Côte d’Ivoire : l’État relance la structuration de l’artisanat et annonce le MIVA 2027
À l’occasion du lancement de la prochaine édition du Marché ivoirien de l’artisanat, le gouvernement a rappelé le poids économique du secteur et ses ambitions de professionnalisation. Formation, foncier et accès aux marchés figurent parmi les leviers annoncés, dont l’impact reste à mesurer.

Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, prononçant son discours lors du lancement officiel de la 7ᵉ édition du Marché ivoirien de l’artisanat (MIVA 2027), le 22 octobre 2026 à Abidjan.
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Le gouvernement ivoirien entend faire de l’artisanat un secteur mieux structuré, plus productif et davantage tourné vers les marchés. Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, a défendu cette orientation le 22 octobre 2026 à Abidjan, lors du lancement officiel de la septième édition du Marché ivoirien de l’artisanat (MIVA). L’événement est programmé du 29 avril au 4 mai 2027 au Parc des expositions d’Abidjan.
Au-delà du calendrier du salon, le gouvernement a mis en avant le poids économique des métiers artisanaux. Selon les chiffres cités par le ministre, l’artisanat mobilise près de 30 % de la population active et représente 19,5 % du produit intérieur brut. Ces ordres de grandeur, fournis par les autorités, soulignent l’importance du secteur, même si leurs périmètres statistiques et leurs méthodes de calcul mériteraient d’être explicités pour suivre son évolution dans le temps.
Un secteur économique qui dépasse l’image traditionnelle
L’artisanat ne se résume pas à la production d’objets destinés aux touristes. Il comprend une multitude d’activités de fabrication, de réparation et de services, de la menuiserie à la mécanique automobile, en passant par le textile, la transformation et les métiers du bâtiment. Ces activités assurent des revenus à de nombreux ménages et fournissent des prestations essentielles aux entreprises. Leur dispersion, la petite taille des unités et le poids de l’informel rendent toutefois plus difficile l’accès au crédit, à la formation et aux commandes importantes.
La stratégie publique vise précisément à réduire ces contraintes. Le ministère défend la formalisation des acteurs, l’amélioration des compétences et la mise à disposition d’espaces adaptés. En avril 2026, Kalil Konaté avait déjà évoqué, lors d’une visite à la Chambre nationale de métiers, la nécessité de moderniser les entreprises artisanales et de mieux identifier les professionnels. Les annonces d’octobre s’inscrivent donc dans une politique engagée auparavant, plutôt que dans une réforme entièrement nouvelle.
Formation technique et montée en gamme
Selon le bilan gouvernemental publié le 23 octobre, 30 450 artisans ont été formés entre 2012 et 2023. Par ailleurs, 1 418 mécaniciens ont bénéficié, entre 2021 et 2025, d’une mise à niveau aux technologies récentes de la mécanique automobile. Ces chiffres renseignent sur l’activité de formation, mais ne permettent pas à eux seuls d’évaluer les gains de productivité, l’évolution des revenus ou la pérennité des entreprises accompagnées.
La question des compétences devient plus pressante avec la transformation des métiers. Dans l’automobile, l’électronique embarquée et les nouveaux systèmes de diagnostic imposent des équipements et des savoir-faire renouvelés. Dans la fabrication, la qualité des finitions, le respect des délais et la capacité à produire en série conditionnent l’accès à de nouveaux clients. Une politique de formation efficace doit donc articuler apprentissage, certification, équipement et débouchés commerciaux.
Plus de 800 hectares identifiés pour des espaces artisanaux
Le gouvernement indique avoir repéré plus de 800 hectares de réserves foncières dans 29 chefs-lieux de région afin de favoriser l’implantation de sites adaptés aux activités artisanales. Il s’agit d’un potentiel foncier identifié, et non de 800 hectares déjà aménagés ou occupés par des entreprises. La distinction compte : transformer une réserve en zone productive suppose des investissements en voirie, eau, électricité, assainissement et gestion des déchets.
La disponibilité d’espaces organisés pourrait améliorer les conditions de travail et permettre de mutualiser certains équipements. Elle pose aussi des questions pratiques : prix des parcelles, conditions d’accès pour les petits ateliers, proximité des clients et sécurité des occupations. Des sites trop éloignés des marchés ou trop coûteux risqueraient de manquer leur objectif. La réussite dépendra de la concertation avec les organisations professionnelles et de la qualité des services proposés.
Le MIVA comme vitrine, mais aussi comme test commercial

Prévue du 29 avril au 4 mai 2027, la septième édition du MIVA doit offrir une vitrine aux savoir-faire ivoiriens. Pour que le salon dépasse la seule exposition, les professionnels auront intérêt à y trouver des acheteurs, des distributeurs, des donneurs d’ordre et des solutions de financement. Les rencontres commerciales, la préparation des exposants et le suivi des contrats seront aussi importants que la fréquentation du public.
Le gouvernement affiche l’ambition d’un artisanat capable d’innover tout en valorisant son identité. Le défi est désormais de convertir les orientations annoncées en résultats observables : davantage d’entreprises identifiées, des artisans mieux équipés, des revenus en progression et des produits présents sur de nouveaux marchés. Le MIVA 2027 constituera une occasion de mesurer cette dynamique, à condition de rendre publics des indicateurs précis sur les bénéficiaires et les retombées économiques.
