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Zambie : la BAD chiffre à 5,4 milliards de dollars par an le financement manquant pour la transformation économique

Dans une présentation publiée le 23 octobre 2026, la Banque africaine de développement estime à 6,9 milliards de dollars les besoins annuels de financement de la transformation structurelle zambienne d’ici à 2030. Environ 5,4 milliards resteraient à mobiliser chaque année. Il s’agit d’une estimation de besoins, et non d’un emprunt déjà contracté ou d’une dette exigible.

Par la Rédaction
Publié le 27 octobre 2026
Lecture : 5 min
Zambie : la BAD chiffre à 5,4 milliards de dollars par an le financement manquant pour la transformation économique

La Banque africaine de développement estime à 5,4 milliards de dollars par an le déficit de financement nécessaire à la transformation économique de la Zambie d’ici à 2030.

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Un écart de financement qui dépasse les recettes publiques

La Zambie peut afficher des perspectives de croissance plus favorables tout en manquant de capitaux pour transformer durablement son économie. C’est le diagnostic mis en avant par la Banque africaine de développement (BAD) dans sa communication du 23 octobre sur le Rapport pays 2026. Pour financer les infrastructures, la diversification productive et les investissements nécessaires d’ici à 2030, le pays aurait besoin d’environ 6,9 milliards de dollars par an. La Banque évalue à 5,4 milliards de dollars la part annuelle qui reste à trouver.

Ce chiffre appelle une lecture précise. Il ne représente ni un déficit budgétaire annuel constaté, ni une échéance de remboursement, ni le montant d’un financement que la BAD aurait promis de décaisser. Il s’agit d’un écart estimé entre les ressources nécessaires à la transformation structurelle et les moyens de financement disponibles ou anticipés. La comparaison avec les entrées moyennes de capitaux de 379 millions de dollars sur la période 2020-2024, citée par la Banque, illustre l’ampleur de l’effort, même si les périmètres de ces deux indicateurs ne sont pas strictement identiques.

La présentation du rapport à Lusaka a réuni plus d’une centaine de représentants du gouvernement, d’entreprises, de partenaires financiers, de missions diplomatiques et du monde universitaire. Cette diversité traduit la nature du problème : aucun guichet public ou privé ne peut, isolément, apporter les volumes et les maturités de capitaux nécessaires. Le défi est autant de construire des projets finançables que de trouver des investisseurs prêts à s’engager sur la durée.

L’épargne nationale ne suffira pas sans nouveaux instruments

La BAD souligne que les ressources intérieures couvrent environ 81 % du budget national de 2025. Cette proportion témoigne d’une mobilisation budgétaire importante, mais ne signifie pas que 81 % des besoins d’investissement de long terme sont satisfaits. Un budget peut financer les dépenses courantes de l’État tout en laissant insuffisamment de place à la construction d’infrastructures ou au soutien de filières industrielles.

Pour élargir l’assiette financière, le rapport recommande notamment de simplifier les procédures fiscales, de numériser l’administration et d’améliorer le respect des obligations déclaratives. L’objectif est d’accroître la prévisibilité des recettes sans étouffer les entreprises formelles. La BAD encourage aussi le développement d’instruments de marché : obligations municipales, vertes, sociales ou liées à des objectifs de durabilité, dans le cadre du plan directeur des marchés de capitaux.

Les fonds de pension et les investisseurs institutionnels sont présentés comme des sources possibles de ressources longues. Leur mobilisation suppose toutefois des projets identifiables, des informations financières fiables et des règles de protection de l’épargne. Émettre un titre labellisé « vert » ne suffit pas : les investisseurs doivent pouvoir vérifier l’utilisation des fonds, les risques et les résultats obtenus. Une ouverture trop rapide sans surveillance adéquate pourrait déplacer des risques vers les épargnants ou les finances publiques.

Mines, agriculture et infrastructures : la question de la valeur ajoutée

Les infrastructures énergétiques et de transport figurent parmi les investissements nécessaires pour renforcer les capacités productives et soutenir la diversification de l’économie zambienne.

La BAD plaide pour orienter les financements vers la valorisation locale des ressources naturelles, l’agro-industrie, les infrastructures résistantes aux aléas climatiques et les activités créatrices d’emplois. La Zambie possède une base minière majeure, mais l’enjeu économique ne se limite pas à exporter davantage de matières premières. Il consiste aussi à développer des fournisseurs locaux, des compétences techniques, des services logistiques et des activités de transformation capables de diffuser les gains de productivité dans d’autres secteurs.

L’agriculture et la transformation alimentaire peuvent jouer un rôle complémentaire, à condition que les investissements couvrent les besoins de stockage, d’énergie, d’irrigation et de transport. Des infrastructures fiables peuvent réduire les pertes et faciliter l’accès des producteurs aux marchés. Les projets doivent cependant résister aux chocs climatiques et à la volatilité des prix des matières premières, deux facteurs qui peuvent fragiliser les recettes et les prévisions de rentabilité.

Le pays dispose d’un cadre renouvelé pour les partenariats public-privé depuis la loi de 2023. Selon la Banque, il peut accueillir des opérations de petite et moyenne taille, y compris au niveau local. Mais un partenariat ne crée pas automatiquement de ressources nouvelles : l’État doit identifier les garanties consenties, les engagements futurs et les coûts que les usagers pourront réellement supporter. Le recours aux institutions multilatérales pour réduire certains risques peut attirer des capitaux privés, à condition que les projets restent économiquement crédibles.

Des chiffres de croissance à interpréter avec prudence

La communication de la BAD du 23 octobre mentionne une croissance du produit intérieur brut de 5,2 % en 2025, contre 3,8 % en 2024. Une analyse publiée en septembre, s’appuyant sur une note du Rapport pays, relève toutefois qu’une estimation de 2025 aurait été révisée par les autorités à 3,8 % en mars 2026. Cette divergence documentaire invite à ne pas traiter le taux de 5,2 % comme une donnée définitivement stabilisée sans rapprochement avec la dernière série statistique officielle. Elle ne modifie pas, à elle seule, la nature du déficit de financement estimé par la Banque.

Le véritable test des prochaines années sera la transformation de ressources financières en actifs productifs : réseaux électriques fiables, capacités industrielles, entreprises compétitives et emplois durables. Le gouvernement, qui a exprimé son accord avec les orientations du rapport, devra arbitrer entre mobilisation fiscale, endettement prudent et attractivité de l’investissement. Les 5,4 milliards de dollars ne constituent pas une facture à payer immédiatement ; ils résument l’écart que la Zambie devra réduire, année après année, pour convertir son potentiel économique en développement mesurable.