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Niger-Tchad : Après les accusations d’un officier nigérien, le message énigmatique de Mahamat Idriss Déby

Quelques heures après les accusations d’un officier nigérien évoquant une possible implication d’acteurs tchadiens dans les affrontements de la base 101 à Niamey, le président Mahamat Idriss Déby Itno a publié un verset coranique appelant à distinguer « le faux » de « la vérité ». Sans répondre directement aux déclarations, ce message intervient dans un contexte de rapprochement entre le Niger et le Tchad

Par Thomas Biakpa
Publié le 2 septembre 2026
Lecture : 4 min
Niger-Tchad : Après les accusations d’un officier nigérien, le message énigmatique de Mahamat Idriss Déby

Mahamat Idriss Déby a réagi indirectement aux accusations visant des officiers tchadiens dans la mutinerie à Niamey/X.com

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Sans évoquer directement le Niger ni répondre explicitement aux accusations formulées à la télévision nationale nigérienne, Mahamat Idriss Déby Itno a publié le verset 42 de la sourate Al-Baqara : « Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité. » Le président tchadien a conclu son message par une formule également tirée du registre religieux : « Allah le Majestueux a dit la vérité. »

Cette publication, en apparence générale, intervient néanmoins à un moment qui lui donne une résonance particulière.

Le témoignage d’un officier nigérien au cœur des interrogations

Quelques heures avant le message présidentiel tchadien, la télévision nationale nigérienne avait diffusé le témoignage du capitaine Roger Gabriel au sujet des affrontements survenus dans la nuit du 28 au 29 août à la base aérienne 101 de Niamey.

L’officier affirme ne pas avoir participé aux combats. Selon son récit, il aurait cependant été sollicité par plusieurs militaires au moment où des éléments du BSR-COS affrontaient la Garde présidentielle.

Le capitaine Roger Gabriel affirme également avoir reçu l’appel d’un officier tchadien qu’il présente sous le nom de colonel Hassan Adoum. D’après son témoignage, ce dernier lui aurait indiqué qu’une opération préparée depuis le Tchad devait être mise en place, afin de venir en soutien aux militaires ayant pris la base 101.

Toujours selon le récit de l’officier nigérien, cette opération aurait impliqué des autorités ainsi que des forces spéciales tchadiennes.

Ces déclarations constituent toutefois, à ce stade, un témoignage et non l’établissement officiel des faits. Aucune confirmation indépendante des éléments avancés par le capitaine n’est mentionnée dans les informations disponibles. De même, le gouvernement tchadien n’avait, au moment de la publication du message présidentiel, diffusé aucun communiqué officiel venant préciser ou réfuter ces accusations.

Un silence officiel qui laisse place aux interprétations

Dans un témoignage à la télévision nationale nigérienne, le capitaine Roger Gabriel a déclaré avoir été contacté depuis le Tchad et avoir été exhorté à soutenir la mutinerie/ BBC News

C’est précisément l’absence de référence directe au dossier qui rend la publication de Mahamat Idriss Déby particulièrement commentée.

Le président tchadien ne cite ni le Niger, ni le capitaine Roger Gabriel, ni l’officier présenté comme le colonel Hassan Adoum. Il ne fait pas non plus mention de la base aérienne 101 ou des affrontements de Niamey.

Son choix de publier un verset consacré à la distinction entre le vrai et le faux, immédiatement après la diffusion d’accusations mettant en cause des acteurs tchadiens, peut donc être perçu comme une réponse indirecte. Mais rien, dans le message lui-même, ne permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une réaction aux déclarations de l’officier nigérien.

La prudence reste d’autant plus nécessaire que les relations entre N’Djamena et Niamey se sont récemment inscrites dans une dynamique de rapprochement.

Niamey et N’Djamena affichent pourtant une volonté de coopération

La portée politique de cette séquence tient aussi au contexte régional. Le Tchad et le Niger avaient, ces dernières années, multiplié les signes de rapprochement, notamment sur les questions sécuritaires et économiques.

En août 2025, Mahamat Idriss Déby Itno s’était rendu à Niamey pour une visite de travail et d’amitié de 48 heures, à l’invitation du général Abdourahamane Tiani. À cette occasion, les deux dirigeants avaient affiché leur volonté de renforcer la coopération entre leurs pays.

Le communiqué conjoint adopté à l’issue de la rencontre prévoyait notamment une intensification de la coopération dans les domaines sécuritaire, économique et énergétique. Les deux États avaient également réaffirmé leur attachement aux accords relatifs à la circulation et au séjour de leurs ressortissants.

N’Djamena avait par ailleurs annoncé son intention d’ouvrir un consulat général à Diffa, signe supplémentaire de la volonté affichée de consolider les relations bilatérales.

Sur le terrain sécuritaire, les deux pays avaient également réaffirmé leur soutien mutuel dans la lutte contre les groupes armés actifs dans la région du lac Tchad.

Une publication qui intervient dans un moment délicat

Dans ce contexte, les accusations formulées par le capitaine Roger Gabriel sont susceptibles de prendre une dimension diplomatique plus importante. Elles touchent en effet à un sujet particulièrement sensible, à savoir une éventuelle implication extérieure dans une crise militaire survenue au Niger.