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Burkina Faso : Ibrahim Traoré exhorte les Burkinabè à protéger l’héritage de Thomas Sankara

Près de quatre décennies après sa disparition, Thomas Sankara demeure une figure incontournable de l’histoire politique du Burkina Faso. À l’occasion de la commémoration de son assassinat et de celui de ses douze compagnons, le capitaine Ibrahim Traoré a placé la cohésion nationale au centre de son message, estimant que la pérennité d’un idéal révolutionnaire repose avant tout sur la solidarité de ceux qui s’en réclament.

Par Thomas Biakpa
Publié le 16 octobre 2026
Lecture : 6 min
Burkina Faso : Ibrahim Traoré exhorte les Burkinabè à protéger l’héritage de Thomas Sankara

Le Capitaine Ibrahim Traoré à droite, invité les Burkinabè à préserver la mémoire du Capitaine Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987 /Capture Facebook

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Le Burkina Faso s’est souvenu, jeudi 15 octobre, de l’un des épisodes les plus marquants de son histoire contemporaine. Trente-neuf ans après la mort de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, tués lors du coup d’État de 1987, la cérémonie commémorative a été l’occasion de réaffirmer la portée de leur engagement et d’interroger la responsabilité des générations actuelles dans la préservation de cet héritage.

Le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, absent de la cérémonie, s’est exprimé à travers un discours lu par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui le représentait pour l’occasion.

Son intervention a essentiellement porté sur la nécessité de préserver l’unité, de prévenir les rivalités internes et de rester fidèle aux idéaux défendus par l’ancien président.

La cohésion, condition essentielle de la continuité révolutionnaire

Dans son message, Ibrahim Traoré a insisté sur une dimension qu’il considère comme fondamentale dans la préservation de l’héritage sankariste : la solidarité entre ceux qui poursuivent le même combat.

Revenant sur les circonstances tragiques de la disparition de Thomas Sankara, il a souligné que la menace la plus redoutable pour une cause collective peut parfois provenir de son propre entourage.

L’ancien président, a-t-il rappelé, n’a pas seulement été confronté à ses adversaires politiques déclarés, mais également à des hommes qui partageaient avec lui le quotidien, les engagements et les responsabilités.

À travers cette référence historique, le dirigeant burkinabè a lancé une mise en garde contre les querelles intestines, les accusations malveillantes et les comportements susceptibles de fragiliser les rangs de ceux qui se réclament de la révolution.

Pour lui, la défense d’un idéal ne saurait se limiter aux discours ou aux commémorations. Elle exige une cohérence dans les actes, une confiance mutuelle et une capacité à dépasser les intérêts particuliers au profit d’un objectif commun. Un message qui place la discipline collective et la fidélité aux engagements au cœur de la continuité politique revendiquée par les autorités actuelles.

Sécurité, production et éducation : les piliers d’un Burkina Faso souverain

Au-delà du devoir de mémoire, le discours présidentiel a mis l’accent sur les actions à mener pour traduire les idéaux de Thomas Sankara en résultats concrets. Quatre secteurs ont été présentés comme déterminants pour renforcer l’autonomie du pays à savoir, la sécurité, l’agriculture, l’industrie et l’éducation.

Sur le plan sécuritaire, Ibrahim Traoré a rendu hommage aux Forces de défense et de sécurité ainsi qu’aux Volontaires pour la défense de la patrie, mobilisés contre les groupes jihadistes. Leur engagement a été présenté comme une composante essentielle de la lutte pour la stabilité du territoire et la protection des populations.

La question de l’indépendance nationale a également occupé une place importante dans son intervention. Le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de voir le Burkina Faso maîtriser davantage ses choix en matière de défense, d’alimentation, d’économie, de monnaie et de culture.

Cette ambition passe notamment par une transformation des habitudes de production et de consommation. En reprenant un principe cher à Thomas Sankara, Ibrahim Traoré a défendu la nécessité de privilégier les ressources nationales et de renforcer les capacités productives du pays.

