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Brésil : Lula renverse la tendance et remporte une présidentielle marquée par de fortes tensions

Donné en difficulté après le premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva a finalement remporté la présidentielle brésilienne du dimanche 25 octobre. Avec 51,8 % des suffrages, le président sortant devance de justesse Flavio Bolsonaro, qui refuse d’accepter le verdict des urnes et envisage de contester la validité du scrutin.

Par Thomas Biakpa
Publié le 26 octobre 2026
Lecture : 6 min
Brésil : Lula renverse la tendance et remporte une présidentielle marquée par de fortes tensions

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva réélu pour un nouveau mandat à l’issue d’une présidentielle serrée / VNA/CVN

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Le suspense aura duré jusqu’aux dernières étapes du dépouillement. Au terme d’une campagne particulièrement disputée, Luiz Inácio Lula da Silva conserve la présidence du Brésil et s’apprête à entamer un quatrième mandat. Une performance qui déjoue les prévisions formulées avant le second tour.

Le chef de l’État, âgé de 80 ans et qui célébrera ses 81 ans mardi, recueille environ 51,8 % des voix, contre 48,2 % pour son adversaire conservateur Flavio Bolsonaro. Ce résultat confirme la capacité du dirigeant de gauche à mobiliser son électorat malgré un rapport de force qui lui était initialement défavorable.

Le 4 octobre, lors du premier tour, Lula avait en effet été devancé par le fils de Jair Bolsonaro, président d’extrême droite qui a dirigé le pays entre 2019 et 2023. Ce dernier a été condamné à vingt-sept ans de prison pour avoir tenté de se maintenir au pouvoir après sa défaite lors de la présidentielle de 2022.

Un résultat qui maintient le Brésil dans le camp progressiste

La victoire de Lula intervient dans un contexte régional marqué par la progression des forces conservatrices. Plusieurs pays d’Amérique latine, notamment l’Argentine, le Chili et la Colombie, ont récemment connu des évolutions politiques favorables à la droite, dont certains candidats ont bénéficié du soutien de Donald Trump.

Le maintien de Lula à la tête du Brésil constitue donc un revers pour cette dynamique conservatrice et permet au pays de conserver son orientation politique actuelle.
S’exprimant depuis São Paulo après l’annonce des résultats, le président réélu a attribué son succès à la mobilisation des citoyens en faveur des institutions démocratiques.

Selon lui, son camp a réussi à convaincre les électeurs de l’importance de leur participation pour préserver la démocratie brésilienne.
Cette victoire ne signifie toutefois pas que Lula disposera d’une majorité politique confortable. Les élections législatives du 4 octobre ont été marquées par une forte progression des conservateurs, une configuration susceptible de compliquer l’action du gouvernement durant les prochaines années.

Flavio Bolsonaro rejette les résultats

La défaite du candidat conservateur a rapidement donné lieu à une contestation politique. Depuis Brasilia, Flavio Bolsonaro a vivement critiqué le déroulement du scrutin, évoquant des irrégularités qu’il juge suffisamment graves pour remettre en cause sa légitimité.

Dénonçant ce qu’il considère comme une manœuvre inacceptable, il a affirmé ne pas pouvoir reconnaître les résultats en l’état. Il entend notamment demander l’annulation de l’élection, estimant que plusieurs éléments de la journée électorale nécessitent des explications.

Cette réaction intervient après une décision exceptionnelle du Tribunal suprême fédéral, qui a prolongé de deux heures la durée du vote sur l’ensemble du territoire.
Les deux camps avaient soulevé des difficultés susceptibles, selon eux, d’affecter les conditions de participation des électeurs.

L’équipe de Lula avait saisi la justice, affirmant que la suppression de certaines lignes de bus empêchait des citoyens de rejoindre les bureaux de vote, notamment dans le Nordeste, région traditionnellement favorable au président sortant.

De son côté, Flavio Bolsonaro avait également demandé un prolongement des horaires de vote, invoquant les conditions météorologiques défavorables dans certaines zones.
La décision judiciaire a ainsi placé les modalités d’organisation du scrutin au cœur des dernières heures de cette élection déjà très disputée. La contestation annoncée par le candidat conservateur pourrait désormais prolonger les tensions politiques dans le pays.

