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Guerre en Iran : Le Pentagone confirme la pénurie de munitions que Trump niait

Le rapport de l’inspecteur général du Pentagone confirme que la guerre contre l’Iran a fortement entamé les stocks de munitions américains et mis sous tension les capacités de production de l’industrie de défense. Un constat qui contraste avec les déclarations de Donald Trump, qui continue d’affirmer que les États-Unis disposent d’importantes réserves et de capacités de production sans précédent.

Par Thomas Biakpa
Publié le 15 septembre 2026
Lecture : 6 min
Guerre en Iran : Le Pentagone confirme la pénurie de munitions que Trump niait

Le Pentagone aurait épuisé une partie de ses réserves financières à cause de la guerre en Iran/ EPA

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Washington fait face à une réalité militaire difficile à masquer. Un rapport inédit de l’inspecteur général du département américain de la Défense confirme que la guerre contre l’Iran a fortement entamé les stocks de munitions des États-Unis et mis sous tension leur chaîne d’approvisionnement militaire.

Cette conclusion officielle tranche avec les déclarations répétées de Donald Trump et de son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui ont jusqu’ici minimisé l’ampleur des difficultés.

Selon ce rapport transmis au Congrès, les dépenses engagées dans le cadre de l’opération « Epic Fury » entre le 28 février et le 30 juin 2026 ont atteint environ 33,4 milliards de dollars. Sur cette somme, 22,3 milliards de dollars correspondent aux seules munitions consommées, tandis que 3,7 milliards concernent les pertes d’équipements et 7,4 milliards d’autres dépenses opérationnelles.

Une consommation d’armes qui met les stocks sous pression

La guerre de communication sur la pénurie de missiles américains a fissuré le tandem Donald Trump – Pete Hegseth /Reuters

Le constat le plus significatif du rapport concerne l’état des réserves américaines. L’inspecteur général estime que la consommation de munitions durant l’opération en Iran a provoqué des « déficits stratégiques » dans les stocks et révélé des goulots d’étranglement dans la base industrielle de défense nécessaires au réapprovisionnement.

Cette situation concerne notamment les capacités de production de certains composants essentiels. Les difficultés portent entre autres sur les moteurs-fusées à propergol solide, les explosifs et propergols de haute qualité ainsi que sur le recrutement de main-d’œuvre spécialisée. Le rapport souligne que l’augmentation rapide des capacités industrielles nécessite des délais importants.

Autrement dit, le problème ne se limite pas à la quantité d’armes disponibles dans les arsenaux américains. Il concerne également la capacité de l’industrie de défense à reconstituer rapidement les stocks consommés par une guerre de haute intensité.

Trump et Hegseth avaient pourtant écarté l’hypothèse d’une pénurie

Cette conclusion officielle intervient alors que Donald Trump et Pete Hegseth avaient à plusieurs reprises rejeté les informations faisant état d’une diminution préoccupante des stocks américains.

Début août, Donald Trump avait affirmé que les États-Unis disposaient de quantités « énormes » de munitions et que leur industrie de défense continuait à produire et à acheminer des armes vers les forces américaines. Le président avait alors dénoncé comme de la « fake news » les informations faisant état de pénuries de missiles et d’intercepteurs.

Deux semaines avant la publication du rapport de l’inspecteur général, Trump assurait encore que les États-Unis disposaient de stocks de munitions « pratiquement illimités ». Lundi, il a de nouveau défendu la capacité industrielle américaine, affirmant sur Truth Social que le pays produisait davantage d’armes sophistiquées qu’à n’importe quelle autre période de son histoire.

Le rapport du Pentagone ne signifie pas pour autant que les États-Unis seraient incapables de poursuivre la guerre contre l’Iran. Il révèle plutôt une contradiction entre la capacité globale de l’armée américaine à mener des opérations et sa capacité à maintenir durablement les niveaux de stocks nécessaires à un conflit prolongé ou à plusieurs engagements simultanés.

