Maroc : les entreprises publiques du portefeuille de l’État dégagent 22,6 milliards de dirhams de bénéfice net
Le nouveau rapport de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État met en lumière un net redressement des résultats en 2024, porté notamment par OCP et l’ONEE. Derrière cette progression, le poids de 57 entités et les projections plus prudentes pour 2025 rappellent les défis de la réforme du secteur public.

L’ANGSPE suit la performance financière et opérationnelle d’une partie des entreprises et établissements publics stratégiques du Maroc.
Format Pavé
300 x 250 px
Un bilan 2024 nettement meilleur que celui de 2023
Le Maroc dispose de nouveaux chiffres pour apprécier la performance de ses entreprises et établissements publics stratégiques. Publié le 22 octobre 2026, le deuxième Rapport sur l’État actionnaire 2024-2025 de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE) établit à 22,6 milliards de dirhams le résultat net du portefeuille étudié pour l’exercice 2024, contre 6,8 milliards en 2023. L’augmentation est d’environ 230 %, après une année 2022 encore déficitaire à l’échelle du même ensemble.
Ce résultat ne doit pas être confondu avec un bénéfice réalisé en 2026. Le document rendu public en octobre 2026 porte principalement sur les comptes de 2024 et sur les transformations engagées en 2025. Il livre également des estimations pour cette dernière année, sans leur donner le statut de résultats définitivement arrêtés. Cette chronologie est importante au moment où les autorités marocaines poursuivent la modernisation de leur portefeuille public.
Le chiffre d’affaires cumulé des entités concernées s’est établi à 242,9 milliards de dirhams en 2024, soit une progression de 8 % sur un an. Leur valeur ajoutée a atteint 118,4 milliards, en hausse de 38 %, tandis que les investissements ont totalisé environ 80 milliards de dirhams, soit 27 % de plus qu’en 2023. Ces trois indicateurs mesurent des dimensions différentes : recettes commerciales, richesse créée et dépenses d’investissement ne peuvent être additionnées comme s’il s’agissait d’une même enveloppe financière.
Un portefeuille concentré sur les grands opérateurs
L’ANGSPE supervise un périmètre de 57 entités : 35 entreprises publiques, 15 établissements publics et sept participations. L’ensemble représente 67 % du chiffre d’affaires des établissements et entreprises publics marocains, 95 % de leur valeur ajoutée et 79 % de leurs investissements. Il emploie près de 86 800 personnes, selon le rapport. Ces proportions soulignent que l’agence ne couvre pas la totalité du secteur public, mais en rassemble une grande partie de la puissance économique.
Le portefeuille traverse seize secteurs, regroupés notamment autour des mines et de l’énergie, des infrastructures et des transports, du développement territorial, de la finance et de l’investissement, ainsi que du numérique et des services. On y retrouve des groupes à vocation commerciale, des opérateurs de réseaux et des organismes dont les missions de service public peuvent limiter la rentabilité à court terme. Comparer leurs résultats sans tenir compte de leurs obligations respectives serait réducteur.
La concentration de l’activité est forte. D’après les données rapportées par la presse marocaine, OCP et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) représentent à eux seuls environ 58 % du chiffre d’affaires global. Une bonne année pour ces opérateurs peut donc améliorer sensiblement les comptes agrégés, sans signifier que toutes les entreprises publiques connaissent la même trajectoire.
OCP et ONEE expliquent une large part du rebond

Le groupe phosphatier OCP a bénéficié d’un environnement de marché plus favorable et d’une meilleure maîtrise de ses coûts, selon la lecture du rapport publiée par Hespress. Son résultat net s’est amélioré de 6,2 milliards de dirhams. La progression des ventes d’engrais et d’acide phosphorique a contribué à cette dynamique, même si les activités minières et chimiques restent exposées aux prix internationaux et aux coûts de l’énergie.
L’ONEE a, de son côté, réduit son déficit opérationnel de 11,5 milliards de dirhams en 2023 à 4,2 milliards en 2024. Cette amélioration est significative pour un opérateur essentiel à la sécurité d’approvisionnement en eau et en électricité. Elle ne signifie pas pour autant que l’ensemble des besoins d’investissement du secteur soit financé ni que les tensions sur les coûts aient disparu.
D’autres organismes ont contribué positivement au bilan, notamment la Caisse de dépôt et de gestion et le Fonds Hassan II pour le développement économique et social. À l’inverse, certains acteurs ont enregistré une dégradation de leurs résultats, sous l’effet de charges financières, de contributions budgétaires ou de contentieux. Le rapport dessine donc une amélioration d’ensemble, mais pas un redressement uniforme.
Réforme de la gouvernance : les résultats financiers ne suffisent pas
Au-delà des comptes, le rapport revient sur la transformation du rôle de l’État actionnaire. Le Maroc cherche à clarifier les objectifs assignés à ses entreprises, à professionnaliser les organes de gouvernance et à renforcer la cohérence des décisions d’investissement. Selon l’ANGSPE, plusieurs instruments réglementaires ont été adoptés, tandis que les demandes d’avis sur des opérations de portefeuille et de capital se multiplient.
Cette réforme doit arbitrer des objectifs parfois concurrents. Une entreprise publique peut devoir financer des infrastructures de long terme, maintenir des services abordables et rechercher une meilleure efficacité opérationnelle. La performance ne se limite donc pas au bénéfice net : elle suppose aussi de mesurer la qualité du service, les coûts assumés par l’État, l’endettement, la transparence des marchés et les effets économiques des investissements.
La distinction entre les opérations réalisées et celles encore en préparation reste déterminante. Transformer juridiquement un établissement, signer un protocole d’accord ou annoncer une restructuration ne produit pas automatiquement une réduction des charges ou une amélioration des services. La crédibilité de la politique actionnariale se jouera sur la publication d’indicateurs suivis dans le temps et sur la responsabilité des dirigeants.
Des perspectives 2025 moins favorables
Le document fournit une estimation du résultat net pour 2025 d’environ 13,5 milliards de dirhams, inférieure de près de 40 % au niveau observé en 2024. Il envisage dans le même temps un chiffre d’affaires d’environ 250,3 milliards de dirhams. Ces montants sont des projections du rapport et non des comptes certifiés présentés comme définitivement clos. Ils illustrent la sensibilité du portefeuille aux performances de quelques grands opérateurs.
L’enjeu pour l’État marocain consiste à rendre la progression moins dépendante des cycles de prix et à transformer les investissements publics en gains durables de productivité. Les chiffres publiés en octobre 2026 donnent un point d’appui à cette évaluation, mais ils ne permettent pas encore de conclure que la réforme a atteint ses objectifs. Les prochaines publications devront montrer si la gouvernance, la maîtrise des risques et la qualité des services progressent au même rythme que les agrégats financiers.
