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Côte d’Ivoire : PPA-CI, Justin Koné Katinan placé sous mandat de dépôt, le dossier prend une nouvelle dimension judiciaire

Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du PPA-CI, a été placé sous mandat de dépôt après sa garde à vue à la Préfecture de police d’Abidjan. Initialement convoqué dans le cadre d’une plainte du RHDP pour diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles, l’ancien ministre est désormais poursuivi pour des faits liés aux troubles de la période électorale de 2025.

Par Thomas Biakpa
Publié le 11 septembre 2026
Lecture : 5 min
Côte d’Ivoire : PPA-CI, Justin Koné Katinan placé sous mandat de dépôt, le dossier prend une nouvelle dimension judiciaire

Le 4è vice-président du PPA-CI, Justin Koné Katinan finalement placé sous mandat de dépôt / Capture Facebook

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La procédure judiciaire visant Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), connaît un tournant majeur. Après avoir été placé en garde à vue mercredi 9 septembre à la Préfecture de police d’Abidjan, le responsable du parti de Laurent Gbagbo a été déféré devant la Section antiterroriste du Tribunal d’Abidjan et placé sous mandat de dépôt, selon un communiqué du procureur de la République publié ce vendredi 11 septembre 2026.

D’une plainte pour diffamation à une procédure pour des faits liés à la présidentielle de 2025

L’affaire avait débuté quelques jours plus tôt, à la suite d’une intervention de Justin Koné Katinan lors de la 52e Tribune du PPA-CI, organisée le 3 septembre à Cocody. Au cours de cette rencontre consacrée à l’orpaillage clandestin, le responsable du PPA-CI avait sévèrement mis en cause le pouvoir RHDP, établissant notamment un lien entre l’exploitation illégale de l’or, la crise politico-militaire de 2002, le trafic de drogue, le blanchiment de capitaux et la corruption. Il avait qualifié l’orpaillage clandestin de « problème systémique ».

Ces déclarations ont provoqué la réaction du RHDP. Le 7 septembre, le secrétaire exécutif du parti au pouvoir, Ibrahima Cissé Bacongo, a saisi le procureur de la République d’une plainte visant Justin Koné Katinan et le PPA-CI. Les faits dénoncés étaient notamment la diffamation, l’injure et la diffusion de fausses nouvelles.

Convoqué le 9 septembre au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police d’Abidjan, Justin Koné Katinan s’y est présenté accompagné de ses conseils. Après plusieurs heures d’audition, il a été placé en garde à vue.
Mais le dossier allait rapidement dépasser le cadre de la plainte déposée par le RHDP.

Le parquet ouvre une seconde procédure

Selon le communiqué du procureur de la République rapporté par plusieurs médias ivoiriens, les enquêteurs avaient également reçu instruction d’entendre Justin Koné Katinan sur sa participation présumée aux troubles survenus pendant la période électorale de 2025.
À l’issue de cette audition, l’ancien ministre a été déféré à la Section antiterroriste du Tribunal d’Abidjan. Une information judiciaire a ensuite été ouverte contre lui, avec mandat de dépôt.

Les chefs d’inculpation retenus sont particulièrement lourds. Le parquet évoque notamment des faits qualifiés d’« actes terroristes », d’« attentat contre l’autorité de l’État », de « complot contre l’autorité de l’État », de « participation à un mouvement insurrectionnel » et d’« atteinte à l’ordre public ».

S’y ajoutent, selon le parquet, des accusations d’« apologie des crimes de meurtre », d’« attroupement armé et non armé », de participation ou d’organisation d’une manifestation interdite ou non déclarée, ainsi que d’incendie volontaire de véhicules appartenant à autrui. Les faits visés auraient été commis à Abidjan et dans d’autres parties du territoire national.

Le parquet indique s’appuyer notamment sur les dispositions de la loi du 11 juin 2024 relative à la répression du terrorisme ainsi que sur plusieurs articles du Code pénal ivoirien.

La procédure liée à la plainte du RHDP suit son cours

Le placement sous mandat de dépôt ne met pas pour autant fin à la première procédure déclenchée par la plainte du RHDP.
Après l’audition de la partie civile puis celle de Justin Koné Katinan, le procureur de la République a demandé la transmission du procès-verbal en renseignement judiciaire aux fins de saisine du Tribunal correctionnel concernant les faits de diffamation, d’injure par le biais d’un système d’information et de diffusion de nouvelles fausses.

Deux volets judiciaires apparaissent donc désormais dans cette affaire : le premier porte sur les propos tenus lors de la Tribune du PPA-CI et le second concerne les troubles attribués à la période électorale de 2025.

Le PPA-CI dénonce une procédure politique

La formation politique de Laurent Gbagbo conteste fermement la procédure.
Dans une déclaration rendue publique après la garde à vue de son quatrième vice-président, le PPA-CI a dénoncé ce qu’il considère comme un « harcèlement judiciaire » visant ses responsables et militants. Le parti soutient notamment que la procédure aurait changé de nature au cours de l’audition de son responsable.

Selon la version défendue par le PPA-CI, les avocats de Justin Koné Katinan avaient soulevé une question préalable concernant son statut d’ancien membre du gouvernement. Les enquêteurs auraient alors évoqué une seconde procédure portant sur les troubles de la période électorale de 2025, laquelle aurait servi de fondement à son maintien en garde à vue.

Le parti de Laurent Gbagbo exige désormais l’arrêt des procédures qu’il qualifie de politiques et affirme que la défense du patrimoine national et l’expression d’une opinion politique ne sauraient constituer des infractions.

Une nouvelle tension dans le paysage politique ivoirien

Le placement sous mandat de dépôt de Justin Koné Katinan intervient dans un contexte politique déjà sensible, près d’un an après l’élection présidentielle de 2025.
Pour le parquet, la procédure s’inscrit dans la volonté de poursuivre les auteurs, complices et commanditaires des violences enregistrées pendant la période électorale. Le procureur rappelle à ce titre avoir annoncé, dès le 24 octobre 2025, que les personnes impliquées dans ces violences seraient recherchées et poursuivies, quelle que soit leur qualité.

Pour le PPA-CI, en revanche, l’affaire constitue une nouvelle offensive contre l’opposition et la liberté d’expression politique.
La justice devra désormais déterminer les responsabilités de Justin Koné Katinan dans les faits qui lui sont reprochés. En attendant l’issue de l’information judiciaire, son placement sous mandat de dépôt marque un durcissement spectaculaire d’une affaire qui, quelques jours auparavant, avait commencé par une plainte pour diffamation consécutive à des déclarations sur l’orpaillage clandestin.