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Tchad : Un conflit autour d’un point d’eau fait 25 morts et ravive les tensions entre agriculteurs et éleveurs

Au moins 25 personnes ont été tuées et 22 autres blessées dans des affrontements entre agriculteurs et éleveurs dans le sud-ouest du Tchad, à la suite d’un différend autour d’un point d’eau. Un drame qui relance le débat sur la circulation des armes, la raréfaction des ressources naturelles et l’urgence de trouver des solutions durables aux conflits intercommunautaires.

Par Thomas Biakpa
Publié le 2 novembre 2026
Lecture : 5 min
Tchad : Un conflit autour d’un point d’eau fait 25 morts et ravive les tensions entre agriculteurs et éleveurs

Un troupeau de bétail à un point d’eau sur la route entre Adre et Farchana, dans la région du Ouaddaï, au Tchad / AFP

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Une simple querelle autour de l’accès à l’eau a une nouvelle fois dégénéré en violences meurtrières au Tchad. Dans le sud-ouest du pays, des affrontements opposant des membres des communautés Kreda et Kouka ont fait au moins 25 morts et 22 blessés le vendredi 30 octobre 2026. Ce drame met une fois encore en évidence la fragilité des relations entre éleveurs et agriculteurs, sur fond de raréfaction des ressources naturelles et de prolifération des armes.

Tout serait parti d’un différend survenu à proximité d’un étang dans la zone de Koula. Un éleveur appartenant à la communauté Kreda s’y était rendu pour permettre à son troupeau de s’abreuver. Sa présence a cependant provoqué une altercation avec un agriculteur issu de la communauté Kouka. La situation a rapidement échappé à tout contrôle lorsque l’éleveur a sorti une arme à feu et blessé son interlocuteur au pied.

Cet acte a déclenché une confrontation armée entre les deux communautés. En quelques instants, le différend individuel s’est transformé en affrontements collectifs, faisant 25 morts et 22 blessés.
Les victimes ont été prises en charge à l’hôpital de Ngoura.

La prolifération des armes, un facteur aggravant des conflits

Si les tensions entre agriculteurs et éleveurs constituent une réalité ancienne dans plusieurs régions du Tchad, leur intensité et leur bilan humain suscitent de plus en plus d’inquiétudes. Pour les spécialistes, la circulation des armes à feu contribue largement à transformer des différends liés aux ressources en véritables affrontements meurtriers.

Le politologue Yamingué Betinbaye estime que la détention d’armes de guerre par des personnes civiles modifie considérablement le rapport de force entre les protagonistes. Selon lui, le sentiment de puissance et de sécurité que procure la possession d’une arme encourage certains individus à recourir plus facilement à la violence. Dès lors, lorsqu’un affrontement éclate, chaque camp mobilise les moyens dont il dispose, ce qui favorise une escalade rapide et alourdit considérablement le nombre de victimes.

Une autre dimension du problème est soulevée par Bourdjolbo Tchoubida, docteur en sciences politiques et spécialiste du Tchad. Il évoque notamment les liens qui peuvent exister entre certains éleveurs et des responsables issus des milieux administratifs et militaires.

Dans certaines zones reculées, explique-t-il, des autorités administratives ou militaires développent leurs propres activités d’élevage en acquérant d’importants troupeaux confiés à des bouviers. Ces derniers disposent parfois d’armes pour assurer la surveillance du bétail. Une situation qui contribue, selon l’expert, à la présence d’armes dans les espaces ruraux et à la complexité des rapports de force entre communautés.

À cette difficulté s’ajoute l’utilisation croissante du téléphone portable, qui facilite la mobilisation rapide des protagonistes. Lorsqu’un incident survient, les appels permettent d’alerter les proches et de faire converger des renforts depuis différentes localités. Certains parcourent ainsi jusqu’à 100 kilomètres à moto pour rejoindre les lieux des affrontements. Cette capacité de mobilisation transforme parfois un incident localisé en une confrontation de grande ampleur.

L’État intervient, mais les solutions durables restent attendues

À la suite des violences de Koula, les forces de sécurité sont intervenues pour rétablir le calme. Le ministère de l’Administration du territoire a annoncé l’interpellation de 39 personnes, transférées à N’Djamena afin de répondre de leurs actes devant les autorités judiciaires. Le samedi 31 octobre, une délégation gouvernementale composée de plusieurs ministres s’est également rendue dans la zone pour s’enquérir de la situation.

Toutefois, pour les spécialistes, le retour au calme ne saurait être considéré comme une réponse suffisante à un phénomène qui se répète dans plusieurs localités du pays. Les opérations de sécurisation menées après chaque affrontement peuvent contenir temporairement les violences, mais elles ne règlent pas les problèmes structurels qui les alimentent.

Yamingué Betinbaye plaide ainsi pour une approche nationale reposant sur la prévention, la médiation et une meilleure coordination des institutions publiques. Il suggère notamment de renforcer le rôle de la Médiature de la République, en collaboration avec le ministère chargé de l’Administration du territoire. Cette coopération pourrait permettre de mettre en place un dispositif global destiné à identifier les causes profondes des tensions, anticiper les crises et favoriser le règlement pacifique des différends entre communautés.

La raréfaction de l’eau accentue la pression sur les communautés rurales

Au-delà des questions sécuritaires et de la circulation des armes, la multiplication de ces affrontements révèle également une pression grandissante sur les ressources naturelles. L’accès à l’eau et aux terres constitue un enjeu majeur pour des populations dont les activités économiques reposent largement sur l’agriculture et l’élevage.

Cette année, le déficit pluviométrique a notamment entraîné une diminution des réserves d’eau disponibles. Dans un contexte où les points d’eau deviennent moins nombreux, la cohabitation entre les troupeaux et les espaces agricoles devient davantage source de tensions.

Les déplacements du bétail et l’accès aux ressources hydriques peuvent alors provoquer des désaccords qui, en l’absence de mécanismes efficaces de règlement, dégénèrent parfois en violences.

Le drame survenu dans la zone de Koula rappelle ainsi que les conflits communautaires au Tchad ne relèvent pas uniquement de rivalités entre groupes sociaux. Ils traduisent aussi des difficultés plus profondes liées à la gestion des ressources, à la présence des armes et à l’insuffisance des mécanismes de prévention.

Face à cette situation, le défi pour les autorités tchadiennes consiste désormais à dépasser les interventions d’urgence pour construire une véritable politique de coexistence entre agriculteurs et éleveurs. La sécurisation des espaces ruraux, le contrôle de la circulation des armes, la médiation communautaire et une gestion concertée des ressources naturelles apparaissent comme des leviers essentiels pour éviter que de simples différends ne continuent de se solder par des pertes en vies humaines.