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Coopération commerciale sous pression : Trump menace de retirer l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’AGOA

L’administration de Donald Trump envisage de retirer à l’Afrique du Sud et au Rwanda les avantages commerciaux accordés dans le cadre de l’AGOA. Washington justifie cette mesure par des manquements présumés aux critères d’éligibilité, sur fond de tensions diplomatiques liées notamment à la situation politique en Afrique du Sud et à la crise sécuritaire dans l’est de la RDC.

Par Thomas Biakpa
Publié le 3 novembre 2026
Lecture : 4 min
Coopération commerciale sous pression : Trump menace de retirer l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’AGOA

L’administration Trump envisage de retirer l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’AGOA / lsi Africa

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Les relations commerciales entre Washington et certains pays africains pourraient connaître un nouveau tournant. L’administration de Donald Trump envisage de priver l’Afrique du Sud et le Rwanda des avantages accordés dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un programme américain qui facilite l’accès de plusieurs économies africaines au marché des États-Unis. Cette initiative, justifiée par des manquements présumés aux exigences du dispositif, intervient dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre Washington, Pretoria et Kigali.

Un partenariat commercial fragilisé par des désaccords politiques

Créé pour stimuler les échanges économiques entre les États-Unis et l’Afrique, l’AGOA représente un instrument important de coopération commerciale. Il offre aux pays africains éligibles la possibilité d’exporter une large gamme de marchandises vers le marché américain en bénéficiant d’une exonération de droits de douane. Les secteurs du textile, de l’agriculture et de l’industrie automobile figurent parmi les principaux bénéficiaires de ce mécanisme.

Toutefois, cet accès privilégié n’est pas automatique. Les pays participants doivent satisfaire à plusieurs exigences portant notamment sur la gouvernance, le respect des droits fondamentaux, les conditions de travail et l’ouverture de leurs marchés aux investissements étrangers.

C’est précisément sur ces critères que l’administration américaine fonde aujourd’hui ses réserves à l’égard de Pretoria et de Kigali. À la suite d’une évaluation annuelle du programme, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a fait savoir que Donald Trump considérait que les deux gouvernements ne remplissaient plus les conditions requises pour conserver leurs privilèges commerciaux.

Pretoria confrontée à une détérioration de ses relations avec Washington

Pour l’Afrique du Sud, cette menace revêt une importance particulière. Le pays compte parmi les principaux bénéficiaires de l’AGOA et entretient avec les États-Unis des relations économiques qui dépassent largement le simple cadre des échanges commerciaux.

L’administration Trump multiplie cependant les critiques à l’encontre du gouvernement sud-africain. Elle lui reproche notamment de maintenir des obstacles susceptibles de pénaliser les entreprises américaines, de ne pas garantir un environnement suffisamment favorable aux investissements étrangers et de laisser persister des problèmes de corruption.

Les divergences concernent également des questions politiques et diplomatiques sensibles. Donald Trump a notamment accusé Pretoria de s’en prendre aux intérêts de la communauté afrikaner, composée principalement de descendants des premiers colons européens installés dans le pays. Ces accusations, régulièrement relayées par le président américain, contribuent à alimenter les tensions entre les deux capitales.

Kigali sous pression en raison de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC

Washington accentue la pression sur Kagame, accusé de soutenir la guerre dans l’Est de la.RDC /Agence Afrique

La situation du Rwanda s’inscrit dans un contexte différent, marqué par les tensions sécuritaires dans la région des Grands Lacs. Washington reproche notamment aux autorités rwandaises leur implication présumée dans le conflit qui oppose les forces congolaises au mouvement armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.

Les États-Unis accusent Kigali d’apporter un soutien financier et militaire à ce groupe rebelle, des allégations que le Rwanda conteste. Cette question constitue l’un des principaux points de friction entre les deux pays, alors que les initiatives diplomatiques visant à rétablir la paix dans la région peinent à produire des résultats durables.

À ces préoccupations sécuritaires s’ajoutent des critiques américaines relatives au fonctionnement des institutions rwandaises, au pluralisme politique, aux libertés fondamentales et aux droits des travailleurs. Washington pointe également certaines restrictions commerciales et difficultés rencontrées par les investisseurs étrangers.

La situation s’est particulièrement aggravée au début de l’année 2025, lorsque le M23 a étendu son contrôle sur plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avant de prendre les villes de Goma et de Bukavu à l’issue d’une offensive meurtrière.

L’AGOA, un instrument de pression dans les relations entre Washington et l’Afrique

Au-delà de leurs conséquences économiques, les menaces américaines pourraient traduire une évolution de la politique commerciale de Donald Trump à l’égard du continent africain. En conditionnant le maintien des avantages douaniers au respect de ses exigences politiques, économiques et diplomatiques, Washington semble vouloir faire de l’accès à son marché un moyen supplémentaire d’influence.

Pour Pretoria comme pour Kigali, une exclusion effective de l’AGOA pourrait entraîner des difficultés supplémentaires pour les entreprises exportatrices, qui risqueraient de perdre un avantage concurrentiel important sur le marché américain.

Cette perspective intervient alors que plusieurs économies africaines cherchent à consolider leurs débouchés internationaux et à attirer davantage d’investissements étrangers.

L’opinion attend désormais de savoir si cette menace débouchera sur une exclusion définitive ou si elle servira de moyen de négociation pour obtenir des changements de comportement de la part des deux gouvernements. Une chose est certaine : le dossier de l’AGOA dépasse désormais le seul cadre du commerce pour s’imposer comme un nouvel enjeu dans les relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Afrique.