Éthiopie : Les Forces tigréennes prennent le contrôle de trois aéroports, la tension monte d’un cran
Les forces tigréennes ont pris le contrôle de trois principaux aéroports du Tigré, dont celui de Mekele, entraînant la suspension des vols d’Ethiopian Airlines. Cette nouvelle escalade ravive les craintes d’une reprise des hostilités entre les autorités régionales et le gouvernement fédéral éthiopien.

Des soldats des Forces de défense du Tigré à Mekele / AFP
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La situation se tend à nouveau dans le nord de l’Éthiopie. Les autorités de fait de la région du Tigré ont pris le contrôle, ce mercredi 23 septembre 2026 de trois infrastructures aéroportuaires stratégiques, dont celle de Mekele, capitale régionale. Cette évolution intervient alors que les rapports entre les dirigeants tigréens et le pouvoir fédéral d’Addis-Abeba se détériorent depuis plusieurs mois.
L’aéroport Alula Aba Nega, à Mekele, constituait jusqu’ici l’un des principaux points de liaison aérienne de la région avec le reste du pays. Sa sécurité était notamment assurée par un nombre limité de militaires relevant de l’armée fédérale. Selon une source sécuritaire étrangère citée par l’AFP, les forces tigréennes ont également pris position dans les aéroports d’Aksoum et de Shire.
Face à cette nouvelle donne, Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons avec les trois villes concernées. La compagnie nationale éthiopienne a justifié l’annulation de ses vols par « la situation actuelle au Tigré », sans fournir davantage de précisions.
Une démonstration de force dans un contexte politique explosif

La prise de contrôle de ces infrastructures intervient dans un environnement déjà marqué par une multiplication des signes de confrontation. Quelques jours auparavant, sept mouvements opposés au gouvernement fédéral avaient annoncé la formation d’une alliance destinée à renverser le pouvoir installé à Addis-Abeba.
Parmi les organisations concernées figure le Front de libération du peuple du Tigré, ou TPLF, acteur central du conflit qui avait ravagé la région entre 2020 et 2022.
L’alliance comprend également les milices amharas Fano et l’Armée de libération oromo (OLA).
Dans le même temps, le Tigré a été la cible de nombreuses frappes de drones menées par les forces fédérales depuis le début du mois d’août. La multiplication de ces opérations militaires et la reprise de positions stratégiques par les forces tigréennes alimentent désormais les inquiétudes quant à une nouvelle confrontation armée.
Pour l’analyste Kjetil Tronvoll, cité dans ce contexte, le TPLF aurait franchi un seuil important dans son opposition au gouvernement fédéral. Selon lui, les éléments permettant d’entrevoir une véritable détente entre les deux camps restent pour l’heure inexistants.
Le souvenir encore vif de la guerre de 2020-2022
La nouvelle crise réveille inévitablement le souvenir du conflit qui avait opposé, pendant près de deux ans, les forces fédérales éthiopiennes aux combattants tigréens. Cette guerre, déclenchée en novembre 2020, avait plongé le Tigré dans une catastrophe humanitaire majeure et impliqué directement l’Érythrée, venue soutenir les forces gouvernementales.
L’ampleur du bilan humain demeure considérable. Une estimation attribuée à l’Union africaine fait état d’environ 600 000 morts, tandis que plus d’un million de personnes avaient été contraintes de quitter leur domicile en raison des combats et des violences.
Un accord de cessation des hostilités conclu en novembre 2022 avait permis de mettre fin aux principaux affrontements. Mais cette paix demeure fragile. Les relations entre Addis-Abeba et le TPLF se sont progressivement dégradées, jusqu’à atteindre un nouveau point de tension ces derniers mois.
Le TPLF à nouveau au cœur de la crise
Cette détérioration intervient alors que le TPLF a également subi d’importants revers sur le terrain politique. Le mouvement, qui avait dominé la vie politique éthiopienne pendant près de trente ans à travers la coalition au pouvoir, a été retiré en mai 2025 du registre des formations politiques légalement reconnues.
La prise de contrôle des trois aéroports donne ainsi une dimension supplémentaire à la crise actuelle. Ces infrastructures représentent non seulement des points essentiels pour les déplacements et les échanges, mais également des sites stratégiques dans une région où la confrontation entre les autorités tigréennes et le pouvoir fédéral reste ouverte.
La suspension des vols d’Ethiopian Airlines illustre déjà les premières conséquences concrètes de cette montée des tensions. Reste désormais à savoir si la situation débouchera sur une nouvelle confrontation militaire ou si des canaux politiques pourront encore empêcher un retour aux affrontements à grande échelle.
Pour l’heure, les développements observés au Tigré montrent surtout combien l’équilibre instauré après la guerre de 2020-2022 demeure précaire.
