Éthiopie : Nouvelle avancée de l’armée fédérale qui renforce son emprise sur le Tigré, l’avenir du TPLF s’assombrit
Les forces fédérales éthiopiennes ont pris le contrôle d’Adwa et d’Axoum, deux villes stratégiques du Tigré, accentuant le recul du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Entre pertes territoriales et arrestations de hauts responsables, le mouvement tigréen voit son avenir militaire et politique de plus en plus compromis.

L’armée poursuit sa progression dans une importante ville du Tigré / AFP
Format Pavé
300 x 250 px
La situation militaire évolue en faveur du gouvernement fédéral éthiopien dans le nord du pays. En l’espace de deux jours, les forces gouvernementales, appuyées par les Forces de paix du Tigré, ont pris position à Adwa et à Axoum, deux localités stratégiques de la région du Tigré. Ces avancées, réalisées les 11 et 12 octobre sans affrontements signalés, illustrent le recul progressif des combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), désormais confrontés à une pression militaire et politique grandissante.
L’entrée des troupes fédérales dans ces deux villes représente une nouvelle étape dans une offensive qui semble redessiner les rapports de force au sein de cette région septentrionale de l’Éthiopie.
Adwa et Axoum passent sous contrôle gouvernemental
L’avancée des forces fédérales s’est concrétisée dimanche 11 octobre à Adwa, avant de se poursuivre le lendemain à Axoum. La présence des soldats gouvernementaux dans cette dernière ville a notamment été illustrée par des photographies diffusées sur les réseaux sociaux, montrant des militaires devant l’un des monuments emblématiques de son patrimoine historique.
Au-delà de leur portée militaire, ces prises de position revêtent une importance stratégique. Situées dans le nord du Tigré, à proximité de la frontière avec l’Érythrée, Adwa et Axoum occupaient jusque-là une place dans le dispositif territorial contrôlé par les forces tigréennes.
Leur passage sous contrôle fédéral constitue donc un revers supplémentaire pour le TPLF. Il témoigne également de la capacité du gouvernement à étendre progressivement sa présence dans une région où l’influence du mouvement tigréen se trouve de plus en plus contestée.
Le TPLF contraint de reculer vers le nord
Alors que les forces gouvernementales consolident leurs positions, les combattants du TPLF semblent poursuivre leur repli en direction des secteurs septentrionaux du Tigré, notamment vers la frontière érythréenne. Cette évolution réduit progressivement leur marge de manœuvre et accentue les difficultés auxquelles le mouvement est confronté sur le terrain.
À ces revers territoriaux s’ajoute l’arrestation de cinq responsables de haut rang du parti tigréen, interpellés par l’armée près d’Enticho. Parmi eux figure le commandant adjoint des forces armées du mouvement. La capture de ces cadres constitue un nouveau coup porté à son organisation militaire, alors que la pression exercée par les forces fédérales continue de s’intensifier.
Cette série d’événements intervient après la prise d’Alamata, dans le sud du Tigré, le 28 septembre. Depuis cette date, les difficultés du TPLF se sont multipliées, aussi bien sur le plan territorial que dans sa capacité à maintenir ses positions face à l’avancée de ses adversaires.
L’avenir politique du mouvement en question

Au-delà des considérations militaires, les revers enregistrés par le TPLF soulèvent des interrogations sur son avenir politique et sur sa capacité à conserver une influence significative dans la région.
Abel Abate Demissie, chercheur au sein du groupe de réflexion britannique Chatham House, estime que la question centrale porte désormais sur le poids politique que le mouvement est encore en mesure de préserver. Dans une analyse publiée sur le réseau social X, il considère que le TPLF s’est engagé dans une confrontation dont il aurait mal évalué les conséquences, en mesurant sa propre puissance sans apprécier suffisamment celle du gouvernement fédéral.
Cette lecture met en évidence le déséquilibre croissant entre les ambitions du mouvement tigréen et les moyens dont disposent ses adversaires. À mesure que les forces gouvernementales progressent, le TPLF risque de perdre non seulement des positions stratégiques, mais également une partie de son influence politique.
Un rapport de force en pleine recomposition
Les développements observés à Adwa et à Axoum confirment ainsi une évolution défavorable au mouvement tigréen. La progression des forces fédérales, combinée au recul territorial du TPLF et à l’arrestation de plusieurs de ses dirigeants, témoigne d’une recomposition rapide du rapport de force au Tigré.
Toutefois, les conséquences à long terme de cette évolution restent difficiles à déterminer. La perte de plusieurs villes et l’affaiblissement de son encadrement militaire placent le TPLF dans une situation délicate, sans suffire, à eux seuls, à établir ce qu’il adviendra de son organisation ou de son influence politique.
Une question demeure donc centrale : le mouvement tigréen parviendra-t-il à préserver une capacité de résistance et un rôle politique dans la région, ou ses revers successifs ouvriront-ils la voie à une marginalisation durable ? La réponse dépendra notamment de l’évolution des opérations militaires et de la capacité des différentes forces en présence à consolider leurs positions dans les semaines à venir.
