Wave à l’heure du paiement interopérable, Katier Bamba face à un nouveau tournant
Depuis le 2 novembre 2026, le marché des paiements électroniques connaît une nouvelle évolution en Côte d’Ivoire. Les transactions interopérables de monnaie électronique doivent désormais transiter par la plateforme PI-SPI de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Une réforme qui concerne directement Wave, devenu en quelques années l’un des principaux acteurs du mobile money ivoirien. À la tête de l’entreprise depuis juin 2022, Katier Bamba aborde cette nouvelle étape avec un parcours forgé dans la banque d’affaires, le conseil en stratégie et la transformation bancaire.

Katier Bamba, DG de Wave Côte d’Ivoire
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Une nouvelle configuration pour le mobile money
Le dispositif PI-SPI, lancé en septembre 2025, vise à permettre les transferts instantanés entre établissements financiers, indépendamment de leurs réseaux respectifs. Pour les utilisateurs, il doit notamment faciliter les opérations entre comptes bancaires et portefeuilles électroniques, ainsi qu’entre différents opérateurs de mobile money.
La réforme entrée en application le 2 novembre introduit également de nouvelles règles tarifaires. Les transferts nationaux interopérables entre personnes physiques deviennent gratuits jusqu’à un cumul de 8 000 FCFA par jour, par utilisateur et par établissement participant. Au-delà, les frais peuvent atteindre 0,8 % du montant hors taxes. La réception demeure gratuite.
À partir du 1er juin 2027, ces conditions doivent également s’appliquer aux transferts entre pays de l’UEMOA.
Wave Côte d’Ivoire figure sur la liste des établissements autorisés à ouvrir les services PI-SPI au public au 30 septembre 2026. Son intégration au dispositif intervient dans un marché où la fintech a construit une partie de son avantage concurrentiel sur la simplicité d’utilisation et une tarification particulièrement agressive.
Avec ses dépôts et retraits gratuits et ses transferts facturés à 1 %, Wave a largement contribué à modifier les habitudes de paiement des Ivoiriens et les stratégies commerciales des opérateurs historiques.
La nouvelle grille tarifaire de la BCEAO concerne spécifiquement les transactions interopérables. Elle ne signifie donc pas automatiquement que l’ensemble des transferts réalisés à l’intérieur du réseau Wave doit désormais être facturé à 0,8 %.
Pour l’entreprise, cette nouvelle architecture des paiements élargit les possibilités de transactions entre réseaux tout en renforçant la concurrence sur les tarifs, la disponibilité des services et la qualité de l’expérience client. Au 2 novembre, plusieurs publications faisaient toutefois état d’un déploiement encore inégal des fonctionnalités PI-SPI dans les applications Wave, alors que l’entreprise figurait déjà parmi les participants autorisés.
Un financier passé par Paris, Lyon et Bradford
Le profil de Katier Bamba tranche avec celui de nombreux dirigeants issus de l’industrie des télécommunications. Son parcours est d’abord celui d’un spécialiste de la finance et de la stratégie d’entreprise.
Il entame ses études supérieures à l’Université d’Angers, en France, où il suit un cursus d’économie entre 2002 et 2005. Il poursuit sa formation à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où il obtient un master en économie monétaire et financière.
Il intègre ensuite emlyon business school, où il suit entre 2006 et 2009 un MSc in Management, avec une spécialisation en finance d’entreprise et stratégie. En 2008, son parcours académique comprend également une formation en stratégie internationale à la University of Bradford School of Management, au Royaume-Uni.
Cette formation lui ouvre les portes de la finance d’entreprise internationale.
En juillet 2007, il commence sa carrière au Crédit Agricole Corporate and Investment Bank, en France, comme analyste financier. Il rejoint ensuite BNP Paribas, où il travaille sur des problématiques de corporate finance, avant d’intégrer Oddo & Cie, aujourd’hui Oddo BHF, en mars 2010.
Au sein de ces institutions, il développe une expertise en analyse financière, évaluation d’entreprises et opérations de fusions-acquisitions. Des compétences qui lui permettent d’aborder les décisions stratégiques sous l’angle de leur création de valeur et de leur viabilité économique.
En novembre 2011, il rejoint le groupe Total, devenu TotalEnergies, comme Senior Consultant. Jusqu’en octobre 2014, il intervient notamment sur des questions de stratégie, de finance et de gestion des risques. Cette expérience lui donne une exposition aux problématiques opérationnelles d’un grand groupe industriel.
Du conseil à Abidjan à la transformation bancaire régionale
En janvier 2015, Katier Bamba rejoint OnPoint Africa Group, à Abidjan, comme directeur du conseil en stratégie. Pendant plus de quatre ans, il accompagne des organisations sur leurs problématiques de développement, d’amélioration des performances, de restructuration, de levée de capitaux et de transformation.
En mars 2019, il franchit une nouvelle étape en intégrant Atlantic Business International (ABI), la holding ouest-africaine du groupe Banque Centrale Populaire du Maroc, qui contrôle notamment le réseau Banque Atlantique.
Nommé directeur régional Stratégie et Transformation, il participe au pilotage de programmes de transformation concernant plusieurs entités du groupe dans l’UEMOA. Ses responsabilités touchent notamment à l’optimisation des modèles économiques, aux stratégies tarifaires, à la restructuration organisationnelle et à la transformation des activités bancaires.
Cette expérience est particulièrement importante pour comprendre son passage à Wave. Elle lui permet de se familiariser avec les contraintes de la banque traditionnelle, les exigences réglementaires et les enjeux de rentabilité des services financiers dans plusieurs économies ouest-africaines.