L’agriculture et l’industrialisation apparaissent ainsi comme des leviers complémentaires. La première doit contribuer à réduire la dépendance alimentaire, tandis que la seconde est appelée à favoriser la transformation locale des matières premières, la création de richesses et le développement économique.

L’éducation complète cette orientation, avec l’enjeu de former des citoyens capables de participer à la construction d’un pays plus autonome. Dans cette perspective, l’héritage sankariste est présenté non seulement comme une référence historique, mais aussi comme un ensemble d’objectifs à poursuivre dans les choix politiques et économiques contemporains.

Le Mémorial Thomas Sankara attire plus de 200 000 visiteurs

 

Le souvenir de Thomas Sankara toujours vivace dans les mémoires au Burkina Faso/ Capture Facebook

La transmission de cette mémoire passe également par les lieux consacrés à l’histoire du révolutionnaire burkinabè. Ouvert au public en mai 2025, le Mémorial Thomas Sankara a enregistré une fréquentation de plus de 200 000 visiteurs au 30 septembre 2026, selon les chiffres communiqués dans le discours présidentiel.

Les recettes générées par le site, estimées à 130 millions de francs CFA, ont été affectées au projet de développement de ses infrastructures.
Ces résultats témoignent de l’intérêt suscité par la figure de Thomas Sankara et par les espaces dédiés à la préservation de son parcours.

Ils mettent également en évidence les possibilités offertes par le mémorial pour faire découvrir aux nouvelles générations les grandes étapes de son engagement politique et les idées qu’il a défendues.

Dans cette dynamique, Ibrahim Traoré a invité les citoyens à contribuer à la campagne de mobilisation intitulée « Ma brique pour Sankara ». L’initiative vise à accompagner le développement du site et à lui donner une dimension éducative plus importante.

L’objectif affiché est de faire de cet espace un lieu vivant de transmission, où les visiteurs pourront approfondir leur connaissance de l’histoire nationale et des idéaux associés à la révolution sankariste.

De Ouagadougou à Rome, une mémoire qui dépasse les frontières

L’hommage rendu à Thomas Sankara a également pris une dimension internationale. Dans son discours, Ibrahim Traoré a salué la décision de la municipalité du troisième arrondissement de Rome de donner le nom de l’ancien président burkinabè à un parc.
Cette initiative illustre la présence de Thomas Sankara dans les mémoires au-delà de son pays natal. Son engagement en faveur de la souveraineté, de la justice sociale et de l’émancipation des peuples continue de nourrir les réflexions et les hommages dans différents espaces du monde.

Président du Burkina Faso de 1983 à 1987, Thomas Sankara a profondément marqué l’histoire nationale par ses orientations politiques et son discours en faveur de l’indépendance. Sa mort, survenue le 15 octobre 1987 lors du coup d’État qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir, a brutalement interrompu son mandat et laissé une empreinte durable dans la conscience collective burkinabè.

Un héritage à faire vivre au-delà des commémorations

La commémoration du 15 octobre a ainsi été l’occasion de conjuguer souvenir historique et réflexion sur les défis actuels du Burkina Faso. En mettant l’accent sur la cohésion, la sécurité et la souveraineté, Ibrahim Traoré a présenté la fidélité à Thomas Sankara comme une démarche qui doit se traduire dans les comportements et les politiques publiques.

Au-delà des cérémonies et des symboles, la question demeure celle de la capacité à transformer les idéaux hérités du passé en avancées durables pour les populations. La préservation de cette mémoire suppose à la fois de connaître l’histoire, d’en tirer des enseignements et de poursuivre le débat sur les voies du développement national.

Près de quarante ans après la disparition de Thomas Sankara, son nom reste ainsi associé à une ambition qui dépasse le simple devoir de mémoire : celle d’un Burkina Faso uni, capable de définir ses propres priorités et de mobiliser ses ressources pour construire son avenir.