Burkina Faso : Le gouvernement entreprend un vaste chantier de « décolonisation » des programmes scolaires
Le Burkina Faso engage une refonte de ses programmes d’histoire, de géographie et d’éducation civique afin de « décoloniser » les savoirs. Le gouvernement entend revoir certains termes, réhabiliter les figures de la résistance africaine et promouvoir une lecture de l’histoire davantage centrée sur les réalités et les valeurs nationales.

Au Burkina Faso, les élèves du secondaire auront bientôt un programme scolaire » décolonisé » /Sidwaya
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Au Burkina Faso, la transformation du système éducatif s’inscrit désormais dans la volonté affichée des autorités de rompre avec certains héritages de la période coloniale. Depuis la rentrée scolaire, le gouvernement a engagé une révision des enseignements consacrés à l’histoire, à la géographie et à l’éducation civique.
Cette initiative, présentée comme une démarche de « décolonisation des savoirs », vise notamment à revoir le vocabulaire utilisé dans les salles de classe, mais aussi à rééquilibrer le contenu des programmes en accordant davantage de place à l’histoire et aux résistances africaines.
Le ministre de l’Enseignement secondaire, Moumouni Zoungrana, a défendu cette orientation lors d’un événement gouvernemental. Selon lui, certains contenus actuellement transmis aux élèves véhiculeraient une vision dévalorisante des sociétés africaines. Le gouvernement entend donc revoir les programmes afin de mettre davantage en avant les valeurs, les figures historiques et les épisodes de l’histoire nationale considérés comme insuffisamment représentés.
Un changement de regard sur la période coloniale

L’un des principaux axes de cette réforme concerne la terminologie employée pour désigner les acteurs de la période coloniale. Les autorités burkinabè souhaitent notamment abandonner certains mots jugés trop favorables à ceux qui ont participé à la conquête du territoire.
Dans cette nouvelle approche, des personnalités autrefois qualifiées d’« explorateurs » pourraient désormais être présentées comme des « envahisseurs ». Le cas de Louis-Gustave Binger, ainsi que celui de François Crozat, est notamment cité par les responsables de cette réforme.
Pour le gouvernement, le choix des mots n’est pas anodin. Il participe à la manière dont les jeunes générations perçoivent leur propre histoire. L’objectif affiché est ainsi de mettre fin à une lecture considérée comme largement héritée de la période coloniale et de proposer une interprétation davantage centrée sur le point de vue africain.
Redonner une place aux résistances africaines
La réforme ne se limite toutefois pas à une modification du vocabulaire. Les autorités souhaitent également revoir la place accordée aux résistants africains dans les programmes scolaires.
Des figures qui, dans certains anciens manuels, étaient décrites comme des dirigeants autoritaires, des tyrans ou des personnages « barbares », devraient être réexaminées sous l’angle de leur opposition à la conquête coloniale.
Le ministère entend ainsi faire connaître davantage les différentes formes de résistance développées par les populations africaines face à l’expansion coloniale. Cette volonté répond à un constat formulé par les autorités : selon elles, les programmes scolaires auraient longtemps davantage insisté sur les défaites africaines que sur les victoires et les actes de résistance.
Des directives déjà transmises aux enseignants
Pour le moment, les manuels scolaires eux-mêmes n’ont pas encore été entièrement réécrits. Mais le changement aurait déjà commencé dans les établissements à travers des orientations communiquées aux enseignants.
D’après un professeur d’histoire-géographie exerçant à Ouagadougou, le ministère a notamment transmis un livret destiné au corps enseignant. Celui-ci indique les expressions que les enseignants sont invités à ne plus employer, mais également certains chapitres appelés à disparaître et de nouveaux contenus devant être intégrés aux cours.
Cette première étape traduit la volonté des autorités de faire évoluer l’enseignement avant même la publication de nouveaux manuels.
Une réforme portée par le contexte politique actuel
Cette refonte intervient dans un contexte particulier au Burkina Faso. Depuis le coup d’État de septembre 2022, le pays est dirigé par un régime militaire conduit par le capitaine Ibrahim Traoré. Les nouvelles autorités revendiquent une politique souverainiste et cherchent à renforcer l’affirmation de l’identité nationale.
Dans cette perspective, l’école apparaît comme un levier important. La révision des programmes doit permettre, selon le gouvernement, de transmettre aux élèves une lecture de l’histoire davantage centrée sur les sociétés africaines et sur leur capacité à résister à la domination extérieure.
Le Burkina Faso, qui a été sous domination française jusqu’à son accession à l’indépendance en 1960, entend ainsi remettre en question certains récits et certaines appellations hérités de cette période.
La réforme scolaire constitue donc l’un des nouveaux terrains de cette politique de rupture. À travers la modification des programmes, des termes employés et des personnages mis en avant, les autorités burkinabè veulent contribuer à construire un récit historique qu’elles estiment plus conforme à leur vision de l’identité et de la souveraineté nationales.
