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Afrique du Sud : Tensions avec Trump, Pretoria se prépare à une possible exclusion de l’AGOA, 125 000 emplois potentiellement menacés

L’avenir de l’Afrique du Sud au sein de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) suscite de nouvelles inquiétudes à Pretoria. Malgré le renouvellement de cet accord commercial par le Congrès américain en septembre, le maintien du pays dans ce dispositif reste incertain. Face aux tensions persistantes avec l’administration de Donald Trump, le président Cyril Ramaphosa appelle son gouvernement à anticiper les conséquences d’une éventuelle exclusion, qui pourrait fragiliser plusieurs secteurs économiques et menacer des milliers d’emplois.

Par Thomas Biakpa
Publié le 20 octobre 2026
Lecture : 6 min
Afrique du Sud : Tensions avec Trump, Pretoria se prépare à une possible exclusion de l’AGOA, 125 000 emplois potentiellement menacés

Lég : Les tensions diplomatiques entre Ramaphosa et Trump pourraient coûter à l’Afrique du Sud, une exclusion de l’AGOA/ AFP

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L’incertitude grandit autour des relations commerciales entre l’Afrique du Sud et les États-Unis. Le lundi 19 octobre, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a invité son pays à se préparer à l’éventualité d’une sortie de l’Agoa, un mécanisme qui facilite l’accès de nombreux produits africains au marché américain grâce à des préférences tarifaires.

Si le Congrès américain a renouvelé le dispositif en septembre, cette décision ne garantit pas automatiquement le maintien de tous les pays bénéficiaires. La détermination de leur éligibilité relève en dernier ressort du pouvoir exécutif américain, laissant ainsi planer un doute sur la situation de Pretoria.

Dans une récente déclaration à la presse, le chef de l’État sud-africain a souligné que son gouvernement poursuivait les discussions avec Washington, tout en reconnaissant la nécessité d’envisager un scénario défavorable. Selon lui, l’Afrique du Sud doit se préparer à une éventuelle exclusion, à l’image d’autres pays qui ont déjà perdu le bénéfice de cet accord.

Des tensions diplomatiques qui compliquent les relations bilatérales

Cette incertitude commerciale intervient dans un climat politique particulièrement tendu entre Washington et Pretoria. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les autorités américaines multiplient les critiques contre le gouvernement sud-africain, qu’elles accusent de persécuter les Afrikaners, descendants des colons européens installés dans le pays. Ces accusations, contestées et dépourvues de fondement établi selon le texte source, ont contribué à détériorer les relations entre les deux capitales.

À la mi-septembre, Washington a également annoncé des restrictions de visa visant des responsables sud-africains, illustrant le durcissement de sa position à l’égard de Pretoria.
Dans ce contexte, l’avenir de l’Agoa dépasse la seule question des échanges commerciaux. Il s’inscrit désormais dans un rapport de force diplomatique susceptible d’avoir des répercussions directes sur l’économie sud-africaine.

La politique américaine en matière d’immigration constitue un autre élément de cette relation complexe. Au 30 septembre, les États-Unis avaient accueilli 16 287 ressortissants sud-africains en un an dans le cadre d’un programme de relocalisation. À l’exception de cinq Afghans, ces Sud-Africains étaient les seules personnes à avoir obtenu le statut de réfugié de Washington dans le cadre évoqué par le texte source.

Un calendrier décisif pour l’avenir de l’Agoa

Lég : Une éventuelle exclusion de Pretoria de l’AGOA pourrait être préjudiciable à l’industrie automobile Sud-Africaine / Dabafinance

Le sort de l’Afrique du Sud pourrait se préciser dans les prochaines semaines. La réglementation américaine prévoit un réexamen annuel de l’éligibilité des pays bénéficiaires de l’Agoa par le président des États-Unis. Toute décision d’exclusion doit faire l’objet d’un préavis de 60 jours adressé au Congrès américain ainsi qu’au pays concerné.