Des alertes qui avaient précédé le rapport officiel

Dès avril, New York Times rapportait, que les États-Unis avaient engagé entre 28 et 35 milliards de dollars dans la guerre et que des milliers de missiles, notamment des Tomahawk et des systèmes d’interception Patriot, avaient été utilisés. Certaines estimations faisaient également état d’une consommation particulièrement importante de missiles JASSM-ER.

Quelques jours plus tard, La Nouvelle Tribune soulignait également que les États-Unis semblaient avoir été insuffisamment préparés à un conflit de haute intensité reposant sur une consommation massive de missiles et de drones.

Ces éléments donnent aujourd’hui un relief particulier au nouveau rapport de l’inspecteur général : ce qui relevait auparavant d’estimations de médias ou d’analystes est désormais documenté par un organisme officiel du département de la Défense.

Une facture militaire déjà considérable

Les 33,4 milliards de dollars recensés par l’inspecteur général ne constituent par ailleurs pas la facture définitive de la guerre. Le montant couvre la période allant du 28 février au 30 juin et n’intègre notamment pas l’ensemble des coûts liés à la réparation des infrastructures militaires américaines endommagées.

Le rapport fait état de dégâts importants sur des installations américaines au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Irak, à Oman et en Jordanie. Il confirme également que le principal centre logistique de la marine américaine dans la région, situé à Bahreïn, a été visé par des drones et des missiles balistiques iraniens.

Les pertes matérielles sont également significatives. Le bilan officiel mentionne notamment quatre F-15 détruits, un F-35 endommagé, sept avions ravitailleurs KC-135 touchés et jusqu’à 30 drones MQ-9 Reaper détruits.

Le véritable enjeu : pouvoir tenir dans la durée

Le Chef du pentagone, Pete Hegseth a contredit Trump sur la situation des munitions dans la guerre contre l’Iran/ AFP

Au-delà du débat politique entre Donald Trump et ses détracteurs, le rapport pose surtout une question stratégique : les États-Unis peuvent-ils soutenir durablement une guerre de haute intensité sans compromettre leurs capacités militaires sur d’autres théâtres ?

C’est précisément ce qui rend la question des stocks particulièrement sensible. Une partie des armes consommées en Iran doit être remplacée, alors que l’industrie américaine ne peut pas toujours augmenter instantanément ses cadences de production.

La problématique dépasse donc largement le seul conflit avec Téhéran. Une consommation importante de missiles et d’intercepteurs peut réduire les marges de manœuvre de Washington face à d’autres crises potentielles. Des analystes américains ont notamment souligné que la question devenait beaucoup plus préoccupante dans l’hypothèse d’un conflit simultané ou prolongé avec une puissance militaire majeure.

Une contradiction désormais difficile à ignorer

Le rapport de l’inspecteur général ne constitue pas simplement un nouveau bilan financier de la guerre. Il met en lumière une contradiction entre le discours politique de l’administration Trump et les contraintes opérationnelles révélées par ses propres services.

D’un côté, Donald Trump insiste sur la puissance de l’industrie américaine et affirme que les États-Unis produisent des quantités sans précédent d’armes sophistiquées. De l’autre, le principal organisme de contrôle du département de la Défense constate officiellement que la consommation des munitions a créé des déficits stratégiques et des blocages dans les chaînes de production.

Cette contradiction pourrait désormais alimenter le débat au Congrès sur le financement de la guerre, la reconstitution des arsenaux américains et les capacités de l’industrie de défense. Elle rappelle surtout qu’une puissance militaire peut disposer d’un arsenal considérable tout en rencontrant, dans une guerre prolongée, des difficultés à remplacer assez rapidement les armes qu’elle consomme.

La guerre en Iran révèle ainsi une réalité moins visible derrière les démonstrations de puissance américaines. La question n’est plus seulement de savoir si Washington possède suffisamment d’armes pour frapper son adversaire, mais s’il peut maintenir ce rythme de consommation tout en préservant sa capacité à répondre à d’autres menaces.