Éducation : l’Union africaine lance à Abidjan le pilotage opérationnel de sa décennie des compétences
Réuni les 20 et 21 octobre à Abidjan, le nouveau comité continental chargé de la Décennie africaine de l’éducation et des compétences 2025-2034 a fixé ses premières règles de travail. La réunion, dont les conclusions ont été publiées le 23 octobre, ouvre une phase de coordination et de suivi, sans annoncer à ce stade de budget continental supplémentaire ni de programme de formation déjà déployé.

La première réunion du Comité continental de pilotage de la Décennie d’action accélérée pour l’éducation et le développement des compétences s’est tenue à Abidjan les 20 et 21 octobre 2026.
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Passer de l’empilement des stratégies à leur exécution
L’Union africaine veut rendre plus lisibles les nombreux programmes consacrés à l’école, à l’enseignement technique, à l’université et aux compétences numériques. Les 20 et 21 octobre 2026, à Abidjan, le Comité continental de pilotage de la Décennie d’action accélérée pour l’éducation et le développement des compétences 2025-2034 a tenu sa première réunion. Les conclusions, rendues publiques le 23 octobre par l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), définissent une ambition essentiellement opérationnelle : mieux coordonner les interventions, identifier les initiatives existantes et rendre compte des progrès accomplis dans les États membres.
Le comité ne crée pas une nouvelle stratégie isolée. Il doit organiser l’exécution simultanée de plusieurs cadres déjà adoptés ou engagés : stratégie continentale de l’éducation 2026-2035, enseignement et formation techniques et professionnels, science et innovation, éducation numérique et intelligence artificielle. La Décennie a été désignée en février 2025 par le Conseil exécutif de l’Union africaine comme un cadre commun pour ces ambitions, en cohérence avec l’Agenda 2063 et l’objectif de développement durable consacré à l’éducation.
La difficulté est connue des administrations : un même pays peut recevoir plusieurs programmes financés par des partenaires différents, chacun avec ses indicateurs, ses calendriers et ses exigences de rapport. Le comité entend réduire ces chevauchements sans remplacer les ministères ni les dispositifs nationaux. Cette nuance est essentielle : la réunion d’Abidjan marque le lancement d’une coordination institutionnelle, pas l’ouverture immédiate de nouvelles écoles ni l’attribution de milliers de bourses.
Une gouvernance ouverte aux enseignants et aux entreprises
La séance inaugurale était présidée par Gaspard Banyankimbona, commissaire de l’Union africaine chargé de l’éducation, de la science, de la technologie et de l’innovation. L’ADEA assure le secrétariat d’accueil du dispositif. Les participants ont décidé de donner davantage de place aux jeunes, aux enseignants, aux entreprises, aux États et aux communautés économiques régionales. Les cinq communautés économiques régionales mentionnées dans le compte rendu doivent être associées au comité, de même que la Zone de libre-échange continentale africaine et le Forum africain des entreprises.
Cette ouverture traduit un changement de perspective. La qualité d’un système éducatif ne se mesure pas seulement au nombre de personnes inscrites : elle concerne aussi la maîtrise des apprentissages fondamentaux, l’acquisition de compétences utilisables et la capacité à évoluer dans l’emploi. Faire participer le secteur privé peut aider à rapprocher les formations des besoins productifs, mais cela ne dispense pas les autorités de préserver les missions générales de l’éducation et l’égalité d’accès.
Le comité prévoit deux réunions ordinaires par an, avec des sessions extraordinaires si nécessaire. Les responsables des groupes thématiques de la stratégie continentale devront présenter périodiquement leurs avancées. Les modalités précises de répartition des responsabilités doivent encore être documentées pour éviter les conflits de compétence avec les structures déjà en place. La valeur ajoutée de l’instance dépendra de cette clarification et de la capacité des pays à transmettre des données comparables.
Un tableau de bord envisagé, pas encore opérationnel

Parmi les décisions prises figure la cartographie des initiatives éducatives financées à l’échelle continentale, régionale ou par des partenaires extérieurs. Les membres envisagent également un tableau de bord annuel de redevabilité pour suivre les progrès de la Décennie. Il s’agit pour l’instant d’un outil à construire, et non d’un classement déjà publié des performances nationales. L’ADEA indique que le dispositif devra s’appuyer autant que possible sur les cadres de rapport existants afin de ne pas accroître la charge administrative des États.
Le suivi des contributions financières et en nature doit lui aussi être organisé. Le secrétariat tiendra un registre des engagements des partenaires, sans que le communiqué du 23 octobre ne fournisse une enveloppe globale nouvelle et définitivement sécurisée. Parmi les institutions associées figurent l’UNICEF, l’UNESCO, la Banque africaine de développement, le Programme alimentaire mondial, l’Organisation internationale du travail, l’AUDA-NEPAD et des organisations spécialisées dans l’éducation des filles et la formation. Leur présence ne signifie pas que chacun a annoncé le même montant ni que toutes les contributions ont déjà été transférées.
La coordination des ressources est particulièrement importante pour les pays confrontés à des besoins simultanés : former les enseignants, renforcer la lecture et les mathématiques, développer les filières professionnelles et équiper les établissements en outils numériques. Un tableau de bord utile devra distinguer les financements promis, ceux effectivement dépensés et les résultats constatés auprès des élèves et des apprenants. Sans cette séparation, les annonces risquent de prendre le pas sur les changements réels.
Cent jours pour établir une méthode de travail
Le secrétariat doit maintenant réviser les termes de référence du comité, les rôles de ses membres, son programme de travail et un projet de communiqué de résolutions. Un plan d’action de cent jours précisera les responsabilités et les échéances. Les progrès doivent ensuite être présentés lors de la prochaine réunion du Comité technique spécialisé de l’Union africaine pour l’éducation, la science, la technologie et l’innovation. Une campagne continentale de communication est également prévue, sous réserve de sa conception par un groupe de travail dédié.
Pour les États africains, l’intérêt de ce dispositif sera mesurable à travers des changements concrets : moins de programmes parallèles, des formations mieux adaptées, des enseignants mieux accompagnés et des données permettant de corriger les politiques qui n’atteignent pas leurs objectifs. La réunion d’Abidjan pose une architecture de pilotage ; elle ne garantit pas encore ces résultats. L’échéance des cent jours donnera un premier indice de la capacité de l’Union africaine et de ses partenaires à transformer leurs engagements éducatifs en décisions suivies d’effets.
