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Burkina Faso : « Faso Wa-Fulu » prévoit plus de 2 800 milliards FCFA pour étendre l’électricité

Le gouvernement a créé le 22 octobre une initiative présidentielle d’électrification estimée à plus de 2 800 milliards FCFA sur dix ans. L’objectif est d’accélérer l’accès à l’énergie d’ici 2030, sans que cette enveloppe prévisionnelle puisse être assimilée à des financements déjà décaissés.

Par la Rédaction
Publié le 30 octobre 2026
Lecture : 5 min
Burkina Faso : « Faso Wa-Fulu » prévoit plus de 2 800 milliards FCFA pour étendre l’électricité

L’initiative « Faso Wa-Fulu » ambitionne d’accélérer l’accès à l’électricité dans des milliers de localités au Burkina Faso.

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Un décret de création, pas encore un chantier achevé

Le Burkina Faso se dote d’un nouveau cadre pour accélérer l’électrification de son territoire. Le Conseil des ministres du 22 octobre 2026 a adopté un décret créant l’Initiative présidentielle Énergie pour tous, dénommée « Faso Wa-Fulu ». Porté par le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, le programme représente un coût annoncé de plus de 2 800 milliards de francs CFA sur dix ans. Le gouvernement vise une accélération de l’accès à l’électricité d’ici 2030, suivie d’une phase de consolidation. Cette distinction est importante : la création juridique de l’initiative est une décision effective, mais les ouvrages et les raccordements annoncés demeurent, pour l’essentiel, des objectifs de mise en œuvre.

Les autorités structurent le dispositif autour de quatre composantes : brigades d’électrification, inclusion communautaire, accès énergétique et souveraineté énergétique. Cette architecture entend traiter à la fois la construction des réseaux, l’accès des ménages et la capacité du pays à organiser durablement les services électriques. Elle traduit un choix de politique publique : considérer l’électricité non seulement comme un service social, mais également comme une condition du fonctionnement des entreprises, des écoles, des structures de santé et des activités de transformation locale.

Le montant annoncé appelle cependant une lecture rigoureuse. Les 2 800 milliards FCFA correspondent au coût estimé d’un programme décennal, et non à un financement intégralement sécurisé ou à une dépense déjà exécutée. Les communications examinées ne présentent pas de calendrier détaillé de décaissement par bailleur, ni de ventilation exhaustive entre ressources budgétaires, dette, partenariats et autres mécanismes. Pour évaluer la faisabilité, il faudra connaître les conventions de financement, les appels d’offres et le rythme annuel des réalisations.

Des milliers de localités et de kilomètres de réseaux visés

La réalisation des nouvelles lignes électriques et la réhabilitation des réseaux existants figurent parmi les principaux chantiers annoncés par le programme.

Selon les objectifs repris du compte rendu gouvernemental par la presse burkinabè, « Faso Wa-Fulu » ambitionne d’électrifier 6 700 localités supplémentaires. Le programme vise aussi l’accès aux services énergétiques pour 3,5 millions de ménages et d’entreprises additionnels, soit environ 17,9 millions de personnes. Ces chiffres décrivent des cibles et ne doivent pas être confondus avec un bilan de nouveaux abonnés déjà raccordés. Leur atteinte dépendra notamment de la disponibilité des matériels, de la planification des travaux et de la capacité à maintenir les équipements dans la durée.

Le dispositif prévoit la mise en place de 44 brigades d’électrification et le recrutement de 1 208 agents. Les travaux envisagés comprennent près de 29 980 kilomètres de lignes haute tension A et 28 940 kilomètres de lignes basse tension, auxquels s’ajoutent d’importants besoins de réhabilitation des réseaux existants. L’ampleur de ces volumes met en évidence le défi logistique : il ne suffit pas de construire de nouvelles lignes ; il faut aussi sécuriser les sites, former les équipes, approvisionner les chantiers et garantir un entretien régulier pour éviter la dégradation rapide des installations.

Pour les territoires éloignés des grands centres, la question de l’accès doit aussi être abordée sous l’angle de la qualité du service. Une connexion au réseau ne produit pas les mêmes effets économiques si les coupures sont fréquentes ou si le coût de l’électricité demeure hors de portée. Les entreprises de transformation, les artisans et les petites unités industrielles ont besoin d’une fourniture prévisible pour investir dans des équipements. Les résultats devront donc être appréciés non seulement à travers le nombre de raccordements, mais aussi selon la continuité de service et les usages productifs rendus possibles.

Le financement et l’exécution comme tests décisifs

L’objectif politique de généralisation de l’accès à l’électricité à l’horizon 2030 s’inscrit dans un programme annoncé sur dix ans. Les deux horizons ne sont pas contradictoires si la première période concentre les travaux d’accélération et la seconde la consolidation, comme l’a indiqué le ministre Yacouba Zabré Gouba. Ils imposent toutefois une feuille de route claire, avec des cibles intermédiaires vérifiables. Sans échéancier publié, il serait prématuré de présenter l’accès universel comme acquis ou de dater la mise en service des différentes infrastructures.

Le programme pourrait ouvrir des débouchés aux entreprises de génie électrique, de construction, de fourniture de matériels et de maintenance. Ces retombées restent conditionnelles : elles dépendront de marchés effectivement lancés, de la place réservée aux entreprises locales et de la disponibilité de compétences techniques. Le recours à des brigades spécialisées suggère une volonté de disposer d’une capacité d’intervention structurée, mais son efficacité ne pourra être mesurée qu’à travers les installations réalisées et les services fournis aux populations.

La prochaine étape consistera à traduire le décret de création en projets budgétés, contrats, ouvrages et branchements. Pour les ménages, l’indicateur concret sera l’arrivée d’une électricité accessible et fiable. Pour l’économie, ce sera la capacité du système à soutenir l’activité productive hors des grandes villes. À ce stade, « Faso Wa-Fulu » constitue une initiative publique de grande ampleur, dont l’impact annoncé reste à démontrer sur le terrain.