Guinée : Conakry engage la transformation de sa plus grande décharge après l’effondrement qui a coûté la vie à 36 personnes
Après l’éboulement meurtrier qui a fait 36 morts en août dernier, les autorités guinéennes ont lancé la réhabilitation de la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry. L’objectif est de sécuriser et dépolluer le site avant sa reconversion en parc urbain, tandis qu’un nouveau centre d’enfouissement est en construction à Coyah.

La décharge de Dar-es-Salam e Guinée sera bientôt transformée en un parc urbain/AP
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La tragédie survenue à la décharge de Dar-es-Salam, dans la capitale guinéenne, pourrait marquer un tournant dans la gestion des déchets à Conakry. Plusieurs semaines après l’éboulement meurtrier qui a endeuillé le quartier dans la nuit du 22 au 23 août, les autorités ont officiellement donné le coup d’envoi, lundi 2 novembre, d’un vaste chantier destiné à réhabiliter ce site devenu, au fil des années, une source majeure de risques sanitaires et environnementaux.
Implantée au cœur de la capitale, la décharge de Dar-es-Salam s’étend sur une superficie de 28 hectares et concentre environ 7,2 millions de tonnes de déchets. Une accumulation considérable qui, en plus de dégrader durablement l’environnement, exposait les populations voisines à de multiples dangers. Les fortes précipitations enregistrées en août dernier ont finalement provoqué l’effondrement d’une partie du site, entraînant des habitations dans sa chute et faisant 36 victimes.
Ce drame, particulièrement douloureux pour les familles endeuillées, a remis au premier plan la question de la sécurisation des installations de traitement des déchets dans le pays. La cérémonie officielle de lancement des travaux a d’ailleurs été marquée par une minute de silence en mémoire des personnes disparues.
Mettre fin à des années de risques sanitaires et environnementaux
Au-delà de la menace permanente d’éboulement, Dar-es-Salam représentait également un important foyer de pollution. Les déchets accumulés sur le site dégageaient des fumées et des gaz toxiques liés aux phénomènes de combustion, tandis que les eaux contaminées s’écoulaient vers les zones habitées environnantes. Une situation qui affectait directement les conditions de vie des riverains.
Face à l’ampleur du problème, le ministre de l’Assainissement, Aboubacar Camara, n’a pas caché la gravité de la situation, qualifiant le site de « honte nationale ». Pour les autorités, la réhabilitation de cette infrastructure ne constitue donc pas simplement une opération d’assainissement, mais une réponse urgente à une crise environnementale et sociale qui perdure depuis plusieurs décennies.
Le Premier ministre Amadou Oury Bah a, pour sa part, affiché l’ambition de faire de cet espace sinistré un lieu entièrement repensé, consacré aux loisirs, à la détente et au bien-être des populations. L’objectif est de substituer à cette zone de pollution un cadre urbain accueillant, susceptible d’améliorer durablement le quotidien des habitants.
Un vaste chantier pour donner une seconde vie au site

La transformation de Dar-es-Salam reposera dans un premier temps sur la sécurisation de l’immense amas de déchets. Il faudra notamment consolider le terrain afin de prévenir de nouveaux glissements, avant d’engager les opérations nécessaires à la réduction des risques de contamination et à la dépollution du site.
À terme, les 28 hectares devraient accueillir un parc urbain, offrant à la population un nouvel espace de respiration au sein d’une capitale confrontée à d’importants défis d’urbanisation et d’assainissement.
La réalisation de ce projet a été confiée à Winning International Group, une entreprise singapourienne également impliquée dans l’exploitation du gigantesque projet minier de Simandou. Le groupe assure le financement et l’exécution des travaux. Toutefois, les autorités n’ont pas encore communiqué le montant global de l’investissement ni le calendrier précis de livraison.
Cette initiative s’inspire notamment de l’expérience ivoirienne de la décharge d’Akouédo, à Abidjan, dont la reconversion a permis de créer un parc urbain inauguré en 2025.
Coyah appelée à prendre le relais de Dar-es-Salam
La fermeture progressive de la décharge historique de Conakry suppose également de trouver une solution durable pour absorber les déchets produits quotidiennement par les habitants de la capitale. Dans cette perspective, un nouveau centre d’enfouissement est actuellement en construction à Baritodé, dans la préfecture de Coyah, située à une cinquantaine de kilomètres de Conakry.
Cette nouvelle infrastructure est appelée à prendre le relais de Dar-es-Salam et à offrir un cadre plus adapté à la collecte et au traitement des déchets urbains.
Pour la Guinée, l’enjeu dépasse ainsi la simple reconversion d’un ancien dépotoir. Il s’agit désormais de tirer les leçons d’une catastrophe humaine pour repenser toute une partie de la politique nationale d’assainissement. La réussite du projet dépendra autant de la réhabilitation du site que de la capacité des pouvoirs publics à mettre en place un dispositif durable de gestion des déchets, afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus.
