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CEMAC : Le pétrole ne suffit plus à protéger les équilibres économiques

Le baromètre de la Banque mondiale publié en septembre sur la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), met en évidence une croissance insuffisante et des réserves extérieures affaiblies. Le dialogue engagé avec le FMI place les réformes budgétaires et bancaires au premier plan.

Par la Rédaction
Publié le 9 octobre 2026
Lecture : 4 min
CEMAC : Le pétrole ne suffit plus à protéger les équilibres économiques

La plateforme de N’Kossa, au large du Congo.

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Exporter du pétrole ne protège pas automatiquement une économie contre le manque de devises et les tensions budgétaires. Le dernier baromètre économique de la Banque mondiale consacré à la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), mis à disposition en septembre, le rappelle avec plusieurs chiffres : une croissance estimée à 2,6 % en 2025, un déficit public régional accru et des réserves extérieures descendues à 4,2 mois d’importations.

Ces données concernent l’année 2025 et ne constituent pas un bilan définitif de 2026. Elles éclairent toutefois les contraintes qui accompagnent les décisions actuelles du Cameroun, de la Centrafrique, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Tchad. Dans cette union monétaire, les choix budgétaires nationaux et les équilibres extérieurs régionaux sont étroitement liés.

Les hydrocarbures représentent encore environ 70 % des exportations de la sous-région. Cette concentration expose les recettes en devises à deux variables : le prix international et les volumes effectivement produits. Un cours favorable ne compense pas toujours un recul de l’extraction. Inversement, une progression des volumes peut rapporter moins que prévu lorsque les prix diminuent.

La Banque mondiale constate que le déficit budgétaire moyen s’est creusé à 3,3 % du PIB en 2025, contre 1,6 % en 2024. La détérioration des recettes pétrolières et le maintien de fortes pressions sur les dépenses ont pesé sur les comptes. Le problème n’est donc pas uniquement commercial. Il affecte les moyens disponibles pour financer les services publics et honorer les engagements de l’État.

Les réserves de change jouent ici un rôle essentiel. Elles permettent notamment de régler les importations et de soutenir la stabilité monétaire. Leur niveau est passé de 4,9 à 4,2 mois de couverture entre 2024 et 2025, selon le baromètre, sous le seuil régional d’adéquation de cinq mois. Ce recul appelle une surveillance des flux extérieurs, même lorsque l’inflation paraît maîtrisée.

Une entreprise peut ressentir cette pression sans suivre les statistiques monétaires. Des règlements internationaux plus difficiles compliquent l’achat de pièces détachées ou de matières premières. Un retard de paiement public fragilise un fournisseur, qui reporte à son tour ses dépenses. Ces mécanismes expliquent pourquoi la restauration des équilibres macroéconomiques concerne aussi l’activité quotidienne des PME.

La rencontre organisée le 8 septembre à Washington entre la CEMAC et le FMI s’inscrit dans ce contexte. L’Agence centrafricaine de presse rapporte qu’elle portait sur les conditions de reprise des discussions relatives aux assurances régionales, suspendues depuis décembre 2025. Ces assurances désignent des engagements de politique économique pris par les institutions régionales en soutien aux programmes des pays membres.

Les réformes évoquées comprennent des trajectoires budgétaires soutenables, le renforcement de la supervision bancaire et une évolution du cadre réglementaire. Des missions du FMI sont annoncées pour octobre, avec la perspective d’une éventuelle validation de la revue en décembre. Il s’agit d’un calendrier envisagé : la rencontre de septembre ne vaut ni approbation définitive ni annonce automatique de nouveaux décaissements.

La diversification productive donne à ces discussions une dimension plus durable. Développer les recettes non pétrolières peut réduire la dépendance budgétaire, mais relever les prélèvements ne suffit pas. Les entreprises doivent pouvoir produire, vendre et déclarer leur activité dans des conditions praticables. La qualité des infrastructures, la prévisibilité administrative et l’accès au crédit influencent la taille de cette base fiscale.

Les pays de la CEMAC ne partent pas non plus de situations identiques. Une mesure adaptée à un exportateur pétrolier ne répond pas forcément aux contraintes d’une économie plus agricole ou enclavée. L’intérêt du cadre régional est de coordonner les engagements communs, tout en laissant place à des réponses nationales fondées sur la structure réelle de l’activité.

Le retour à des équilibres plus solides se jugera donc sur plusieurs résultats : des finances publiques plus prévisibles, une meilleure circulation des paiements et des entreprises capables de générer davantage de revenus hors hydrocarbures. Pour la CEMAC, l’enjeu est de rendre ces progrès suffisamment durables pour que chaque variation du marché pétrolier ne relance pas les mêmes tensions.