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Ghana : les recettes pétrolières bondissent de 52 %, mais le contrôle de leur utilisation reste contesté

La remontée des recettes pétrolières ghanéennes apporte un répit aux finances publiques, mais elle ravive une question ancienne : comment s’assurer que la manne bénéficie effectivement au pays ? Selon le rapport semestriel publié le 21 octobre 2026 par le Public Interest and Accountability Committee (PIAC), organe de surveillance des revenus pétroliers, les encaissements de...

Par la Rédaction
Publié le 30 octobre 2026
Lecture : 5 min
Ghana : les recettes pétrolières bondissent de 52 %, mais le contrôle de leur utilisation reste contesté

Les installations pétrolières offshore du Ghana, au cœur des recettes publiques issues de l’exploitation des hydrocarbures.

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La remontée des recettes pétrolières ghanéennes apporte un répit aux finances publiques, mais elle ravive une question ancienne : comment s’assurer que la manne bénéficie effectivement au pays ? Selon le rapport semestriel publié le 21 octobre 2026 par le Public Interest and Accountability Committee (PIAC), organe de surveillance des revenus pétroliers, les encaissements de l’État ont atteint 561,41 millions de dollars entre janvier et juin. Ils s’établissaient à 370,34 millions de dollars au premier semestre 2025, soit une progression d’environ 52 %.

Ce résultat ne signifie pas que le secteur a accru sa production dans les mêmes proportions. Les volumes extraits ont progressé de 11,73 %, passant de 18,42 à 20,58 millions de barils. Le rapport attribue la majeure partie du gain de recettes à la hausse des prix effectivement obtenus pour le pétrole vendu, ainsi qu’à l’augmentation des versements d’impôt sur les sociétés. Les recettes sont donc sensibles à des facteurs extérieurs, notamment aux cours internationaux, et peuvent reculer rapidement si le marché se retourne.

Un prix du baril supérieur aux hypothèses budgétaires

D’après les données reprises par plusieurs médias économiques, le brut vendu pour le compte de l’État ghanéen a atteint en moyenne 92,81 dollars le baril pendant la période, contre une hypothèse de référence de 76,22 dollars. Cet écart d’environ 22 % explique une part importante de la performance. Les recettes fiscales liées aux sociétés pétrolières ont, de leur côté, augmenté de 37 %. Le calendrier des cargaisons vendues et celui des paiements fiscaux peuvent également faire varier les montants d’un semestre à l’autre.

L’augmentation de la production provient notamment d’une meilleure contribution des champs Jubilee et Sankofa Gye-Nyame, tandis que les performances du champ TEN restent un sujet d’attention pour le comité. La hausse des volumes n’efface pas les enjeux de maturité des gisements. Le PIAC demande de poursuivre les investissements dans les champs existants et de créer les conditions d’une exploration supplémentaire, afin d’éviter que les recettes futures ne reposent uniquement sur une conjoncture de prix favorable.

Des transferts aux fonds publics, sous conditions

La Banque du Ghana intervient dans la publication des données relatives aux transferts et à la gestion des fonds issus des revenus pétroliers.

Les revenus pétroliers du Ghana ne sont pas censés être dépensés sans règles. La loi de gestion des recettes pétrolières, adoptée en 2011 puis modifiée, organise leur répartition entre les besoins budgétaires, les coûts admissibles de la compagnie nationale et deux fonds souverains : le Ghana Stabilisation Fund, destiné à amortir les chocs, et le Ghana Heritage Fund, conçu pour préserver une partie de la richesse au profit des générations futures. La Banque du Ghana publie des rapports périodiques sur les fonds et les transferts réalisés.

Pour le premier semestre 2026, les données publiées par la banque centrale font état de 278,30 millions de dollars affectés au budget au titre de l’Annual Budget Funding Amount. Le fonds de stabilisation a reçu environ 137,99 millions de dollars et le fonds patrimonial 59,14 millions. Ces flux illustrent la diversité des destinations de la rente. Ils ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à apprécier la qualité des dépenses financées, ce qui nécessite des informations détaillées sur leur utilisation et leurs résultats.

Des informations manquantes sur les dépenses

C’est précisément sur ce point que le PIAC exprime une réserve majeure. Selon le compte rendu de ses conclusions, le ministère des Finances n’a pas communiqué l’ensemble des données demandées sur l’utilisation des recettes, conduisant le comité à ne pas inclure son chapitre habituel d’évaluation des dépenses. Cette absence de documentation limite la capacité de l’organe de contrôle à suivre la destination finale de certaines ressources. Elle ne prouve pas, en elle-même, une irrégularité dans chaque dépense ; elle empêche en revanche une vérification publique complète.

Le comité met également en cause certaines affectations au sein de la Ghana National Petroleum Corporation (GNPC). Sur 40,14 millions de dollars reçus pour financer sa participation au champ Jubilee, 23,45 millions auraient été consacrés aux coûts de production et de développement correspondants. Le solde de 16,69 millions, combiné à d’autres ressources, aurait couvert des dépenses hors du champ, notamment des charges de personnel et des travaux liés au siège de l’entreprise. Le PIAC demande que ces fonds soient affectés conformément à leur objet et que les versements reposent sur des appels de fonds vérifiés.

Des créances et une dépendance toujours préoccupantes

La surveillance porte aussi sur les redevances de surface impayées. À fin juin 2026, les arriérés atteignaient environ 2,41 millions de dollars, auxquels s’ajoutaient 1,73 million associés à des contrats pétroliers résiliés. Le comité recommande un recouvrement plus rigoureux, avec intérêts et pénalités lorsque la réglementation le permet. Il appelle également à examiner la situation financière de la société nationale gazière, dont la valeur des ventes de gaz traité a reculé de 17,53 % sur un an malgré certaines améliorations de trésorerie.

La question dépasse le seul secteur pétrolier. Un prix du brut élevé soutient les recettes de l’État exportateur, mais peut aussi renchérir les produits raffinés importés et peser sur les ménages et les entreprises. Pour le budget, le véritable enjeu consiste à éviter de transformer un surcroît temporaire de recettes en dépenses permanentes difficiles à financer lorsque les prix retombent. Le PIAC recommande notamment de transférer rapidement aux fonds pétroliers les recettes qui excèdent les hypothèses de référence.

Le bilan semestriel présente ainsi deux réalités simultanées : un redressement chiffré des encaissements et des fragilités persistantes dans le suivi de leur emploi. Les 561,41 millions de dollars constituent une recette effectivement enregistrée au premier semestre, non une prévision annuelle. Leur portée économique dépendra moins du seul pourcentage de hausse que de la capacité des institutions à documenter les transferts, sécuriser les investissements pétroliers et démontrer l’utilité des dépenses publiques.