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L’Afrique de l’Ouest peut-elle devenir le nouveau pôle de croissance du continent ?

Avec une croissance attendue à 4,6 % en 2026, l’Afrique de l’Ouest résiste mieux que beaucoup ne l’auraient anticipé. Mais transformer cette résilience en véritable leadership économique suppose de dépasser la seule dynamique du PIB

Par la Rédaction
Publié le 26 août 2026
Lecture : 3 min
L’Afrique de l’Ouest peut-elle devenir le nouveau pôle de croissance du continent ?

Taux de croissance annuel du Produit Intérieur Brut (PIB) par État africain (en %).

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La photographie macroéconomique est flatteuse. Selon la Banque africaine de développement, l’Afrique de l’Ouest a progressé de 4,8 % en 2025, davantage que la moyenne africaine de 4,4 %, et devrait encore croître de 4,6 % en 2026. Dans un environnement marqué par la guerre au Moyen-Orient, des coûts de financement élevés, une fragmentation commerciale accrue et des poches persistantes d’insécurité, cette performance est loin d’être anecdotique. La région bénéficie à la fois du retour de l’investissement privé, de la reprise de la demande intérieure, de programmes d’infrastructures et de l’expansion de secteurs extractifs, notamment pétroliers, gaziers et miniers.

Le principal changement tient toutefois à la diversification progressive des moteurs de croissance. L’Afrique de l’Ouest ne se résume plus au seul poids du Nigeria. La Côte d’Ivoire maintient un rythme supérieur à 6 %, le Bénin figure parmi les économies africaines à forte croissance, tandis que le Ghana retrouve davantage de stabilité après une période de fortes tensions macroéconomiques. Cette pluralité est importante : une région dépendante d’un seul géant économique est vulnérable aux chocs de ce pays ; une région portée par plusieurs pôles devient plus robuste et peut créer des chaînes de valeur régionales.

Croissance réelle du PIB en Afrique de l’Ouest, 2025-2026. Source : Banque africaine de développement, Perspectives économiques régionales 2026.

Il serait pourtant prématuré de parler de nouveau centre de gravité africain. L’Afrique de l’Est reste, dans les projections de la BAD, la région la plus dynamique du continent. Surtout, les taux de croissance ouest-africains ne disent pas encore assez sur la productivité, l’emploi formel ou l’industrialisation. Une économie peut croître rapidement grâce aux hydrocarbures, aux mines, à la construction ou à la consommation sans générer suffisamment d’emplois qualifiés ni accroître durablement la valeur ajoutée locale. La faiblesse de la mobilisation fiscale reste également un verrou : le ratio moyen impôts/PIB de l’Afrique de l’Ouest n’a été que de 9,9 % sur les cinq dernières années selon la BAD, très en dessous du repère de convergence de 20 % de l’UEMOA.

La prochaine étape sera donc moins de croître que de convertir la croissance en capacités économiques. Cela passe par des marchés de capitaux régionaux plus profonds, un meilleur financement des entreprises, des infrastructures énergétiques et logistiques interconnectées et une politique industrielle pensée à l’échelle régionale. Le potentiel est réel : la population, la taille des marchés urbains, l’intégration monétaire d’une partie de la région et la montée d’Abidjan, Lagos, Accra et Dakar créent une masse critique rarement réunie ailleurs sur le continent.

L’Afrique de l’Ouest peut devenir l’un des grands pôles de croissance africains de la décennie. Mais son véritable test ne sera pas de conserver un chiffre supérieur à 4 %. Il sera de montrer que cette croissance peut devenir plus productive, plus intégrée et suffisamment riche en emplois pour changer la structure même de ses économies.