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Tanzanie : l’assurance maladie universelle vise 625 000 ménages supplémentaires dans sa deuxième phase

Le gouvernement tanzanien a lancé le 22 octobre une nouvelle étape de l’élargissement de l’assurance maladie. Le dispositif combine prise en charge publique des foyers vulnérables et cotisations des ménages solvables, avec une formule annuelle à 150 000 shillings pour six personnes au maximum. Les 625 000 ménages constituent un objectif, pas un bilan d’inscriptions.

Par la Rédaction
Publié le 26 octobre 2026
Lecture : 5 min
Tanzanie : l’assurance maladie universelle vise 625 000 ménages supplémentaires dans sa deuxième phase

La Tanzanie poursuit le déploiement de son assurance maladie universelle avec un objectif de couverture de 625 000 ménages lors de cette deuxième phase.

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La Tanzanie entend changer d’échelle dans la protection financière de ses habitants face aux dépenses de santé. À Mtwara, le 22 octobre 2026, le ministre de la Santé, Mohamed Mchengerwa, a lancé la deuxième phase du déploiement national de l’assurance maladie universelle. Le gouvernement fixe à cette étape un objectif de 625 000 ménages, principalement parmi ceux qui ne peuvent pas payer eux-mêmes une couverture. Des cérémonies de lancement ont également été organisées dans d’autres régions du pays.

L’annonce, détaillée le 23 octobre par plusieurs médias tanzaniens, ne signifie pas que ces 625 000 foyers sont déjà assurés. Elle marque l’ouverture d’une nouvelle séquence d’identification, d’inscription et de prise en charge. La réussite du programme dépendra autant du nombre de cartes délivrées que de la possibilité réelle, pour les personnes couvertes, d’obtenir des consultations, des médicaments et des soins dans des délais raisonnables.

Une formule familiale à 150 000 shillings par an

Le ministre a présenté une formule dénommée Fahari Afya, destinée à couvrir un ménage de six personnes au maximum pour une cotisation annuelle de 150 000 shillings tanzaniens. Les bénéficiaires pourront accéder à des soins allant des dispensaires aux hôpitaux nationaux, sous réserve des procédures d’orientation médicale et des prestations prévues par leur contrat.

Le dispositif doit être proposé par le National Health Insurance Fund (NHIF) ainsi que par des assureurs privés agréés. La Tanzania Insurance Regulatory Authority (TIRA) conserve son rôle de supervision du marché privé. Cette ouverture ne transforme pas, pour autant, toute consultation en service gratuit : les ménages capables de cotiser devront financer leur couverture, tandis que l’État prendra en charge les primes des personnes identifiées comme financièrement vulnérables.

La distinction est importante pour comprendre le modèle recherché. L’assurance mutualise les dépenses de santé entre cotisants et permet d’éviter qu’une maladie entraîne immédiatement une vente d’actifs, un emprunt d’urgence ou une interruption de scolarité. Mais le coût annuel, même étalé, peut rester difficile à supporter pour les travailleurs aux revenus irréguliers. L’identification des foyers éligibles aux subventions devient donc l’un des points sensibles du déploiement.

Près de 199 000 ménages validés lors de la première phase

L’identification des ménages vulnérables et la finalisation des inscriptions seront déterminantes pour étendre effectivement la couverture santé.

Les données communiquées par le ministère montrent les progrès déjà enregistrés, mais aussi les marges de progression. Lors de la première phase, 276 004 ménages modestes avaient été identifiés. Parmi eux, 198 709 avaient été vérifiés et avaient reçu une carte d’assurance, soit environ 72 % de l’objectif initial. Les autorités demandent aux bénéficiaires restants de finaliser les démarches et de récupérer les documents disponibles.

La deuxième phase doit toucher une population plus large, notamment des travailleurs de l’économie informelle : commerçants, agriculteurs, pêcheurs, conducteurs de motos-taxis, vendeurs de rue et salariés occasionnels. Pour ces catégories, les formalités d’inscription et la continuité des cotisations peuvent être aussi déterminantes que le niveau du tarif. Une personne qui travaille loin d’un centre administratif ne doit pas perdre plusieurs journées de revenus pour obtenir une carte ou vérifier ses droits.

Les autorités veulent donc développer les procédures numériques d’enregistrement, de vérification et de paiement, avec un accès possible par téléphone, agents de proximité et réseaux financiers. Cette modernisation est annoncée dans le cadre de la transformation du NHIF, historiquement conçu pour les fonctionnaires, vers une mission couvrant des populations beaucoup plus diverses.

Le financement public ne suffira pas sans des soins disponibles

À Mtwara, le ministre a également demandé que les remboursements dus aux établissements de santé soient effectués à temps. Une assurance qui accumulerait les retards de paiement risquerait de fragiliser les dispensaires et les hôpitaux, au détriment des patients. Le NHIF devra contrôler la qualité des prestations, tandis que les autorités disent vouloir lutter contre l’usage frauduleux de cartes et la facturation de soins non réalisés.

Selon les chiffres présentés par le ministre, 3 530 établissements de santé ont été construits en cinq ans, la capacité nationale en lits hospitaliers serait passée de 86 000 à 145 000 et la disponibilité des médicaments de 58 % en 2021 à près de 90 %. Ces indicateurs sont des déclarations gouvernementales : ils ne mesurent pas à eux seuls les disparités géographiques, les ruptures de stock ponctuelles ou la qualité de l’accueil dans chaque structure.

Le gouvernement prévoit de s’appuyer sur des relais locaux pour expliquer les garanties offertes, encourager les inscriptions et suivre les difficultés. Des « ambassadeurs » de l’assurance maladie devraient être mobilisés dans les districts, avec des réunions mensuelles et des rapports trimestriels. À Mtwara, les autorités régionales ont indiqué viser 51 943 ménages, illustration du travail de déclinaison territoriale nécessaire pour atteindre l’objectif national.

Un test pour l’inclusion et la confiance

Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé en Tanzanie, Alex Gasasira, a salué l’extension annoncée aux travailleurs informels. L’enjeu social est considérable : la protection contre les dépenses médicales imprévues peut stabiliser le budget des familles, préserver leur activité économique et réduire les renoncements aux soins.

Reste à démontrer que l’ambition se traduira en accès effectif. Le suivi des ménages inscrits, des primes réellement prises en charge par l’État, des demandes de remboursement et de la qualité des prestations sera plus révélateur que la seule annonce des 625 000 bénéficiaires potentiels. À ce stade, la Tanzanie a lancé une nouvelle phase de sa réforme ; son résultat se jugera sur le terrain, au fil des inscriptions et des soins délivrés.