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Sénégal : Bras de fer entre le gouvernement et le Parlement autour du budget 2026, le Premier ministre mise sur un compromis avec le PASTEF

Le rejet en commission du budget rectificatif 2026 place le gouvernement sénégalais face à un défi politique et économique majeur. À l’approche du vote à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo appelle au dialogue avec le PASTEF pour trouver un compromis, sur fond d’endettement élevé et d’incertitudes autour du soutien financier du FMI.

Par Thomas Biakpa
Publié le 26 octobre 2026
Lecture : 6 min
Sénégal : Bras de fer entre le gouvernement et le Parlement autour du budget 2026, le Premier ministre mise sur un compromis avec le PASTEF

Le Premier ministre sénégalais Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo / Primature Sénégal

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Le Sénégal traverse une nouvelle zone de turbulences politiques et financières. Alors que les autorités cherchent à assainir les finances publiques dans un contexte d’endettement préoccupant, le rejet en commission parlementaire du projet de loi de finances rectificative pour 2026 vient compliquer davantage la tâche du gouvernement. Face à cette impasse, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo privilégie désormais la concertation avec le Pastef, le parti au pouvoir, dans l’espoir de parvenir à un compromis avant l’examen du texte en séance plénière.

Lors d’une conférence de presse organisée dimanche à Dakar, le chef du gouvernement a invité les responsables du parti, notamment son leader Ousmane Sonko, à formuler des propositions concrètes susceptibles de permettre une sortie de crise. Pour lui, les divergences politiques ne doivent pas compromettre les intérêts de la population ni entraver les efforts engagés pour redresser la situation économique du pays.

« Présentez vos amendements, ne punissez pas le peuple », a-t-il déclaré, exprimant sa volonté de voir les différentes parties dépasser leurs désaccords afin de trouver un terrain d’entente. Malgré les difficultés rencontrées, le Premier ministre s’est montré optimiste quant à la possibilité d’un rapprochement avant le vote prévu mardi à l’Assemblée nationale.

Un rendez-vous parlementaire décisif pour les finances publiques

Le sort du budget rectificatif constitue désormais un enjeu majeur pour l’exécutif sénégalais. Rejeté la semaine précédente par la commission des finances à l’initiative de députés du Pastef, le projet doit encore franchir l’étape de l’examen en plénière. Cette situation est d’autant plus délicate que le parti dispose d’une majorité de 130 sièges sur les 165 que compte l’Assemblée nationale.

Ce rapport de force donne une importance particulière aux discussions engagées autour du texte. Sans un accord entre les différentes sensibilités au sein de la majorité, le gouvernement risque de rencontrer des difficultés pour faire adopter les ajustements budgétaires qu’il juge nécessaires.

De son côté, le Pastef justifie ses réserves par plusieurs insuffisances qu’il estime présentes dans le projet. Dans un communiqué publié vendredi, la formation politique a notamment évoqué des désaccords concernant les orientations budgétaires retenues, les mécanismes de financement envisagés ainsi que les garanties fournies aux parlementaires.

Le parti conteste ainsi certains aspects du dispositif proposé, tout en laissant la porte ouverte à des négociations avant le vote définitif. Cette ouverture pourrait offrir une possibilité de dénouement, à condition que les discussions permettent de répondre aux préoccupations soulevées.

Le poids de la dette complique l’équation économique

Les relations tendues entre Diomaye et Sonko seraient à l’origine du rejet par les députés PASTEF du projet de loi de finances rectificative pour 2026/ senego.com

Au-delà de la bataille parlementaire, le gouvernement doit faire face à une situation financière particulièrement sensible. La dette publique du Sénégal était estimée à 132 % du produit intérieur brut à la fin de l’année 2024, un niveau qui souligne l’ampleur des défis auxquels les autorités sont confrontées.

Dans ces conditions, la maîtrise des dépenses publiques, la recherche de ressources financières et la restauration de la confiance des partenaires économiques constituent des priorités pour l’État.

L’adoption du budget rectificatif intervient donc à un moment où les décisions prises par les pouvoirs publics peuvent avoir des conséquences importantes sur la trajectoire économique du pays.

Les négociations avec le Fonds monétaire international occupent également une place centrale dans cette équation. Le mois dernier, l’institution financière a annoncé être parvenue à un accord préliminaire portant sur un programme d’aide de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Toutefois, cet engagement n’a pas encore reçu son approbation définitive et demeure conditionné au respect de plusieurs exigences.

L’incertitude entourant ce financement renforce les enjeux du débat budgétaire. Pour Dakar, il s’agit non seulement de définir des orientations financières crédibles, mais aussi de démontrer sa capacité à engager les réformes nécessaires à la stabilisation de ses comptes publics.

Dans ce contexte, les divergences entre le gouvernement et les députés du Pastef pourraient peser sur le calendrier des décisions économiques. Un compromis parlementaire permettrait de réduire les incertitudes, tandis qu’un blocage prolongé risquerait de compliquer davantage la conduite de la politique budgétaire.

Sonko et Diomaye Faye, des relations sous pression

La crise budgétaire se déroule également sur fond de tensions politiques entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye. Autrefois alliés, les deux hommes connaissent des relations devenues plus difficiles, notamment en raison de divergences liées à la gestion de la dette et aux choix économiques du pays.

Le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, en mai, constitue un autre élément de ce contexte politique tendu. Cette évolution a contribué à mettre en lumière les difficultés qui traversent les rapports entre les principales figures du pouvoir.

Si le désaccord actuel porte officiellement sur les choix budgétaires et leurs modalités de financement, son issue sera également observée à travers le prisme des rapports de force politiques. La capacité des institutions à surmonter leurs divergences sera déterminante pour éviter que les rivalités internes ne prennent le pas sur les impératifs économiques.

Conscient de la sensibilité de la situation, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo a tenu à relativiser l’ampleur des divisions. « Nous ne sommes pas des ennemis. Nous ne sommes pas des adversaires », a-t-il affirmé, plaidant pour une reprise du dialogue entre les différentes composantes de l’État.

Le Premier ministre a néanmoins prévenu que l’exécutif pourrait envisager les dispositions prévues par la Constitution si le blocage venait à se prolonger. Cette déclaration traduit la volonté du gouvernement de privilégier la négociation, sans pour autant exclure d’autres options institutionnelles.

Un compromis attendu avant le vote

À l’approche de l’examen du texte par l’Assemblée nationale, les prochaines heures s’annoncent déterminantes pour le gouvernement sénégalais. L’enjeu dépasse désormais la seule adoption d’un document budgétaire. Il concerne également la cohésion de la majorité parlementaire, la crédibilité des engagements économiques de l’État et la capacité des dirigeants à gérer leurs différends.

L’ouverture affichée par le Pastef et l’appel à la concertation lancé par le Premier ministre laissent entrevoir une possibilité de rapprochement. Encore faudra-t-il que les échanges aboutissent à des modifications ou à des garanties suffisamment convaincantes pour lever les objections formulées contre le projet.