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Sénégal : Secteur pétrole-gaz, l’accord avec Eni ravive la controverse autour de Yakaar-Teranga

La signature d’un protocole d’accord entre le Sénégal et l’italien Eni autour de cinq blocs offshore ravive les interrogations sur Yakaar-Teranga. L’ancien DG de Petrosen, Alioune Gueye, conteste le choix d’ouvrir ce dossier à un nouvel acteur, estimant que le périmètre dispose déjà d’importantes données techniques issues d’investissements publics.

Par Thomas Biakpa
Publié le 18 septembre 2026
Lecture : 6 min
Sénégal : Secteur pétrole-gaz, l’accord avec Eni ravive la controverse autour de Yakaar-Teranga

L’accord entre l’Etat sénégalais et Eni autour de cinq blocs offshore fait débat/ La tribune

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Le dossier Yakaar-Teranga revient au centre du débat sur la gestion des ressources pétrolières et gazières du Sénégal. Quelques jours après la signature d’un protocole d’accord entre Dakar et le groupe italien Eni, l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, met en doute la pertinence de cette démarche.

Selon lui, le bloc présenté sous la référence SN07M correspond au périmètre de Yakaar-Teranga, déjà largement étudié grâce à des investissements publics et à plusieurs années de travaux techniques.

Dans une prise de parole diffusée sur Facebook, l’ancien responsable de Petrosen estime que l’accord annoncé en marge de Gastech 2026 mérite davantage d’attention qu’il n’en a suscité jusqu’ici. Il considère notamment que le Sénégal dispose déjà d’un important volume de connaissances techniques sur cette zone offshore et s’interroge donc sur la nécessité de faire intervenir un nouvel acteur étranger à ce stade.

Des données techniques déjà disponibles

L’ancien DG de Petrosen, Alioune Gueye conteste l’accord conclu par le gouvernement avec ENI sur le projet grazier Yakaar-Teranga /J.A

Pour Alioune Gueye, Yakaar-Teranga n’est pas une zone vierge nécessitant de repartir de zéro. Le périmètre aurait bénéficié pendant plusieurs années de campagnes sismiques, d’études techniques et de travaux d’ingénierie réalisés avec l’appui de différents partenaires internationaux.

Il cite notamment TPAO, Worley, Subsea 7, Baker Hughes et Wison parmi les entreprises ayant participé aux différentes étapes du développement du projet. Ces travaux, affirme-t-il, auraient été financés par l’État sénégalais et permis d’accumuler une importante base de données sur le potentiel du gisement.

L’ancien patron de Petrosen rappelle également que le bloc a été repris à Kosmos en avril 2026. Selon sa version des faits, cette reprise s’est effectuée sans versement d’une compensation, sans procédure arbitrale et sans contentieux judiciaire.

C’est précisément dans ce contexte qu’il questionne le choix d’engager désormais un protocole d’études avec Eni.

Le précédent Kosmos au cœur de la controverse

La sortie d’Alioune Gueye intervient alors que sa propre gestion du dossier Yakaar-Teranga fait l’objet de critiques de la part du gouvernement.
Lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô avait évoqué un manque à gagner de 55 millions de dollars pour l’État dans le cadre du retrait de Kosmos. Il avait qualifié la situation de « manquement grave », sans nommer directement le responsable concerné.

Alioune Gueye a depuis contesté cette lecture. Dans une tribune consacrée au dossier, il soutient que les 55 millions de dollars évoqués correspondent à un engagement minimal de dépenses prévu par la réglementation et non à une somme qui aurait automatiquement dû être versée à l’État sous forme de créance.

L’ancien DG affirme par ailleurs que les obligations techniques liées au projet ont été exécutées et que les investissements déjà réalisés sur le bloc dépasseraient 300 millions de dollars.

Le différend porte donc autant sur l’interprétation financière du retrait de Kosmos que sur la manière dont l’État doit désormais valoriser les acquis accumulés sur Yakaar-Teranga.

Pourquoi Eni plutôt que Petrosen ?

C’est l’une des principales interrogations soulevées par l’ancien dirigeant.
Alioune Gueye estime que les compétences, les données techniques et l’expérience accumulées par Petrosen auraient pu permettre à la société nationale de jouer un rôle beaucoup plus important dans la suite du développement du gisement, voire d’en assurer directement l’opération.

Il demande ainsi pourquoi l’État choisit d’associer Eni à cette nouvelle phase alors que, selon lui, une grande partie du travail préparatoire a déjà été effectuée.
À travers cette interrogation, l’ancien DG remet plus largement sur la table la question de la place que doit occuper Petrosen dans la stratégie énergétique du Sénégal : simple partenaire aux côtés de groupes internationaux ou véritable opérateur national capable de porter directement certains projets stratégiques ?

Une nouvelle polémique sur la gouvernance des hydrocarbures

Le bloc gazier Yakaar-Teranga au cœur des débats/ sene.news

L’affaire prend également une dimension politique. Depuis son arrivée au pouvoir, la nouvelle majorité sénégalaise a fait de la renégociation et de la meilleure valorisation des ressources naturelles l’un de ses principaux thèmes de discours.

Les autorités actuelles ont régulièrement critiqué la gestion du secteur sous le régime de Macky Sall, dénonçant notamment des accords considérés comme défavorables aux intérêts économiques du pays.

L’intervention d’Alioune Gueye renverse aujourd’hui cette logique. En mettant en cause le protocole conclu avec Eni, il demande au pouvoir actuel d’appliquer à sa propre gestion les mêmes exigences de transparence et de justification qu’il avait formulées à l’égard de ses prédécesseurs.

Il interpelle directement le président Bassirou Diomaye Faye ainsi que le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, leur demandant d’expliquer les choix opérés autour de Yakaar-Teranga.

Un protocole qui ne vaut pas encore contrat pétrolier

Le ministère de l’Énergie et du Pétrole apporte toutefois un élément important dans la compréhension de l’accord avec Eni. Le protocole annoncé à Gastech 2026 concerne une phase préliminaire d’études et ne constitue pas, à ce stade, un contrat pétrolier ni une attribution définitive d’un titre d’exploration.

Cette distinction est essentielle : la signature du protocole ne signifie donc pas encore qu’Eni dispose des droits d’exploitation du gisement.

Elle n’éteint cependant pas les interrogations soulevées par l’ancien DG de Petrosen. Celles-ci portent principalement sur la valorisation des données déjà produites, le rôle futur de la société nationale et les conditions dans lesquelles un partenaire international pourrait intervenir sur un actif considéré comme stratégique.

Le débat sur les blocs s’élargit

Au-delà du seul cas Yakaar-Teranga, cette controverse intervient dans un contexte d’ouverture accrue du domaine pétrolier et gazier sénégalais aux investisseurs.

Selon le décompte cité par La Nouvelle Tribune, le pays compte 113 blocs pétroliers et gaziers recensés, alors que seuls quatre étaient couverts par des contrats avant l’ouverture récente de plus d’une centaine de zones aux investisseurs internationaux.

Dans ce paysage, le dossier Yakaar-Teranga constitue un cas particulièrement sensible en raison des investissements déjà consentis, des données techniques disponibles et des désaccords persistants autour du départ de Kosmos.

Pour l’heure, le protocole avec Eni marque essentiellement le début d’une nouvelle étape d’évaluation. Mais les questions soulevées par Alioune Gueye placent l’État sénégalais face à un enjeu plus large : comment concilier l’arrivée de nouveaux partenaires internationaux avec la volonté affichée de renforcer la maîtrise nationale des ressources et de préserver au mieux les intérêts économiques du Sénégal ?