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Guinée-Bissau : Le général Horta Inta écarte plusieurs proches d’Embaló du gouvernement et de l’administration

En Guinée-Bissau, la transition militaire durcit son emprise sur l’appareil d’État. Le général Horta Inta-A a limogé deux ministres considérés comme proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, dans un contexte de fortes tensions politiques et à l’approche de la présidentielle annoncée pour décembre 2026.

Par Thomas Biakpa
Publié le 7 octobre 2026
Lecture : 5 min
Guinée-Bissau : Le général Horta Inta écarte plusieurs proches d’Embaló du gouvernement et de l’administration

Plusieurs proches de l’ex-président bissau-guinéen ont été limogés du gouvernement et de l’administration/ AFP

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La transition militaire en Guinée-Bissau poursuit sa reprise en main des institutions. Le général Horta Inta-A, à la tête du pouvoir de transition depuis le renversement d’Umaro Sissoco Embaló en novembre 2025, vient de procéder à de nouvelles évictions visant plusieurs personnalités considérées comme proches de l’ancien président.

Cette nouvelle série de changements intervient dans une atmosphère politique particulièrement tendue, marquée par les ambitions de retour d’Umaro Sissoco Embaló et par la volonté affichée des autorités militaires de conserver le contrôle du processus de transition jusqu’aux prochaines échéances électorales.

Deux ministres écartés du gouvernement

Le général Horta Inta-A a décidé de mettre fin aux fonctions de deux membres du gouvernement. Il s’agit du ministre de l’Intérieur et de l’Ordre public, Mamasaliu Embaló, ainsi que la ministre de la Pêche et de l’Économie maritime, Virgínia Maria da Cruz Godinho Pires Correia.

La décision a été officialisée par le décret présidentiel n°22/2026, signé le 6 octobre à Bissau. Les deux limogeages prennent effet immédiatement. La Présidence n’a toutefois pas communiqué de motifs précis pour justifier ces départs.

Le départ de Mamasaliu Embaló revêt une portée particulière dans le contexte actuel. Son nom, comme celui d’autres responsables écartés, est associé à l’ancien pouvoir d’Umaro Sissoco Embaló, dont la transition militaire cherche désormais à réduire l’influence au sein de l’appareil d’État.

Une reprise en main de l’appareil d’État

Ces changements ne semblent pas constituer de simples remaniements administratifs. Ils interviennent alors que les autorités de transition procèdent progressivement à une réorganisation des institutions et à une redistribution des responsabilités au sein de l’administration publique.

Depuis son arrivée au pouvoir, le général Horta Inta-A s’est engagé dans une phase de restructuration destinée, selon les autorités, à assurer la stabilité du pays et à préparer la prochaine étape politique.

Cette dynamique intervient alors que la junte poursuit également ses opérations visant les réseaux et les moyens militaires susceptibles d’être liés à l’ancien président. Le 6 octobre, les autorités militaires ont notamment annoncé la saisie d’armes découvertes dans des conteneurs et des habitations à Bissau. Ces armes seraient, selon la junte, liées à des éléments armés proches d’Embaló.

Embaló toujours au centre des tensions

L’ancien président demeure au cœur de la crise politique bissau-guinéenne. Renversé par l’armée en novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló vit depuis en exil au Maroc, mais continue de revendiquer une place dans la vie politique de son pays.

Fin septembre, il avait annoncé son intention de revenir en Guinée-Bissau et de participer à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre 2026. Il avait également annoncé son retour pour le 4 octobre.

Mais les autorités militaires ont catégoriquement refusé son retour, invoquant des considérations liées à la sécurité nationale et au maintien de l’ordre public. Le Haut commandement militaire a estimé que les conditions nécessaires à son retour n’étaient pas réunies.

Cette interdiction illustre la profonde méfiance qui persiste entre l’ancien chef de l’État et les nouvelles autorités de transition.

La transition se durcit face aux réseaux de l’ancien pouvoir

Le général Horta N’Tam, chef de la transition et du Haut commandement / AFP

La mise à l’écart de responsables proches d’Embaló intervient donc dans un environnement où les militaires semblent vouloir verrouiller progressivement les leviers institutionnels et sécuritaires du pays.

Quelques jours auparavant, des rumeurs avaient déjà fait état de tensions au sein de la garde présidentielle. Les autorités avaient appelé la population au calme, alors que le contexte politique était déjà fragilisé par l’annonce du retour d’Embaló et par les incertitudes entourant la transition.

Le pouvoir militaire paraît ainsi déterminé à empêcher que les réseaux de l’ancien président ne puissent retrouver une influence significative dans les institutions avant les prochaines élections.

Cette politique pourrait toutefois accentuer les tensions avec les forces politiques favorables à un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Le 5 octobre, vingt-quatre personnalités politiques et militantes du Sénégal, du Cap-Vert et de Guinée-Bissau avaient d’ailleurs appelé la CEDEAO à renforcer son action en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel dans le pays.

Vers une nouvelle recomposition politique

À quelques mois des élections annoncées pour décembre, la Guinée-Bissau entre dans une phase décisive. Les changements opérés par Horta Inta-A traduisent une volonté de consolider l’autorité de la transition et de remodeler l’administration autour de nouvelles figures.
Le véritable enjeu dépasse désormais le simple départ de deux ministres. Il concerne l’équilibre des forces politiques et sécuritaires qui déterminera la capacité du pays à organiser une transition vers un pouvoir civil dans un climat apaisé.

Alors qu’Umaro Sissoco Embaló entend revenir sur la scène politique et briguer à nouveau la présidence, le général Horta Inta-A semble, de son côté, vouloir s’assurer que l’appareil d’État ne puisse servir de relais aux réseaux de l’ancien régime.

La succession de décisions prises ces dernières semaines, à savoir l’interdiction du retour d’Embaló, les opérations de désarmement et l’éviction de responsables considérés comme proches de l’ancien président, dessine ainsi les contours d’une transition de plus en plus ferme, à l’approche d’un scrutin qui devrait être déterminant pour l’avenir politique de la Guinée-Bissau.