Enlèvements au Nigeria : Abuja s’insurge contre la CPI après le rejet d’une demande d’enquête
Le Nigeria hausse le ton face à la Cour pénale internationale après le rejet d’une requête anonyme demandant une enquête sur les enlèvements de masse dans le pays. Abuja conteste à la fois la décision de la CPI et la procédure ayant conduit à l’examen de cette demande.

Bola Tinubu, président du Nigeria / AFP
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Le différend entre le Nigeria et la Cour pénale internationale (CPI) prend une nouvelle tournure. Abuja a vivement réagi, le 3 septembre 2026, après le classement d’une requête anonyme qui demandait l’ouverture d’une enquête internationale sur les nombreux enlèvements enregistrés dans le pays. Au-delà du rejet de cette demande, c’est surtout la procédure suivie par la juridiction internationale qui suscite l’irritation des autorités nigérianes.
Abuja met en cause la procédure
La demande avait été transmise à la Chambre préliminaire II de la CPI, qui l’a rejetée le 1er septembre. La formation était composée des juges Rosario Salvatore Aitala, Sergio Godínez et Haykel Mahfoudh. Selon les éléments communiqués, la requête avait été déposée par une personne dont l’identité n’a pas été rendue publique. Elle sollicitait notamment la reconnaissance des enlèvements de masse commis au Nigeria comme crimes contre l’humanité.
Le dossier n’aura cependant connu qu’un parcours très bref au sein de la Cour. Arrivé à la Division de procédure le 24 août, il avait ensuite été transmis à la Chambre préliminaire II deux jours plus tard, avant d’être rejeté le 1er septembre.
Pour les autorités nigérianes, cette chronologie soulève une question plus large : celle des conditions dans lesquelles une requête de cette nature peut parvenir jusqu’à une chambre judiciaire de la CPI.
Le procureur général nigérian hausse le ton
Le procureur général de la Fédération, Lateef Fagbemi, a exprimé son désaccord avec le processus suivi. Il estime notamment qu’un document provenant d’un auteur anonyme et n’ayant pas fait l’objet de vérifications suffisantes aurait dû être soumis à un examen préalable avant toute transmission à une chambre de la Cour.
Pour Abuja, la question dépasse donc le seul contenu de la pétition. Le gouvernement rappelle que le Statut de Rome encadre strictement les mécanismes permettant à la CPI d’être saisie. Une procédure peut notamment découler d’une initiative du procureur, d’un État partie ou d’un renvoi du Conseil de sécurité des Nations unies.
Le responsable nigérian redoute ainsi que l’utilisation de circuits administratifs internes ne permette, même indirectement, de contourner les mécanismes prévus par le Statut de Rome.
Cette affaire pourrait également avoir des conséquences sur la relation entre Abuja et la juridiction internationale. Le gouvernement nigérian estime que le traitement de plaintes anonymes ou insuffisamment étayées risque de fragiliser la coopération développée avec la CPI au fil des années.
Une crise sécuritaire qui ne faiblit pas
Cette querelle intervient alors que le Nigeria continue de faire face à une multiplication des enlèvements, particulièrement dans le nord du pays.
Depuis le début de l’année 2026, les organisations de défense des droits humains font état de plus d’un millier de personnes kidnappées. Plusieurs opérations de grande ampleur ont marqué les derniers mois.
Fin 2025, plusieurs centaines d’élèves avaient notamment été enlevés à Papiri. En janvier 2026, des fidèles chrétiens ont également été kidnappés dans l’État de Kaduna. Plus récemment, au début du mois d’août, une cinquantaine de personnes ont été enlevées dans l’État du Zamfara.
Dans le même temps, les autorités ont annoncé la libération de plus de 300 otages dans les États du Niger et du Kwara au cours du mois d’août.
Face à cette situation, le gouvernement fédéral a présenté en juin une nouvelle approche destinée à renforcer la lutte contre les réseaux d’enlèvement. Le dispositif prévoit notamment une coopération accrue entre unités militaires, des mesures visant à empêcher le financement des groupes par les rançons et un recours renforcé aux drones ainsi qu’aux systèmes de vidéosurveillance.
La réforme de l’organisation policière demeure également sur la table, avec l’idée de donner davantage de responsabilités et de ressources aux États fédérés en matière de sécurité.
La question des enlèvements reste profondément associée au Nigeria depuis le drame de Chibok. En avril 2014, 276 lycéennes avaient été enlevées par Boko Haram, déclenchant une mobilisation internationale autour du sort des jeunes filles.
Plus d’une décennie plus tard, cet épisode continue de symboliser l’ampleur du phénomène des enlèvements dans le pays.
La récente requête devant la CPI ne débouchera donc pas sur l’enquête internationale qu’elle réclamait. Mais la controverse qu’elle a provoquée remet au premier plan deux questions qui demeurent sensibles : jusqu’où la juridiction internationale peut-elle intervenir face aux crimes commis au Nigeria, et comment Abuja entend-il répondre à une insécurité qui continue de toucher des centaines de familles ?
Pour l’heure, le gouvernement nigérian entend surtout défendre ses prérogatives et préserver les règles qui encadrent sa coopération avec la CPI.
