Soudan du Sud : Le pari des élections face aux nombreux obstacles, l’UA met la pression sur Juba
À l’approche des élections prévues le 22 décembre, l’Union africaine appelle le Soudan du Sud à accélérer les préparatifs. Entre retards institutionnels, défis sécuritaires et tensions politiques, plusieurs conditions essentielles au scrutin restent encore à remplir.

Le compte à rebours électoral est lancé au Soudan du Sud/ISS Africa
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À moins de trois mois de la date annoncée pour les élections au Soudan du Sud, l’inquiétude monte autour de la capacité du pays à organiser un scrutin dans des conditions suffisamment crédibles.
Réunie mardi 29 septembre en sommet virtuel, l’Union africaine a appelé les autorités de Juba à accélérer les préparatifs et à régler sans délai les nombreux obstacles encore présents.
Le calendrier électoral prévoit la tenue du scrutin le 22 décembre. Mais, sur le terrain, plusieurs étapes indispensables restent à franchir. Pour le comité des cinq de l’Union africaine, chargé de suivre la situation sud-soudanaise, le temps presse désormais.
Présidé par le chef de l’État sud-africain Cyril Ramaphosa, ce groupe composé de l’Afrique du Sud, de l’Algérie, du Tchad, du Nigeria et du Rwanda demande aux autorités sud-soudanaises de prendre des mesures concrètes, afin de créer les conditions nécessaires à une consultation électorale pacifique, transparente et ouverte à l’ensemble des acteurs politiques.
Un processus électoral encore loin d’être prêt
Le principal défi réside dans l’ampleur des préparatifs qui restent à accomplir. Plusieurs engagements prévus par l’accord de paix conclu en 2018 n’ont toujours pas été pleinement concrétisés.
L’enregistrement des électeurs n’a notamment pas encore commencé. À cela s’ajoute l’absence d’unification complète des forces armées issues des camps rivaux, tandis que la mise en place d’un cadre constitutionnel définitif demeure également inachevée.
Ces retards prennent une dimension particulière dans un pays qui tente encore de consolider une paix fragile. Devenu indépendant en 2011, le Soudan du Sud a sombré deux ans plus tard dans une guerre civile qui a profondément déstabilisé le pays. L’accord de paix signé en 2018 a permis de réduire les affrontements à grande échelle sans toutefois mettre définitivement fin aux tensions entre les différentes forces politiques et militaires.
Les violences survenues en mars 2025 ont d’ailleurs ravivé les craintes d’une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire.
Deux reports déjà enregistrés
Le scrutin annoncé pour décembre intervient après deux précédents reports. Cette succession de retards alimente aujourd’hui la pression exercée sur les autorités afin qu’elles respectent cette nouvelle échéance.
La situation politique s’est par ailleurs compliquée avec la récente dissolution du gouvernement de transition par le président Salva Kiir. Cette décision est intervenue peu après l’adoption d’une nouvelle loi électorale qui permet au chef de l’État de rester en fonction jusqu’à la tenue des élections et lui donne également la possibilité de mettre fin aux fonctions de ses vice-présidents.
Pour l’Union africaine, ces évolutions rendent d’autant plus nécessaire la clarification du cadre politique et institutionnel devant accompagner le processus électoral.
L’UA réclame des garanties politiques et sécuritaires
Au-delà de l’organisation matérielle du vote, le comité des cinq insiste sur plusieurs conditions destinées à garantir un environnement électoral ouvert. Il appelle notamment le gouvernement à répondre aux exigences politiques, juridiques, techniques, financières et sécuritaires indispensables à la tenue d’un scrutin crédible.
L’organisation continentale demande également la libération des personnes qu’elle considère comme détenues arbitrairement pour des raisons politiques. Cette mesure, selon elle, contribuerait à instaurer un climat davantage propice à la participation de l’ensemble des forces politiques.
La pression ne vient d’ailleurs pas uniquement de l’Union africaine. Lors du même sommet, le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, qui assure actuellement la présidence de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), a appelé à l’élaboration d’une feuille de route définitive pour la transition politique et la tenue des élections avant la fin de 2026.
Un pays confronté à de lourdes difficultés

La question électorale se pose dans un contexte socio-économique particulièrement difficile. Le Soudan du Sud figure parmi les pays les plus pauvres et les moins développés au monde. Une très grande partie de sa population vit dans la pauvreté, tandis que l’accès à l’électricité reste extrêmement limité.
Le pays demeure également fortement dépendant de l’aide humanitaire et fait face à une insécurité alimentaire persistante. Ces difficultés structurelles compliquent davantage la mise en place d’institutions solides et d’un processus électoral fonctionnel sur l’ensemble du territoire.
À l’approche du 22 décembre, les autorités sud-soudanaises doivent donc relever plusieurs défis simultanément : préparer les opérations électorales, consolider le dispositif sécuritaire, clarifier le cadre institutionnel et préserver l’accord de paix.
Pour les partenaires régionaux et continentaux de Juba, un nouveau report ne serait pas sans conséquences. Le président Cyril Ramaphosa a ainsi insisté sur la nécessité de résoudre rapidement les questions encore en suspens, tandis que le président Ismaïl Omar Guelleh a souligné que le Soudan du Sud, ses voisins et l’ensemble du continent ne pouvaient se permettre de prolonger indéfiniment cette période de transition.
