Afrique du Sud: Face aux feminicides, les associations veulent briser le cercle des défaillances judiciaires
La multiplication des féminicides dans l’est de Johannesburg relance le débat sur les failles de la justice sud-africaine. Face aux lenteurs des procédures, aux dossiers qui se perdent et aux retards dans le traitement des preuves, les associations appellent à une réforme en profondeur du système judiciaire.

Manifestation de jeunes Zoulou.dans l’ouest de l’Afrique du Sud, contre les violences faites aux femmes / AFP
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En Afrique du Sud, la multiplication des meurtres de femmes dans la région située à l’est de Johannesburg ravive la colère et les interrogations sur l’efficacité du système judiciaire. Face à l’émotion suscitée par cette série de féminicides, les organisations de défense des droits des femmes demandent désormais des changements structurels, au-delà des simples mesures d’urgence
Le président Cyril Ramaphosa a reconnu, mardi 29 septembre, les insuffisances des pouvoirs publics dans la lutte contre les violences fondées sur le genre. Il a notamment demandé qu’un état des lieux soit réalisé sur les dossiers judiciaires en souffrance et a fixé un délai de trois mois pour élaborer un plan destiné à accélérer leur traitement.
Pour les associations, cette annonce ne suffit toutefois pas. Elles estiment que les difficultés rencontrées par les victimes sont liées à des dysfonctionnements qui touchent l’ensemble de la chaîne judiciaire, depuis le dépôt de plainte jusqu’au procès.
Des enquêtes qui se perdent avant même d’arriver devant les tribunaux
Les autorités judiciaires affichent régulièrement des résultats élevés en matière de condamnations dans les affaires de violences sexuelles et de féminicides lorsque celles-ci parviennent effectivement jusqu’au procès. Le problème se situe souvent bien en amont. De nombreuses procédures sont interrompues ou ne progressent jamais suffisamment pour atteindre les tribunaux.
La police constitue notamment l’un des principaux points de blocage. Brenda Madumise-Pajibo, juriste et directrice de Wise4Afrika, dénonce une organisation qui repose encore largement sur des procédures manuelles.
Selon elle, l’absence d’outils permettant de suivre efficacement les dossiers favorise leur disparition et compromet la poursuite des investigations. Elle évoque également des soupçons de corruption au sein de certains services, avec des versements d’argent susceptibles d’influencer le traitement des dossiers.
Autre difficulté majeure, l’analyse des preuves scientifiques. Le retard accumulé dans le traitement des prélèvements ADN représente, selon la juriste, un sérieux obstacle à l’établissement des faits et à l’aboutissement des procédures, notamment dans les affaires de viol.
Des années d’attente une fois l’affaire devant la justice

Même lorsqu’une plainte franchit les premières étapes et atteint le tribunal, le parcours judiciaire peut encore s’étendre sur plusieurs années.
Naledi Kuali, directrice adjointe de Lawyers against Abuse, explique que les victimes sont régulièrement confrontées à des reports d’audience. Dans certains cas, les procédures ont pu s’étaler sur près d’une décennie. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces délais à savoir, le remplacement du magistrat chargé du dossier, le changement de procureur ou encore le transfert de l’affaire vers une autre juridiction.
Cette lenteur a également des conséquences sur la capacité des victimes à poursuivre leur démarche. D’après l’organisation, beaucoup de plaignantes restent mobilisées pendant deux ou trois ans avant de finir par abandonner la procédure.
À ces difficultés s’ajoute un autre obstacle, situé cette fois au tout début du parcours judiciaire. Certaines femmes renoncent à porter plainte par crainte d’être jugées ou stigmatisées. Pour les associations, lutter efficacement contre les féminicides et les violences sexuelles suppose donc d’agir sur l’ensemble du système, et pas uniquement sur le nombre de condamnations prononcées.
Le débat porte désormais sur la capacité de l’État sud-africain à transformer durablement le fonctionnement de la police et de la justice afin que les victimes puissent obtenir une réponse judiciaire dans des délais raisonnables.
