différend porte sur l’Annual Budget Funding Amount (ABFA), mécanisme par lequel une partie des revenus pétroliers finance des priorités publiques. Le président du PIAC, Richard Ellimah, a expliqué que le comité attendait encore certains renseignements détaillés sur l’utilisation de cette enveloppe, ce qui limitait son évaluation des dépenses. L’organisme souhaite notamment comprendre comment suivre des investissements regroupés dans la stratégie d’infrastructures dite « Big Push », alors que ses méthodes de contrôle reposent aussi sur la vérification de projets identifiables. Le comité évoque les obligations légales de transmission d’informations et la difficulté d’obtenir des réponses complètes dans les délais prévus.

Le ministère des Finances rejette cette présentation. Dans son communiqué du 23 octobre, il affirme avoir fourni les données sur les recettes et leur répartition, ainsi que des explications sur les modalités d’affectation. Il considère que l’absence d’un tableau d’utilisation dans le rapport du PIAC ne prouve pas une rétention d’informations. Le désaccord ne peut donc pas être réduit à une accusation établie de dissimulation : le comité dit ne pas disposer des éléments nécessaires à son contrôle, tandis que le ministère assure avoir communiqué les renseignements pertinents. Aucun arbitrage indépendant de cette divergence n’a été identifié dans les documents consultés.

Une autoroute encore au stade de financement réservé

Le gouvernement ghanéen prévoit de réserver une partie des recettes pétrolières au financement de l’autoroute Accra–Kumasi.

Le point le plus concret de la réponse gouvernementale concerne la future autoroute Accra–Kumasi. Le ministère indique que l’ensemble des ressources ABFA réalisées en 2026 et affectées à cette infrastructure a été réservé, ou « ring-fenced », en vue de sa construction. Il précise que les fonds seront utilisés lorsque le contrat aura été attribué. Cette formulation est déterminante : réserver des recettes à un projet n’équivaut ni à conclure un marché de travaux ni à décaisser l’argent ni à achever un tronçon routier. Les montants précisément immobilisés, les échéances contractuelles et le calendrier d’exécution devront être détaillés pour mesurer l’avancement effectif.

Le gouvernement justifie la concentration des ressources par la volonté de financer un chantier structurant plutôt que de répartir de petites sommes entre de nombreux projets. Il fait valoir que le PIAC a lui-même recommandé une utilisation plus concentrée des revenus pétroliers. Cette logique peut faciliter le financement d’une infrastructure d’envergure, mais elle renforce aussi l’importance du suivi : lorsque plusieurs exercices budgétaires alimentent un même chantier, le public doit pouvoir distinguer ce qui a été collecté, réservé, engagé et effectivement payé.

Les collectivités locales également concernées

Autre précision du ministère : la quote-part de 5 % de l’ABFA revenant au District Assemblies Common Fund, qui soutient les collectivités, serait financée à partir du Consolidated Fund. Selon le gouvernement, les assemblées locales ne sont donc pas privées de leur part du fait de l’affectation à l’autoroute. Là encore, l’affirmation officielle mérite un rapprochement entre les transferts budgétaires et les versements reçus par les collectivités. La traçabilité est indispensable pour éviter qu’une modification du circuit de financement ne rende les comparaisons plus difficiles.

La controverse ne porte donc pas seulement sur le niveau record ou non des revenus pétroliers. Elle concerne la capacité des institutions à démontrer, documents à l’appui, comment la rente des hydrocarbures se transforme en actifs publics. Les prochains états d’exécution, les détails du marché de l’autoroute et les tableaux de réconciliation entre recettes et dépenses seront essentiels. Pour le Ghana, la crédibilité du financement d’infrastructures repose autant sur la discipline de publication des données que sur la disponibilité des ressources.