Niger: Uranium, le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine accuse la France d’avoir désorganisé les installations avant son départ
À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a relancé le bras de fer entre Niamey et Paris autour de l’exploitation de l’uranium. Il accuse la France d’avoir volontairement mis hors service certaines installations minières avant son retrait du Niger. Paris n’a, pour l’heure, pas officiellement réagi à ces accusations.

Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, lors de son intervention à la 81è session de l’Assemblée générale des Nations unies/ AFP
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Le différend entre le Niger et la France connaît un nouvel épisode. Prenant la parole le 26 septembre, lors de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a livré une charge contre la gestion passée des ressources uranifères du pays.
Au cœur de son intervention, les conditions dans lesquelles les intérêts français auraient quitté les sites d’exploitation d’uranium. Selon le chef du gouvernement nigérien, les installations auraient été volontairement désorganisées avant le départ des opérateurs français.
« En partant de chez nous, ils ont tout débranché », a déclaré Ali Mahaman Lamine Zeine, laissant entendre que des équipements nécessaires à la poursuite de l’exploitation avaient été mis hors service.
Niamey affirme avoir dû investir pour relancer la production
Le Premier ministre nigérien a assuré que cette situation avait contraint les autorités à engager d’importants moyens financiers, afin de remettre les installations en fonctionnement.
Selon lui, environ 30 milliards de francs CFA auraient ainsi été mobilisés pour permettre la reprise des activités. La relance aurait été menée, affirme-t-il, exclusivement par des techniciens, des agents de maîtrise et des ingénieurs nigériens.
« Pas un seul étranger », a-t-il insisté, pour illustrer la volonté de Niamey de reprendre le contrôle de l’exploitation de ses ressources naturelles.
Cette déclaration s’inscrit dans la politique de souveraineté économique revendiquée par les autorités nigériennes depuis le changement de régime de 2023. Niamey entend désormais réduire l’influence des partenaires étrangers dans l’exploitation des ressources stratégiques du pays, notamment l’uranium.
Un conflit qui oppose depuis plusieurs années Niamey et Orano
Cette nouvelle accusation intervient dans un contexte de fortes tensions entre le Niger et la France, mais aussi avec le groupe français Orano, historiquement présent dans le secteur de l’uranium nigérien.
Le contentieux s’est notamment cristallisé autour du gisement d’Imouraren. Après le retrait du permis d’exploitation accordé à Orano, les autorités nigériennes ont progressivement renforcé leur contrôle sur les activités minières.
Fin 2024, Niamey a notamment pris le contrôle opérationnel de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), avant d’officialiser, en juin 2025, la nationalisation du site. Les autorités nigériennes avaient alors vivement dénoncé la gestion du dossier par Orano, entreprise dans laquelle l’État français détient une participation.
Le conflit s’est ensuite déplacé sur la question des stocks d’uranium.
Le dossier du stock d’uranium ravive les tensions

Fin novembre 2025, Orano avait dénoncé le départ d’un chargement d’uranium du site d’Arlit sans son autorisation. Le groupe français estimait que cette opération contrevenait à une décision arbitrale internationale rendue en sa faveur.
À la suite de cette affaire, une enquête pour vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère avait été ouverte en France.
Les autorités nigériennes avaient rejeté ces accusations, considérant que l’uranium concerné relevait désormais de la souveraineté du Niger depuis la nationalisation des activités minières.
Niamey avait ainsi contesté l’idée même d’un vol, en défendant son droit à disposer des ressources extraites sur son territoire.
Quelques jours plus tard, les relations entre les deux parties se sont encore tendues autour du site de Madaouela. Le Niger avait accusé Orano de pollution radioactive, ce que le groupe français avait fermement démenti. Orano avait notamment affirmé ne disposer d’aucun permis d’exploitation sur ce site et n’y avoir mené aucune opération.
Le Niger veut désormais vendre son uranium « en toute transparence »
Devant les Nations unies, Ali Mahaman Lamine Zeine a également voulu réaffirmer la position de son gouvernement sur les stocks d’uranium du pays.
Répondant aux accusations françaises de vol, le Premier ministre nigérien les a qualifiées d’« histoires ». Il a surtout insisté sur le fait que l’uranium actuellement détenu par le Niger appartient, selon les autorités de Niamey, à l’État nigérien.
Le gouvernement entend désormais commercialiser cette ressource sur le marché international, auprès de tout acheteur intéressé, tout en affirmant vouloir respecter les règles internationales en matière de non-prolifération nucléaire.
« Les ressources du pays sont désormais gérées par nous-mêmes et pour nous-mêmes », a déclaré le Premier ministre, résumant ainsi la nouvelle doctrine de Niamey.
Une bataille autour de la souveraineté économique
Au-delà du seul secteur de l’uranium, le bras de fer entre le Niger et la France traduit une transformation profonde des relations économiques et politiques entre les deux pays.
Pour les autorités nigériennes, la reprise du contrôle des ressources naturelles constitue un élément central de leur politique de souveraineté.
L’uranium, ressource stratégique et historiquement associée à la présence économique française au Niger, occupe une place particulière dans cette stratégie.
L’accusation formulée devant l’ONU contre la France marque ainsi une nouvelle étape dans ce contentieux. Niamey affirme désormais vouloir gérer directement ses ressources, assurer lui-même la production et rechercher de nouveaux débouchés internationaux.
Reste que les accusations de sabotage des installations formulées par le Premier ministre nigérien n’ont, à ce stade, pas fait l’objet d’une réponse officielle de Paris. Leur portée et les circonstances exactes dans lesquelles les installations auraient été « débranchées » demeurent donc au cœur du différend entre les deux pays.
