Allemagne : BASF relèverait son offre sur Evonik à plus de 11 milliards d’euros, sans accord conclu
Selon des informations publiées le 23 octobre, le géant allemand BASF aurait porté à 24 euros par action sa proposition de rachat d’Evonik. Le rapprochement reste hypothétique : les sociétés n’ont annoncé ni accord définitif ni offre publique lancée. Au-delà du prix, l’avenir des sites industriels et des emplois pèsera sur l’issue des discussions.

Le projet de rapprochement entre BASF et Evonik pourrait redessiner le paysage de l’industrie chimique allemande.
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Une nouvelle proposition rapportée, pas une acquisition
Le projet de rapprochement entre deux poids lourds de la chimie allemande franchit une nouvelle étape dans les informations de marché, sans pour autant devenir une opération acquise. Vendredi 23 octobre 2026, Reuters a rapporté, sur la foi de personnes proches du dossier, que BASF avait relevé son offre indicative visant Evonik Industries à 24 euros par action, contre environ 22,15 euros précédemment. La nouvelle proposition valoriserait les fonds propres d’Evonik à quelque 11,18 milliards d’euros. Les deux entreprises n’ont pas confirmé publiquement ce montant à la date de cette information.
La distinction est essentielle. Il ne s’agit ni d’une acquisition achevée, ni de l’annonce d’une offre publique ferme approuvée par les organes compétents. BASF avait officiellement reconnu, le 25 septembre, mener des échanges exploratoires avec Evonik et la RAG-Stiftung, premier actionnaire du groupe convoité. Dans son communiqué, l’acquéreur potentiel soulignait que le déroulement et l’issue de ces échanges demeuraient ouverts. L’annonce du 23 octobre modifie donc le prix évoqué par la presse, pas le statut juridique de l’opération.
La précédente proposition, estimée à environ 10,3 milliards d’euros, avait été jugée insuffisante. Le relèvement d’environ 1,85 euro par action représenterait une hausse d’un peu plus de 8 % du prix indicatif. Il ne préjuge pas de l’acceptation de la RAG-Stiftung, du conseil de surveillance d’Evonik, ni d’éventuelles conditions réglementaires.
La RAG-Stiftung, un actionnaire qui ne peut regarder que le prix
La RAG-Stiftung détient environ 43 % du capital d’Evonik, ce qui en fait un interlocuteur central. Cette fondation finance notamment les charges de long terme liées à la fermeture de l’exploitation de la houille en Allemagne, dont la gestion des eaux minières. Pour elle, une cession ne se résume donc pas à l’obtention d’une prime boursière : la stabilité des revenus futurs, la sécurité du produit de vente et la préservation de la valeur de ses actifs entrent également en ligne de compte.
Evonik, basé à Essen, reste un groupe industriel international de premier plan. Ses données publiées pour 2025 font état d’un chiffre d’affaires d’environ 14,1 milliards d’euros, d’un résultat brut d’exploitation ajusté proche de 1,9 milliard et de quelque 31 000 salariés. BASF, dont les activités couvrent les produits chimiques de base, les matériaux et les solutions industrielles, a annoncé environ 60 milliards d’euros de ventes en 2025 et près de 95 000 employés. Un rapprochement créerait ainsi un ensemble aux ramifications industrielles et commerciales considérables.
La complémentarité entre chimie de spécialité et portefeuille diversifié pourrait intéresser BASF. Elle ne suffirait pourtant pas à justifier automatiquement l’opération : l’évaluation des synergies, les chevauchements de produits, les coûts d’intégration et la réaction des autorités de concurrence constitueraient autant de variables décisives. Aucun calendrier de clôture ne peut être présenté comme arrêté.
Les emplois et les sites au cœur des négociations

Les préoccupations sociales sont particulièrement sensibles en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, région qui concentre des implantations chimiques historiques. D’après les informations rapportées le 23 octobre, BASF a assuré vouloir respecter les accords de préservation de l’emploi existants si une acquisition devait être réalisée. Les représentants des salariés demandent toutefois que ces garanties ne soient pas affaiblies par le financement du rachat ou par les restructurations qui pourraient suivre.
Le dossier intervient alors qu’Evonik conduit déjà son propre programme de transformation. En septembre, le groupe avait annoncé la préparation d’une nouvelle phase de restructuration à compter de 2027, ainsi que des projets de cession d’activités, notamment Oxeno et Syneqt. La perspective d’une opération capitalistique ajoute donc une incertitude à des changements organisationnels engagés indépendamment des discussions avec BASF.
Les autorités régionales ont, elles aussi, insisté sur la continuité des activités industrielles et la protection de l’emploi. Ces prises de position ne constituent pas un veto juridique, mais elles signalent les conditions politiques et sociales dans lesquelles un éventuel accord serait examiné. Les parties devront aussi expliquer comment elles entendent préserver les investissements, la recherche et les capacités de production.
Un test pour la consolidation de la chimie européenne
Le regain d’intérêt pour Evonik s’inscrit dans un contexte de pressions sur l’industrie chimique européenne : coûts énergétiques, concurrence mondiale, faiblesse de certains débouchés et nécessité de financer des technologies moins émettrices. Les rapprochements peuvent offrir des économies d’échelle, mais ils peuvent également accentuer la concentration et faire peser de nouveaux risques sur les territoires dépendants de grands sites industriels.
Les marchés ont réagi à la perspective d’un prix plus élevé, sans pouvoir anticiper la décision finale. La différence entre le cours de Bourse et le montant rapporté par la presse reflète précisément le risque que l’opération n’aboutisse pas ou soit renégociée. Pour les investisseurs, les prochaines étapes à surveiller sont une éventuelle confirmation officielle du prix, la position de l’actionnaire principal et la publication de conditions détaillées.
À ce stade, le fait nouveau est donc une offre indicative revue à la hausse selon des sources de presse. Ni les salariés, ni les actionnaires, ni les autorités ne disposent encore d’une transaction conclue. L’enjeu économique est considérable, mais l’issue reste ouverte.