Une victoire inédite depuis la fin de la dictature

Le président élu du Brésil Lula célébrant sa victoire à la présidentielle /AFP

Au-delà du résultat, le succès de Lula présente un caractère historique. Depuis la fin du régime militaire, qui a gouverné le Brésil de 1964 à 1985, aucun candidat n’avait réussi à combler son retard du premier tour pour finalement s’imposer au second.

L’annonce de sa réélection a provoqué des scènes de liesse dans plusieurs grandes villes du pays. À São Paulo, des sympathisants se sont rassemblés sur l’avenue Paulista, tandis que des célébrations ont également eu lieu dans le centre de Rio de Janeiro, où des feux d’artifice ont illuminé le ciel.

Pour de nombreux partisans du président, cette victoire dépasse le simple affrontement électoral. Elle représente la confirmation d’un choix politique et d’une mobilisation collective face à une opposition conservatrice déterminée à reprendre le pouvoir.

Lula lui-même a manifesté sa joie dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, dans laquelle il apparaît en train de sauter de bonheur.

Un parcours politique hors du commun

Cette nouvelle victoire vient couronner une carrière marquée par de nombreux rebondissements. Né dans une famille pauvre de l’État du Pernambouc, dans le Nordeste, Lula s’est progressivement imposé comme l’une des figures majeures de la politique brésilienne.

Il avait déjà dirigé le pays de 2003 à 2010, à l’occasion de ses deux premiers mandats présidentiels. Avec ce nouveau succès, il renforce son record de longévité au pouvoir parmi les présidents démocratiquement élus du Brésil.

Son parcours n’a pourtant pas été exempt de crises. Le Parti des travailleurs, auquel il appartient, a vu sa réputation fragilisée par plusieurs scandales de corruption à partir des années 2000. Lula a lui-même été condamné dans une affaire de corruption et a passé 580 jours en détention entre 2018 et 2019.

Sa condamnation a ensuite été annulée pour des motifs de procédure, ouvrant la voie à son retour sur le devant de la scène politique nationale.
Le nouveau mandat qui s’annonce représente un défi supplémentaire pour le dirigeant, qui aura 85 ans à son terme, en 2030. Il aura alors passé seize années à la tête de l’État brésilien, en cumulant ses trois périodes de présidence.

Les réseaux sociaux dans le viseur du pouvoir

La campagne électorale a également été marquée par les tensions entre le camp de Lula et les grandes entreprises technologiques américaines.
Durant les dernières semaines précédant le vote, les proches du président ont accusé Meta, propriétaire de Facebook, WhatsApp et Instagram, d’intervenir dans le débat politique brésilien et de favoriser Flavio Bolsonaro sur ses différentes plateformes.

Ces accusations ont placé la question de l’influence des réseaux sociaux au centre des critiques formulées par la gauche. Meta a rejeté toute partialité politique, tout en reconnaissant l’existence de problèmes techniques qui auraient affecté la campagne de ce camp sur ses services.

Dans la soirée de sa réélection, Lula a renouvelé son engagement en faveur d’une réglementation des réseaux sociaux. Cette promesse annonce de possibles confrontations entre son administration et les grandes plateformes numériques, dans un contexte où la circulation de l’information et l’influence des entreprises technologiques occupent une place croissante dans les processus électoraux.

Un quatrième mandat sous le signe des défis

Si Lula a réussi à cnserver la présidence malgré son retard initial et une opposition particulièrement mobilisée, les prochaines années s’annoncent complexes.
Le président devra composer avec un Parlement davantage acquis aux conservateurs, une société profondément divisée et une contestation électorale susceptible d’alimenter les tensions politiques.

Sa réélection représente néanmoins une victoire majeure pour la gauche brésilienne. Elle démontre qu’en dépit d’un contexte défavorable et d’une campagne serrée, le président est parvenu à réunir suffisamment de soutiens pour prolonger son expérience du pouvoir.

Reste désormais à transformer ce succès électoral en capacité de gouverner, alors que la question de la stabilité institutionnelle et celle de la régulation du numérique s’imposent déjà parmi les principaux enjeux de son nouveau mandat.