COMESA : à Harare, les États veulent accélérer l’industrialisation et le commerce régional
Réunis au Zimbabwe le 22 octobre 2026, les dirigeants du Marché commun de l’Afrique orientale et australe ont placé la transformation industrielle et la fluidité des échanges au cœur de leurs priorités. La présidence du bloc revient au Zimbabwe, tandis que le secteur privé réclame des mesures concrètes pour réduire les obstacles qui freinent encore le marché régional.

Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa (au centre), entouré de dignitaires régionaux lors du 25e sommet du COMESA à Harare, marquant le début de sa présidence à la tête de l’organisation régionale.
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Le sommet du COMESA réuni le 22 octobre à Harare marque un changement de présidence à la tête de l’une des principales communautés économiques africaines. Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa succède à son homologue kényan William Ruto pour présider l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement du Marché commun de l’Afrique orientale et australe. Le rendez-vous a réuni les représentants d’une organisation de 21 États membres dont les économies présentent des profils très différents, des centres financiers et industriels aux pays confrontés à des problèmes d’accès à l’énergie et aux infrastructures.
Le thème affiché, « Un marché, un avenir », traduit une ambition ancienne mais encore inachevée : transformer l’intégration régionale en débouchés commerciaux et en emplois. L’organisation veut aller au-delà de la suppression formelle des barrières douanières pour développer des chaînes de valeur régionales. Pour les entreprises, cela suppose qu’une marchandise puisse traverser les frontières avec des procédures prévisibles, une logistique fiable et des coûts maîtrisés.
Un programme économique pour les cinq prochaines années
Les préparatifs officiels du sommet prévoyaient la présentation du plan stratégique à moyen terme 2026-2030 et du rapport annuel 2025. Le programme met l’accent sur l’industrialisation, la création de valeur ajoutée, les infrastructures, le commerce intrarégional et la transformation numérique. Les discussions ont également porté sur les possibilités offertes par les minerais critiques, l’agriculture et l’industrie manufacturière. Ces orientations sont des priorités institutionnelles ; leur adoption ne signifie pas que les projets qui pourraient en découler disposent déjà de financements ni que leur réalisation est engagée.
Le choix des chaînes de valeur est décisif. Une région peut exporter des minerais, des produits agricoles ou des matières premières tout en important la plupart des biens transformés dont elle a besoin. En développant des opérations industrielles complémentaires entre pays, le COMESA entend conserver une plus grande part de la valeur sur le continent. L’efficacité de cette démarche dépendra de l’accès à l’électricité, des normes communes, du financement des entreprises et de la capacité des administrations à coordonner leurs politiques.
Le secteur privé demande moins de frontières administratives
La déclaration adoptée par le COMESA Business Council lors du forum des entreprises du 20 octobre constitue un document particulièrement concret. Elle demande la modernisation des principaux corridors commerciaux, notamment ceux de Lobito, du Nord-Sud, de Nacala, de Beira et de Djibouti–Addis-Abeba. Les représentants du secteur privé souhaitent généraliser les postes-frontières à arrêt unique, les systèmes électroniques de suivi du fret et les instruments de garantie douanière afin de réduire les délais de transit.
La déclaration propose également d’accélérer la circulation des personnes d’affaires, l’utilisation de certificats d’origine électroniques et la participation des petites entreprises aux chaînes d’approvisionnement transfrontalières. Elle évoque les difficultés persistantes des entrepreneures et des jeunes dirigeants à accéder au crédit, aux marchés et aux réseaux de distribution. Ces propositions ne constituent pas toutes des décisions exécutoires : elles dessinent néanmoins un programme permettant de juger, dans les prochaines années, les résultats de l’intégration régionale.
La sécurité et les conflits pèsent sur les ambitions commerciales
La dimension politique du sommet ne peut être dissociée de son programme économique. Le 21 octobre, les ministres des Affaires étrangères des pays membres ont examiné des enjeux de paix et de sécurité, parmi lesquels la situation dans l’est de la République démocratique du Congo, les tensions dans la Corne de l’Afrique et les menaces qui pèsent sur la Somalie. Une route commerciale n’offre aucun avantage durable lorsque les transporteurs font face à des violences, à des extorsions ou à une interruption des services essentiels.
La multiplication des risques sécuritaires augmente aussi les primes d’assurance et décourage les investissements de long terme. Les progrès de la diplomatie régionale seront donc l’un des paramètres de l’efficacité des projets industriels et logistiques. Les décideurs économiques attendent des avancées mesurables, au-delà des communiqués de sommet : délais de passage réduits, procédures harmonisées, flux commerciaux nouveaux et investissements mis en service.
Le test sera celui de l’exécution
Pour le Zimbabwe, la présidence du COMESA représente une opportunité diplomatique et économique, notamment pour défendre son rôle dans les corridors qui desservent l’Afrique australe. Pour les 21 États membres, le défi est plus large : passer d’une accumulation de stratégies à des engagements coordonnés dont les résultats peuvent être suivis et comparés. La déclaration du secteur privé fournit des critères utiles : trafic aux frontières, mobilité professionnelle, participation des PME et intégration des marchés numériques.
Le sommet de Harare confirme que l’industrialisation régionale est désormais présentée comme l’un des principaux leviers de souveraineté économique. Mais l’existence d’un marché commun ne garantit pas mécaniquement son usage par les entreprises. C’est la qualité de la mise en œuvre, des infrastructures et des règles commerciales qui déterminera si les objectifs annoncés se traduisent en nouvelles activités productives et en emplois.
