Cameroun : les impayés d’électricité dus à Globeleq atteignaient 147 milliards de FCFA fin 2025
Des comptes déposés au Royaume-Uni le 20 octobre révèlent une progression de près de 38 % des créances de Globeleq sur le distributeur camerounais d’électricité en 2025. Les retards de paiement ont déjà pesé sur l’exploitation des centrales de Kribi et Dibamba, sans qu’un état actualisé des remboursements soit disponible.

La centrale à gaz de Kribi, d’une capacité installée de 216 MW, concentre la plus grande part des créances déclarées par Globeleq à la fin de 2025.
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Les difficultés financières de la chaîne électrique camerounaise prennent une nouvelle dimension dans les comptes de l’un de ses principaux producteurs indépendants. Au 31 décembre 2025, les sommes dues à Globeleq par Eneo, devenu depuis Société camerounaise d’électricité (Socadel), atteignaient 251,6 millions de dollars, soit environ 146,9 milliards de francs CFA. Un an plus tôt, ces créances représentaient 182,5 millions de dollars. La hausse ressort à 37,9 %, selon les états financiers consolidés de Globeleq Africa Holdings déposés le 20 octobre 2026 au registre britannique Companies House.
Ces chiffres, rendus publics dans la presse économique camerounaise le 23 octobre, décrivent une situation arrêtée à la fin de l’exercice 2025. Ils ne constituent donc pas une photographie des montants encore exigibles en octobre 2026. C’est une distinction essentielle : le rapport documente la détérioration passée de la trésorerie, mais ne permet pas de chiffrer les éventuels règlements effectués depuis le début de l’année.
Kribi concentre l’essentiel des arriérés

La centrale à gaz de Kribi représente, à elle seule, 201,4 millions de dollars de factures impayées à la clôture de 2025, contre 145,8 millions un an auparavant. Exprimé en francs CFA aux équivalences retenues dans la couverture des comptes, l’encours atteint environ 117,6 milliards. À Dibamba, installation thermique située dans l’aire de Douala, les sommes à recevoir passent de 36,7 à 50,2 millions de dollars, soit près de 29,3 milliards de FCFA à fin 2025.
Les deux actifs n’occupent pas la même place dans le dispositif contractuel. Kribi vend son électricité dans le cadre d’un contrat d’achat de long terme, tandis que Dibamba relève d’un accord rémunérant la mise à disposition de capacités de production. Le site institutionnel de Globeleq attribue 216 mégawatts à Kribi et 88 mégawatts à Dibamba. Ces capacités nominales ne disent toutefois rien, à elles seules, de la puissance réellement disponible à chaque instant ni de l’énergie effectivement livrée.
La concentration des arriérés sur Kribi souligne le risque de liquidité supporté par un producteur qui doit, même en l’absence de règlement rapide, assumer ses dépenses d’exploitation, de maintenance et ses engagements financiers. Pour le distributeur, l’enjeu est symétrique : régler l’électricité achetée tout en supportant les coûts du réseau et les contraintes de recouvrement auprès de ses propres clients.
Plus de sept créances sur dix en retard de plus de 90 jours
L’ancienneté des factures renforce le signal d’alerte. Sur les 251,6 millions de dollars dus fin 2025, 181,2 millions étaient échus depuis plus de 90 jours. Cette tranche représentait environ 72 % de l’encours total. Un an auparavant, elle s’établissait à 140,9 millions de dollars : l’augmentation atteint ainsi 40,3 millions, soit 28,6 %.
Un retard de quelques semaines peut parfois être absorbé par les mécanismes de trésorerie ordinaires. Lorsque les impayés se prolongent au-delà de trois mois, ils réduisent davantage la visibilité sur les flux financiers et peuvent compliquer la planification de la maintenance. Globeleq indique que l’accumulation des créances l’a conduit à arrêter certaines unités de production à Kribi et Dibamba. Les documents consultés ne permettent pas d’établir une durée unique de ces interruptions ni de les assimiler à une fermeture permanente des centrales.
La société fait également état de distributions de trésorerie inférieures à ses attentes et de perspectives de remontées financières revues à la baisse. Il s’agit de conséquences mentionnées dans les comptes de l’entreprise, non d’une évaluation indépendante du coût économique global des coupures pour les ménages et les industriels.
Des garanties prévues, mais non alimentées à la clôture
Les contrats liés aux deux centrales prévoient une facilité de liquidité alimentée par l’État camerounais pour sécuriser les paiements. Selon le rapport annuel, ce mécanisme n’était toujours pas approvisionné au 31 décembre 2025. L’existence d’une garantie contractuelle ne signifie donc pas nécessairement que les fonds correspondants sont disponibles pour couvrir immédiatement les factures.
Le changement de dénomination du distributeur, intervenu en mai 2026, ne suffit pas non plus à effacer les engagements financiers accumulés. Lors d’une revue sectorielle tenue à Douala le 8 octobre, le ministère de l’Eau et de l’Énergie a reconnu que les factures dues à plusieurs grandes entreprises du secteur, parmi lesquelles Globeleq, NHPC et Sonatrel, n’étaient pas entièrement apurées. Aucun nouveau montant consolidé des créances de Globeleq n’a cependant été communiqué à cette occasion.
Pour les autorités, la question dépasse la relation bilatérale entre un distributeur et un producteur. Des retards récurrents peuvent peser sur la disponibilité des centrales existantes, renchérir les exigences de financement de nouveaux projets et accroître les risques perçus par les investisseurs privés. À l’inverse, un calendrier crédible de règlement, associé à des recettes de distribution mieux sécurisées, contribuerait à rétablir la confiance dans les contrats d’achat d’électricité.
Le prochain test sera celui des paiements effectifs
Les comptes publiés fournissent une base chiffrée précise, mais ils laissent ouverte la question décisive : quelle part des 146,9 milliards de FCFA constatés fin 2025 a été remboursée depuis ? En l’absence d’un état de rapprochement plus récent, annoncer que l’intégralité de cette somme reste due aujourd’hui serait excessif.
Le dossier met néanmoins en évidence un problème structurel : la continuité de l’approvisionnement électrique dépend aussi de la capacité de l’ensemble des acteurs à honorer leurs engagements financiers. Le suivi des paiements, du fonctionnement de la facilité de liquidité et de la disponibilité effective des unités de Kribi et Dibamba permettra de mesurer si les tensions constatées dans les comptes se résorbent ou se prolongent.
