Éthiopie : Abiy Ahmed met sévèrement en garde l’Érythrée contre tout soutien aux groupes armés opposés à Addis-Abeba
Les tensions s’intensifient entre l’Éthiopie et l’Érythrée, sur fond d’accusations mutuelles de déstabilisation et de regain d’activité des groupes armés au Tigré. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, met en garde Asmara contre de « très graves conséquences » en cas de soutien aux mouvements hostiles à Addis-Abeba, faisant craindre une nouvelle escalade militaire dans la Corne de l’Afrique.

Le président érythréen, Issayas Afewerki, et le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed /SIPA
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Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée traversent une nouvelle zone de turbulences. Le chef du gouvernement éthiopien, Abiy Ahmed, a adressé lundi un avertissement ferme aux autorités érythréennes, les mettant en garde contre de graves conséquences si leur territoire continuait d’être utilisé pour soutenir des mouvements armés opposés au pouvoir fédéral éthiopien.
Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par une multiplication des accusations entre les deux pays voisins. Depuis la rupture de leurs relations diplomatiques en octobre, Addis-Abeba et Asmara se reprochent mutuellement de chercher à fragiliser leur sécurité. La situation fait désormais craindre une nouvelle confrontation militaire dans cette région stratégique de la Corne de l’Afrique.
Au cœur des tensions figure notamment le Tigré, dans le nord de l’Éthiopie. Le gouvernement éthiopien accuse l’Érythrée d’apporter son soutien au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui a lancé, à la fin du mois de septembre, une offensive contre les autorités fédérales en coordination avec d’autres groupes armés. De son côté, Asmara soupçonne Addis-Abeba de convoiter le port érythréen d’Assab, un accès maritime particulièrement stratégique pour l’Éthiopie, pays privé de façade maritime.
Les inquiétudes se sont accentuées après le passage de plusieurs milliers de soldats érythréens en territoire éthiopien, au début du mois d’octobre. Ces troupes auraient pénétré dans la région du Tigré avant d’être repoussées par des frappes de drones menées par les forces fédérales éthiopiennes.
Intervenant lundi sur une chaîne de télévision publique lors d’un entretien en tigrinya, langue parlée dans le Tigré et en Érythrée, Abiy Ahmed a insisté sur la nécessité de rétablir des relations fondées sur la coopération. Selon lui, les deux pays doivent privilégier un partenariat constructif plutôt que de s’engager dans une logique d’affrontement.

Le Premier ministre a toutefois prévenu que toute aide apportée aux adversaires de l’Éthiopie entraînerait une réaction particulièrement sévère. Il a estimé qu’en choisissant de soutenir des groupes hostiles à Addis-Abeba plutôt que de contribuer au développement régional, l’Érythrée ne tirerait aucun avantage de cette stratégie. Il a également averti que le refus de tenir compte des mises en garde éthiopiennes pourrait provoquer des conséquences extrêmement graves.
Les tensions actuelles ravivent le souvenir d’un passé douloureux. Ancienne province de l’Éthiopie, l’Érythrée a accédé à l’indépendance en 1993. Cinq ans plus tard, les deux États se sont engagés dans une guerre meurtrière, qui s’est poursuivie jusqu’en 2000 et a causé plusieurs dizaines de milliers de morts.
L’arrivée d’Abiy Ahmed au pouvoir avait pourtant laissé entrevoir une nouvelle ère de coopération. Sa politique de rapprochement avec l’Érythrée, dirigée depuis l’indépendance par Issaias Afeworki, lui avait valu le prix Nobel de la paix en 2019. Par la suite, les forces érythréennes avaient combattu aux côtés de l’armée éthiopienne contre le TPLF, durant la guerre du Tigré qui a dévasté la région entre 2020 et 2022. Ce conflit aurait fait au moins 600 000 morts.
Mais cette coopération militaire n’a pas résisté à la fin des hostilités. Les rapports entre les deux capitales se sont progressivement détériorés, laissant place à la méfiance et aux accusations réciproques. Abiy Ahmed a notamment évoqué les conséquences humaines et sociales de l’indépendance pour la population érythréenne, affirmant que l’exil et la précarité étaient devenus des réalités quotidiennes pour de nombreux habitants.
Face à cette dégradation de la situation, la communauté internationale redoute une reprise des affrontements entre les deux pays. La semaine dernière, les États-Unis ont appelé Addis-Abeba et Asmara à réduire les tensions et à privilégier la désescalade.
Washington a également rappelé l’importance du respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des États de la Corne de l’Afrique, exhortant les parties concernées à éviter toute incursion au-delà de leurs frontières.
Alors que les accusations se multiplient et que les tensions militaires persistent, l’évolution des relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée constitue désormais un enjeu majeur pour la stabilité de toute la région.
