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RDC-Rwanda : Kigali conteste les sanctions américaines et rejette la responsabilité de la crise dans l’Est congolais

Alors que Washington sanctionne le ministère rwandais de la Défense pour son soutien présumé au M23, Kigali dénonce une mise en cause excessive et refuse d’assumer seul la responsabilité de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Une nouvelle escalade diplomatique qui fragilise davantage les relations entre le Rwanda et ses partenaires internationaux.

Par Thomas Biakpa
Publié le 29 octobre 2026
Lecture : 6 min
RDC-Rwanda : Kigali conteste les sanctions américaines et rejette la responsabilité de la crise dans l’Est congolais

Les relations entre Washington et Kigali se sont encore détériorées après les dernières sanctions américaines contre le ministère de la défense du Rwanda / AFP

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Les tensions entre Kigali et Washington se ravivent sur fond d’insécurité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que les États-Unis viennent d’imposer de nouvelles sanctions visant le ministère rwandais de la Défense, accusé de soutenir le mouvement armé M23, les autorités rwandaises dénoncent une mise en cause qu’elles jugent excessive. Pour le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, son pays ne saurait porter indéfiniment la responsabilité des difficultés sécuritaires auxquelles la RDC est confrontée.

S’exprimant mercredi auprès de l’Agence France-Presse (AFP), en marge du sommet Russie-Afrique organisé à Moscou, le ministre rwandais des Affaires étrangères a appelé à une approche qui tienne également compte des responsabilités de Kinshasa dans la crise actuelle. Tout en reconnaissant l’existence de différends sécuritaires entre les deux pays voisins, il estime que les problèmes politiques et militaires qui fragilisent la RDC relèvent avant tout des autorités congolaises.

« Le Rwanda ne doit pas éternellement être tenu pour bouc émissaire de ce qui se passe au Congo », a-t-il déclaré, contestant ainsi la tendance à faire de Kigali le principal responsable de l’instabilité dans cette partie du territoire congolais.

Cette sortie intervient alors que les affrontements se poursuivent dans l’est de la RDC, en dépit de l’accord de paix conclu en décembre sous l’égide des États-Unis. Le M23 continue d’exercer son contrôle sur plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que Kigali demeure accusé d’apporter un soutien militaire à ce mouvement rebelle.

Kigali rejette les accusations liées à Joseph Kabila

Au-delà des tensions militaires entre les deux pays, les relations entre Kigali et Kinshasa restent marquées par des accusations croisées concernant les alliances politiques et militaires qui se dessinent autour du conflit congolais.

Interrogé sur les liens entre le M23 et le Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila, Olivier Nduhungirehe a écarté toute responsabilité du Rwanda dans le renforcement de cette coalition.

Cette déclaration intervient après les accusations du président congolais Félix Tshisekedi, qui a présenté Joseph Kabila comme un « supplétif » de son homologue rwandais, Paul Kagame. Des propos qui illustrent la profondeur de la défiance entre les dirigeants des deux pays.

Le sommet Russie-Afrique, organisé à Moscou, offre également un cadre diplomatique dans lequel les deux États sont représentés à des niveaux différents. La délégation congolaise est conduite par Félix Tshisekedi, tandis que le Rwanda est représenté par son Premier ministre, Justin Nsengiyumva.
Pour le chef de la diplomatie rwandaise, l’absence de Paul Kagame à cette rencontre ne doit toutefois pas être interprétée comme une conséquence de la présence du président congolais. Il a ainsi rejeté tout lien entre la composition de la délégation rwandaise et les tensions politiques opposant Kigali à Kinshasa.

Washington durcit le ton contre les autorités rwandaises

Sur le plan international, les États-Unis ont décidé de renforcer la pression sur le Rwanda en sanctionnant son ministère de la Défense ainsi que Zigama Credit and Savings Society, une institution financière que Washington soupçonne d’agir au profit des services de sécurité rwandais.

Selon le département du Trésor américain, cette structure aurait notamment facilité des opérations financières liées à l’acquisition d’armes et de munitions destinées à l’armée rwandaise. Les autorités américaines affirment également que l’une de ses agences aurait contribué à l’acheminement vers Kigali d’or provenant de zones placées sous le contrôle du M23.

Washington considère ces activités présumées comme des éléments témoignant du soutien apporté par le Rwanda au groupe armé opérant dans l’est de la RDC.

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a clairement exposé les attentes de son gouvernement, appelant Kigali à mettre fin à son appui au M23 et à retirer ses forces du territoire congolais.

De son côté, le département d’État américain affirme que des milliers de soldats rwandais participeraient aux opérations militaires aux côtés du mouvement rebelle dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Ces sanctions traduisent la volonté de Washington d’accroître la pression sur Kigali afin d’obtenir des changements concrets sur le terrain. Elles interviennent dans un contexte où les efforts diplomatiques engagés pour rétablir la paix peinent à mettre un terme aux affrontements.

Un projet européen d’accueil de migrants en discussion

Parallèlement au dossier congolais, Olivier Nduhungirehe a confirmé l’existence de discussions concernant la création d’un dispositif au Rwanda destiné à accueillir des migrants expulsés d’Europe.

D’après des sources diplomatiques, cinq pays de l’Union européenne, parmi lesquels l’Allemagne et les Pays-Bas, participeraient aux échanges autour de ce projet, dont la mise en œuvre pourrait intervenir dès le début de l’année 2027.

Le ministre rwandais a néanmoins souligné la sensibilité de cette question, indiquant que son pays entendait veiller au respect de la dignité des personnes concernées, notamment des migrants et des réfugiés.

Si ces discussions témoignent de la poursuite des échanges entre Kigali et plusieurs capitales européennes sur les questions migratoires, elles interviennent dans un contexte diplomatique délicat pour le Rwanda, confronté à des critiques internationales concernant son rôle présumé dans le conflit congolais.

Une crise régionale toujours sans issue durable

Entre les sanctions américaines, les accusations liées au soutien au M23 et les tensions persistantes avec Kinshasa, le Rwanda se retrouve au centre d’une séquence diplomatique particulièrement sensible. Les autorités rwandaises, de leur côté, refusent d’endosser seules la responsabilité de la crise dans l’est de la RDC et renvoient les dirigeants congolais à leurs propres obligations en matière de sécurité et de gouvernance.

Cependant, la poursuite des combats malgré les initiatives de paix souligne les limites des efforts diplomatiques entrepris jusqu’à présent. Alors que Washington exige le retrait des forces rwandaises et la fin de tout soutien au M23, Kigali conteste les accusations portées contre lui et défend sa position sur la scène internationale.

L’évolution de la situation dépendra notamment de la capacité des parties concernées à dépasser leurs différends, à respecter leurs engagements et à parvenir à des mesures susceptibles de rétablir durablement la sécurité dans l’est de la RDC. Dans cette région meurtrie par des années de violences, la recherche d’une solution politique demeure un enjeu majeur pour les populations civiles, directement exposées aux conséquences du conflit.