Éthiopie : Addis-Abeba met en garde ses voisins sur le Nil Bleu et la mer Rouge : « Nos intérêts ne seront pas remis en cause »
Entre la gestion des eaux du Nil et la question de son accès à la mer, l’Éthiopie réaffirme ses ambitions régionales. Dans un message aux accents fermes, Addis-Abeba assure qu’aucune pression extérieure ne remettra en cause ce qu’elle considère comme ses intérêts stratégiques.

Le Premier ministre éthiopien, Ahmed Abiy est déterminé à restaurer la grandeur passée de l’Éthiopie/ Africanews
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Le ton se veut diplomatique, mais le message est difficile à ignorer. Dans un communiqué publié, ce lundi 5 octobre par son ministère des Affaires étrangères et relayé par l’agence Fana, l’Éthiopie a rappelé sa détermination à défendre ses intérêts aussi bien sur le Nil Bleu que dans l’espace maritime de la mer Rouge.
Sans désigner directement ses interlocuteurs, Addis-Abeba dénonce les pressions politiques, les tentatives de déstabilisation et les actions menées indirectement contre le pays. Une formulation qui intervient alors que les relations entre l’Éthiopie et plusieurs de ses voisins connaissent une période particulièrement tendue.
Le Nil Bleu au cœur de la position éthiopienne

Pour Addis-Abeba, la question de l’eau ne peut être dissociée de la géographie. Le gouvernement éthiopien insiste ainsi sur le rôle central des hauts plateaux du pays dans l’alimentation du Nil Bleu, appelé localement Abay.
L’Éthiopie rappelle que l’essentiel du cours du fleuve prend sa source sur son territoire et que l’Abay représente, selon les données avancées par les autorités éthiopiennes, près de 85 % du débit du Nil. À travers cette mise au point, le pays réaffirme son argumentaire de longue date : toute négociation portant sur l’exploitation et la gestion des ressources du Nil doit, selon lui, prendre en considération la position géographique de l’Éthiopie.
Cette déclaration intervient alors que le gigantesque barrage de la Renaissance continue d’alimenter les tensions entre Addis-Abeba, Le Caire et Khartoum. L’ouvrage, construit sur le Nil Bleu, est présenté par l’Éthiopie comme un instrument essentiel de son développement énergétique, tandis que l’Égypte redoute ses conséquences potentielles sur son approvisionnement en eau.
Addis-Abeba revendique également une place en mer Rouge
Mais le communiqué ne s’arrête pas au dossier hydraulique. L’Éthiopie élargit clairement son argumentaire à la mer Rouge.
Enclavé depuis la séparation avec l’Érythrée en 1993, le pays cherche depuis plusieurs années à sécuriser un accès durable à la mer. Dans son communiqué, Addis-Abeba estime que la disparition de son accès direct au littoral n’a pas effacé ses liens historiques et géographiques avec la mer Rouge.
Le gouvernement éthiopien souligne notamment la proximité de certaines de ses frontières avec le littoral et estime que ses intérêts doivent être pris en compte dans les discussions portant sur la sécurité et l’organisation maritime de la région.
Cette position traduit une préoccupation stratégique majeure pour Addis-Abeba. Avec une population dépassant les 120 millions d’habitants et une économie fortement dépendante des infrastructures portuaires de ses voisins, l’accès à la mer constitue pour l’Éthiopie un enjeu à la fois économique, commercial et sécuritaire.
Un avertissement adressé à plusieurs capitales
C’est toutefois la partie consacrée aux menaces et aux tentatives de déstabilisation qui donne au communiqué sa dimension la plus politique.
Les autorités éthiopiennes préviennent que les pressions, les mesures coercitives ou les opérations menées par l’intermédiaire de groupes alliés ne suffiront pas à modifier leur position. Addis-Abeba affirme également être prête à protéger sa souveraineté, son intégrité territoriale et ses intérêts fondamentaux.
Aucun État n’est directement cité. Pourtant, le contexte régional permet de comprendre pourquoi cette déclaration intervient maintenant.
Les relations avec l’Égypte demeurent particulièrement tendues autour du barrage de la Renaissance. Les deux pays ont récemment franchi un nouveau palier diplomatique avec l’expulsion réciproque d’un diplomate. Addis-Abeba accuse par ailleurs l’Égypte, l’Érythrée et le Soudan de soutenir une coalition d’opposition liée au TPLF.
Des accusations rejetées par les pays concernés.
Le dossier somalien complique davantage l’équation
À cette rivalité s’ajoute la question de l’accès à la mer par l’intermédiaire du Somaliland.
En 2024, l’Éthiopie avait signé avec le Somaliland un protocole d’accord prévoyant notamment la possibilité pour Addis-Abeba d’obtenir un accès maritime. Mogadiscio avait immédiatement contesté cette initiative, considérant le Somaliland comme faisant partie intégrante du territoire somalien.
Cette controverse a considérablement compliqué les relations entre l’Éthiopie et la Somalie et placé la question maritime au centre des tensions dans la Corne de l’Afrique.
Derrière ces différents dossiers se dessine donc une même stratégie éthiopienne : défendre une conception élargie de ses intérêts régionaux, de la gestion du Nil aux routes maritimes de la mer Rouge.
Dialogue ou confrontation ?
Malgré la fermeté de son discours, Addis-Abeba assure ne pas rechercher l’escalade. Le gouvernement éthiopien dit continuer à privilégier les négociations, la coopération régionale et le respect mutuel.
Mais cette ouverture au dialogue est accompagnée d’une mise en garde claire : l’Éthiopie affirme qu’elle ne renoncera pas à ce qu’elle considère comme ses intérêts nationaux essentiels.
Le message envoyé à ses voisins repose ainsi sur un équilibre soigneusement entretenu. D’un côté, Addis-Abeba se dit favorable à la coopération et au règlement pacifique des différends. De l’autre, elle prévient que les pressions extérieures et les stratégies de confrontation ne modifieront pas ses ambitions.
Du Nil Bleu à la mer Rouge, l’Éthiopie entend donc désormais défendre une même ligne : son poids géographique et démographique doit, selon elle, se traduire par une place correspondante dans les décisions qui façonnent l’avenir de la région.