Katier Bamba a également consacré une partie de son parcours à l’enseignement, avec des interventions en finance d’entreprise, notamment dans le cadre de l’IFP School et de formations à Yamoussoukro.
Quatre années à la tête d’un acteur majeur du marché ivoirien
Lorsqu’il est nommé directeur général de Wave Mobile Money Côte d’Ivoire en juin 2022, la fintech a déjà engagé une transformation du marché par sa politique tarifaire.
Fondée par Drew Durbin et Lincoln Quirk, Wave s’est développée en Afrique de l’Ouest avec l’ambition de rendre les services financiers numériques plus accessibles. Sous la direction de Katier Bamba, l’entreprise poursuit son expansion commerciale, développe les paiements marchands et consolide ses infrastructures opérationnelles.
Le 29 avril 2026, lors d’une rencontre avec la presse à Abidjan, le dirigeant présente des chiffres qui illustrent le changement d’échelle de la filiale ivoirienne.
Wave revendique alors plus de 21 millions de comptes ouverts, près d’un million de marchands acceptant les paiements sur sa plateforme, 19 000 agents partenaires et 1 300 emplois directs. L’entreprise annonce également avoir versé plus de 50 milliards de FCFA d’impôts au titre de l’année 2025.
Ces indicateurs témoignent de l’importance économique prise par Wave, même si le nombre de comptes ouverts ne correspond pas nécessairement au nombre d’utilisateurs actifs distincts.
L’expansion de l’entreprise s’accompagne aussi d’investissements dans ses capacités opérationnelles. En février 2026, Wave inaugure à Bouaké un centre de relation client qui emploie déjà environ 330 collaborateurs et traite près de 239 000 appels par semaine.
Le 15 octobre 2026, l’entreprise inaugure également un nouveau siège à Cocody, à proximité du rond-point de l’Indénié, à Abidjan.
Ces implantations accompagnent une évolution importante du modèle Wave. Initialement perçue comme une application proposant des transferts d’argent à faible coût, l’entreprise dispose désormais d’un réseau commercial et d’infrastructures qui lui permettent d’intervenir dans plusieurs segments des paiements numériques.
Wave Bank Africa, prochaine étape de la stratégie ?

L’évolution la plus ambitieuse du groupe pourrait cependant intervenir dans la banque.
En 2025, Wave constitue à Abidjan Wave Bank Africa S.A., une société dotée d’un capital social de 20 milliards de FCFA. Selon les informations publiées lors de sa constitution, Coura Carine Tine est désignée présidente du conseil d’administration, tandis que Bamba Abdoulaye Katier est appelé à assurer la direction générale.
Lors de sa rencontre avec la presse en avril 2026, Katier Bamba confirme qu’une demande d’agrément bancaire a été déposée et demeure en cours d’examen à cette date.
Cette démarche traduit une volonté de dépasser les seuls services de paiement pour accéder potentiellement à d’autres métiers financiers, notamment l’épargne et le crédit, sous réserve des autorisations réglementaires.
Sur ce terrain, Wave retrouverait des acteurs bancaires qu’elle connaît déjà comme partenaires, mais aussi des concurrents disposant d’offres financières plus diversifiées. Orange Bank Africa, notamment, a déjà engagé cette évolution en Côte d’Ivoire.
Pour Katier Bamba, ce projet représente une possible continuité professionnelle. Après avoir conseillé des entreprises sur leurs décisions financières, participé à la transformation d’un groupe bancaire régional, puis dirigé une fintech, il pourrait être amené à superviser une nouvelle étape de convergence entre finance numérique et banque traditionnelle.
Une nouvelle bataille autour de l’expérience client
L’entrée en application des nouvelles règles PI-SPI ouvre désormais une séquence importante pour le secteur.
Le système doit permettre à des établissements concurrents de communiquer à travers une infrastructure commune. Un client pourrait ainsi transférer de l’argent vers un compte détenu chez un autre opérateur ou une autre institution financière sans multiplier les portefeuilles électroniques.
Pour Wave, qui avait notamment construit son développement sur un écosystème de paiements simple et peu coûteux, l’interopérabilité modifie progressivement les conditions de concurrence.
La tarification reste déterminante, mais la rapidité d’exécution des transactions, la fiabilité technique, la sécurité, l’étendue des usages et la capacité à servir les entreprises prennent une importance croissante.
Ces questions figuraient déjà parmi les sujets abordés lors d’une rencontre entre Katier Bamba et le Conseil de régulation de l’ARTCI, le 20 juillet 2026. Les échanges avaient notamment porté sur l’interopérabilité, la tarification, l’identification des clients et la lutte contre la fraude.
Avec PI-SPI, la régulation crée désormais un environnement dans lequel les opérateurs doivent articuler leurs propres stratégies commerciales avec une infrastructure de paiement commune à l’UEMOA.
Le parcours de Katier Bamba prend ici une dimension particulière. Sa formation économique, ses années en banque d’affaires et son expérience de la transformation bancaire lui donnent une connaissance des mécanismes financiers qui structurent cette nouvelle phase du marché.
Quatre ans après sa prise de fonction, il dirige une entreprise qui doit désormais conjuguer la croissance de son activité historique, son intégration dans le nouveau dispositif régional de paiement et la préparation d’une éventuelle diversification bancaire. Une étape qui pourrait transformer davantage le positionnement de Wave dans le système financier ivoirien.