Pour qu’une exclusion puisse prendre effet avant le 1er janvier de la nouvelle année, l’annonce doit intervenir avant le 2 novembre. Cette échéance place donc Pretoria dans une période particulièrement sensible, alors que les discussions avec Washington se poursuivent.

Le précédent américain laisse entrevoir la possibilité d’une décision rapide. Le 30 octobre 2023, l’administration du président Joe Biden avait déclaré quatre pays africains inéligibles à l’Agoa à savoir, la République centrafricaine, le Gabon, le Niger et l’Ouganda. La mesure était entrée en vigueur le 1er janvier 2024.

Cette expérience rappelle que le renouvellement général du dispositif ne protège pas nécessairement chaque bénéficiaire d’une décision individuelle d’exclusion. Pour l’Afrique du Sud, l’enjeu consiste désormais à préserver son accès préférentiel au marché américain tout en évaluant les solutions susceptibles d’atténuer les effets d’une éventuelle rupture.

L’industrie automobile et l’agriculture en première ligne

Une exclusion de l’Agoa pourrait avoir des conséquences importantes sur plusieurs branches de l’économie sud-africaine, en particulier l’industrie automobile et le secteur agricole.

L’automobile figure parmi les activités les plus exposées en raison de ses échanges avec les États-Unis et du nombre d’emplois directement ou indirectement liés aux exportations bénéficiant du dispositif. En 2025, l’organisation patronale sud-africaine de l’industrie automobile, Naamsa, estimait à 86 000 le nombre d’emplois directement associés à l’Agoa dans ce secteur. En intégrant les entreprises sous-traitantes, ce chiffre atteignait environ 125 000 emplois.

Une remise en cause de ces avantages commerciaux pourrait donc peser sur l’activité des constructeurs, fragiliser leurs fournisseurs et accentuer les difficultés des travailleurs qui dépendent de cette chaîne de production.

L’agriculture est également concernée, notamment la filière des agrumes, dont les exportations représentent un débouché important. La perte des préférences tarifaires pourrait réduire la compétitivité de certains produits sud-africains sur le marché américain, avec des répercussions possibles sur les producteurs et les entreprises exportatrices.

Il convient toutefois de distinguer les avantages accordés par l’Agoa des nouvelles surtaxes douanières instaurées par l’administration Trump. Le renouvellement de l’accord ne supprime pas ces surtaxes, mais maintient certaines exemptions tarifaires.

Une éventuelle exclusion priverait donc l’Afrique du Sud de ces avantages supplémentaires, sans que cela signifie pour autant la disparition de l’ensemble de ses échanges commerciaux avec les États-Unis.

Pretoria veut limiter sa dépendance au marché américain

Confronté à cette incertitude, Cyril Ramaphosa entend préparer le pays à différents scénarios. Le président a indiqué que son gouvernement devait désormais examiner les répercussions potentielles d’une exclusion ainsi que les autres possibilités commerciales qui pourraient s’offrir à l’Afrique du Sud.

L’objectif est double : tenter de préserver les avantages existants dans les relations avec Washington et renforcer les débouchés auprès d’autres partenaires internationaux.
Pretoria affirme ainsi vouloir continuer à développer ses relations commerciales avec différentes régions du monde.

Cette orientation pourrait permettre de réduire les risques liés à une dépendance excessive à l’égard d’un marché unique, même si la recherche de débouchés alternatifs ne suffirait pas nécessairement à compenser rapidement la perte des avantages liés à l’Agoa.

Pour le gouvernement sud-africain, l’enjeu est donc autant économique que social. Au-delà des chiffres du commerce extérieur, une éventuelle exclusion pourrait affecter les revenus des entreprises, la stabilité des filières exportatrices et les moyens de subsistance de nombreux travailleurs.

Alors que l’échéance du 2 novembre approche, l’Afrique du Sud reste dans l’attente d’une décision américaine susceptible de redéfinir une partie de ses relations commerciales avec les États-Unis. Entre négociations diplomatiques, protection des emplois et diversification des marchés, Pretoria doit désormais se préparer à une éventualité que Cyril Ramaphosa considère comme suffisamment sérieuse pour ne pas être ignorée.