Côte d’Ivoire : L’État accélère sa transformation numérique, 700 services publics à digitaliser en trois ans
Réunis à Abidjan les 3 et 4 septembre 2026, les acteurs de l’administration ivoirienne définissent les priorités de la transformation numérique de l’État. Avec 700 services publics numériques visés d’ici trois ans et une administration zéro papier à l’horizon 2030, la Côte d’Ivoire mise sur l’interopérabilité, la mutualisation des infrastructures et une administration davantage centrée sur l’usager.

A la tête du ministère de la transition numérique et de l’innovation technologique, le ministre Djibril Ouattara veut une administration ivoirienne zéro papier d’ici 2030 /Wikipédia
Format Pavé
300 x 250 px
La Côte d’Ivoire veut franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son administration. Depuis ce jeudi 3 septembre, responsables publics, experts du numérique et partenaires au développement sont réunis à l’Hôtel Radisson Blu Abidjan Airport dans le cadre de l’atelier national de priorisation des services publics numériques. Organisée sur deux jours, cette rencontre doit permettre de déterminer les services à numériser en priorité et de définir les bases d’une infrastructure numérique commune à l’ensemble de l’administration.
L’objectif affiché est ambitieux : parvenir à 700 services publics numériques coordonnés et à fort impact au cours des trois prochaines années, avec, à plus long terme, la perspective d’une administration ivoirienne fonctionnant sans papier à l’horizon 2030.
Passer d’une accumulation de plateformes à un véritable écosystème numérique
La Côte d’Ivoire dispose déjà de plusieurs expériences en matière de dématérialisation. Les administrations fiscale et douanière ont notamment développé des téléprocédures, tandis que différents guichets uniques ont été mis en place. Le registre national des personnes physiques, associé à un identifiant unique, constitue également l’un des acquis importants du pays.
Le défi n’est donc plus simplement de créer de nouveaux services numériques. Il consiste désormais à faire communiquer les dispositifs existants, les mutualiser et les rendre plus facilement accessibles aux citoyens et aux entreprises.
C’est précisément le principe retenu pour l’atelier d’Abidjan : partir des besoins réels des usagers avant de déterminer les solutions technologiques. La performance de la transformation numérique devra ainsi être évaluée à partir de résultats concrets, notamment la simplification des démarches plutôt qu’au nombre de plateformes développées.
Une transformation pensée autour de l’usager
Cette nouvelle orientation place le citoyen au cœur de la réforme administrative. Représentant la ministre d’État chargée de la Fonction publique, le directeur de cabinet adjoint a insisté sur la nécessité de construire une administration plus simple, plus rapide et davantage tournée vers les attentes de ses usagers.
Cette ambition figure également dans la feuille de route 2026-2028 du ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara. Structurée autour de sept piliers, celle-ci fait de la transformation de l’administration au service de l’usager une priorité.
La démarche repose notamment sur une meilleure organisation des outils existants. L’idée défendue par le ministre est de limiter la multiplication des plateformes pour privilégier la connexion, la réutilisation et le partage des solutions déjà disponibles. Dans cette architecture, la donnée constitue un élément central, à la fois pour améliorer l’efficacité des services publics et pour favoriser l’innovation.
Une gouvernance renforcée pour éviter les doublons

La transformation numérique de l’État s’accompagne d’un nouveau cadre de pilotage. Le gouvernement prévoit la mise en place d’un comité stratégique placé sous l’autorité du Premier ministre, chargé notamment de valider les grands projets numériques et les dépenses qui y sont associées.
Ce comité sera soutenu par un comité interministériel permanent. L’objectif est de mieux coordonner les initiatives des différentes administrations, d’éviter que plusieurs structures développent les mêmes solutions et de garantir une utilisation plus efficace des ressources publiques.
Chaque ministère conservera toutefois la responsabilité de conduire ses propres projets.
Dans ce dispositif, la Société nationale de développement informatique (SNDI) est appelée à occuper une place déterminante. Opérateur informatique de l’État depuis 1999, elle doit servir de bras opérationnel à cette transformation. Le choix du gouvernement est ainsi de renforcer les structures existantes plutôt que de multiplier les agences.
Pour son directeur général, Nongolougo Soro, la création de valeur passe avant tout par la capacité des différents systèmes à fonctionner ensemble.
Trois infrastructures pour construire le socle numérique de l’État
Les échanges menés durant l’atelier font émerger trois priorités structurantes. La première est la mise en place d’une identité numérique unique, destinée à faciliter l’accès des citoyens aux différents services publics.
La deuxième concerne une couche d’interopérabilité, qui permettra aux administrations de partager leurs données de manière fluide et sécurisée.
La troisième porte sur la réalisation d’un inventaire exhaustif des infrastructures numériques publiques existantes. Cette démarche est engagée avec le soutien de la Banque mondiale.
Ces infrastructures sont envisagées comme des équipements collectifs comparables aux routes ou aux ponts : elles doivent être conçues une fois, puis utilisées par l’ensemble des administrations afin d’éviter les investissements répétitifs et les systèmes isolés.
L’Estonie comme source d’inspiration
Le modèle estonien a régulièrement été cité au cours des travaux. En l’espace de trois décennies, l’Estonie est devenue l’un des États les plus numérisés au monde en s’appuyant notamment sur une identité numérique largement généralisée et une plateforme d’échange permettant aux systèmes publics de communiquer entre eux.
La Côte d’Ivoire entend s’inspirer de cette expérience tout en construisant sa propre trajectoire, adaptée à ses réalités et à ses priorités.
Un premier portefeuille d’une centaine de services
À l’issue de l’atelier des 3 et 4 septembre, le pays doit disposer d’un premier portefeuille prioritaire d’environ 100 services publics à développer ou à renforcer. Les travaux doivent également contribuer à définir les grandes orientations de la future feuille de route nationale consacrée aux infrastructures publiques numériques.
Cette première sélection constitue une étape vers l’objectif fixé à trois ans avec 700 services numériques coordonnés et à fort impact.
Au-delà des chiffres, le gouvernement cherche à faire émerger une nouvelle conception de l’administration : moins cloisonnée, davantage interconnectée et centrée sur l’expérience de l’usager.
La réussite de cette transformation dépendra désormais de la mobilisation conjointe des ministères, des structures publiques, des experts du numérique ainsi que des partenaires techniques et financiers. À travers cette démarche, la Côte d’Ivoire ambitionne de faire de la transformation numérique de son administration un levier de modernisation de l’État et de se positionner comme une référence en Afrique.

