Chargement des indices boursiers africains...
Nom de votre média

Tunisie : 150 millions de dinars mobilisés pour soutenir les achats d’huile d’olive de la campagne 2026-2027

Le gouvernement tunisien a annoncé le 23 octobre un dispositif de soutien à la filière oléicole, combinant 150 millions de dinars de financement bancaire pour l’Office national de l’huile, 20 millions de crédits destinés aux petits agriculteurs et un programme de stockage pouvant atteindre 60 000 tonnes. Les mesures visent à mieux organiser la commercialisation d’une production stratégique.

Par la Rédaction
Publié le 30 octobre 2026
Lecture : 5 min
Tunisie : 150 millions de dinars mobilisés pour soutenir les achats d’huile d’olive de la campagne 2026-2027

La Tunisie prépare la campagne oléicole 2026-2027 avec un dispositif de financement destiné à soutenir les achats d’huile d’olive et les producteurs.

Publicité

Format Pavé

300 x 250 px

Un dispositif pour sécuriser la commercialisation

La Tunisie prépare sa nouvelle campagne oléicole avec un ensemble de mesures financières et logistiques annoncées vendredi 23 octobre 2026. Réuni à la Kasbah sous la présidence de la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri, un conseil ministériel restreint a décidé de soutenir l’Office national de l’huile (ONH) au moyen d’une enveloppe de 150 millions de dinars, mobilisée auprès des banques publiques et privées. L’objectif est de permettre à l’établissement d’acheter de l’huile d’olive auprès des producteurs et de jouer un rôle de régulation sur le marché.

Cette annonce doit être comprise pour ce qu’elle est : un mécanisme de financement destiné à soutenir les opérations d’achat de la campagne 2026-2027, et non une subvention déjà versée à l’ensemble des agriculteurs. La mobilisation des crédits, les volumes réellement acquis et les conditions de paiement détermineront l’effet du dispositif sur la trésorerie des exploitants. Dans une filière où les revenus dépendent fortement des cours et des possibilités de stockage, la rapidité des interventions peut compter autant que les montants annoncés.

Les petits agriculteurs sont également visés par une ligne de crédits avantageux de 20 millions de dinars, distribuée par l’intermédiaire de la Banque tunisienne de solidarité. Le gouvernement annonce une priorité pour ces exploitants dans les aides à l’acquisition d’équipements de récolte mécanisée. La combinaison de prêts et de soutien à la modernisation doit faciliter la campagne, mais elle pose aussi la question de l’accès effectif des petits producteurs aux guichets bancaires.

Stocker davantage pour limiter les ventes contraintes

Les capacités de stockage doivent permettre à la filière tunisienne de mieux étaler la commercialisation de l’huile d’olive et de limiter les ventes précipitées.

Le second volet porte sur la capacité à étaler les ventes. L’ONH pourrait mettre en œuvre, selon les besoins, un programme de stockage allant jusqu’à 60 000 tonnes d’huile d’olive pendant trois mois chez les opérateurs du secteur. Des primes de stockage sont prévues, pour une enveloppe plafonnée à 20 millions de dinars. Il ne s’agit pas d’une quantité déjà stockée, mais d’un volume maximal envisagé dans le cadre du dispositif annoncé.

Le gouvernement précise que les capacités propres de l’Office ont été portées à 100 000 tonnes, contre 90 000 tonnes lors de la campagne précédente, grâce à des opérations de réhabilitation et d’entretien. À ces installations s’ajoutent les capacités des huileries et des entreprises exportatrices, estimées à plus de 400 000 tonnes. Cette infrastructure constitue un levier essentiel pour éviter que les producteurs ne soient contraints de vendre immédiatement après la récolte, lorsque l’offre arrive massivement sur le marché.

La stratégie comporte aussi un volet législatif. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit un compte spécial du Trésor consacré à la filière et une ligne de financement de 100 millions de dinars sur la période 2027-2030, destinée à des crédits saisonniers et d’investissement par l’intermédiaire de la Banque nationale agricole. Ces instruments restent liés à l’adoption du texte budgétaire et à leur mise en place opérationnelle. Ils ne doivent pas être additionnés aux financements annoncés pour 2026 comme s’il s’agissait d’une dépense déjà exécutée.

Une filière exportatrice aux volumes élevés

La filière oléicole conserve un poids important dans les exportations agricoles tunisiennes et dans les revenus des territoires ruraux. Selon les chiffres présentés au conseil ministériel, la production nationale a atteint 500 000 tonnes pendant la campagne 2025-2026, contre une moyenne de 303 000 tonnes au cours des cinq campagnes précédentes. Les autorités ont également fait état de 399 000 tonnes exportées à fin septembre 2026, avec une projection de 415 000 tonnes sur l’ensemble de la campagne.

Ces données doivent être distinguées : la production annoncée porte sur une campagne agricole, les exportations sur un cumul à une date précise et le total de 415 000 tonnes constitue une prévision. Les variations d’une période à l’autre ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une hausse équivalente des revenus, qui dépendent aussi des prix internationaux, de la qualité, des coûts de conditionnement et des contrats de vente.

Le gouvernement souhaite doubler les volumes d’huile d’olive conditionnée et biologique destinés à l’exportation. Cette orientation vise à conserver davantage de valeur ajoutée dans le pays plutôt qu’à exporter principalement en vrac. Sa réussite dépendra de l’accès aux marchés, de la reconnaissance des marques, des normes de qualité et des capacités commerciales des entreprises. Les autorités envisagent notamment d’adapter les primes à l’exportation à certains formats de conditionnement.

Financement, formation et demande intérieure

Au-delà des achats et du stockage, les banques doivent être sollicitées pour faciliter les financements de récolte, de transformation et de commercialisation, ainsi que le rééchelonnement de certaines dettes agricoles. Des programmes de formation sont annoncés pour les techniciens, les exploitants et les responsables d’huileries, notamment sur la mécanisation, la qualité et les techniques modernes de production.

L’ONH doit également contribuer à l’approvisionnement intérieur en huile d’olive conditionnée à des prix tenant compte des coûts de production et du pouvoir d’achat. Les hôtels et les restaurants seront encouragés à privilégier les produits tunisiens sous marque. Le gouvernement cherche ainsi à agir simultanément sur la trésorerie des producteurs, la capacité de stockage, la compétitivité à l’exportation et la consommation nationale.

L’efficacité de ces mesures devra être évaluée au fil de la campagne : crédits effectivement distribués, volumes achetés par l’ONH, quantités stockées et évolution des prix payés aux producteurs. La décision du 23 octobre marque une mobilisation publique importante, mais les résultats économiques ne pourront être constatés qu’à partir de l’exécution de ces différents mécanismes.